Le chef de l’Etat mauritanien Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu du pays, a été arrêté hier à Nouakchott lors d’un coup d’Etat sans effusion de sang mené par le chef de la garde présidentielle qu’il venait de limoger.
Ce coup de force des militaires intervient moins d’un an et demi
après l’élection présidentielle de début 2007, saluée comme un «modèle
démocratique» pour l’Afrique et le monde arabe, et trois ans après un
coup d’Etat militaire, en août 2005 qui renversait le président Maâouiya
Ould Taya. «Le général Ould Abdel Aziz, chef d’état-major particulier du
président et commandant de la garde présidentielle, démis de ses
fonctions dans la matinée, est le meneur du coup d’Etat, en réaction à
son éviction» par le président, a déclaré à l’AFP le porte-parole de la
présidence, Abdoulaye Mahmadou Ba. Le président Sidi Ould Cheikh
Abdallahi et son Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf ont été arrêtés
hier peu après 9h (même heure GMT) à Nouakchott. «Des membres de la
garde présidentielle ont arrêté le président à sa résidence, et le
Premier ministre à son bureau, ils ont coupé les téléphones de la
présidence, et confisqué tous les téléphones de la première dame», a
précisé le porte-parole de la présidence. «Cela s’est fait sans violence
pour la bonne raison que ce sont des éléments putschistes qui assuraient
la sécurité du président », a-t-il encore expliqué. «Le président de la
République Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait pris hier matin un décret
nommant quelques nouveaux officiers au niveau de la garde
présidentielle, de l’état-major national et la garde nationale », a
rappelé le porte-parole. «Ces officiers, trois généraux, ont refusé
d’obtempérer à l’ordre présidentiel et sont entrés en rébellion contre
l’ordre constitutionnel », a-t-il poursuivi. Les putschistes, organisés
en «conseil d’Etat» dirigé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ont
annulé à la mi-journée ces dernières nominations au sein de l’armée,
selon un communiqué. Le texte lu par le ministre de la Communication
Abdellahi Salem Ould El Moualla à la télévision d’Etat indique que le
décret sur les nominations présidentielles est «nul et sans effet».
Aucune précision n’a été donnée sur la composition de ce «conseil d’Etat».
Selon les observateurs, le général Ould Abdel Aziz serait derrière la
fronde des députés et sénateurs qui ont claqué la porte du parti au
pouvoir lundi, accentuant la crise politique que connaît le pays. Un
groupe de 25 députés et 23 sénateurs avaient annoncé lundi leur
démission collective du Pacte national pour la démocratie et le
développement (PNDD), la formation présidentielle. La radio et la
télévision nationales avaient cessé d’émettre hier pendant quelques
heures après que des militaires en eurent chassé le personnel. La
situation était calme dans la capitale, où aucun coup de feu ni barrage
n’a été signalé. Des militaires étaient positionnés près de la
présidence et aux environs des locaux de la radio et de la télévision.
Ancienne puissance coloniale, la France a souligné hier son attachement
à la «stabilité» de la Mauritanie, pays pauvre en grande partie
désertique, frappé depuis fin décembre par trois attaques de la mouvance
d’Al- Qaïda et touché de plein fouet par le choc pétrolier et la crise
alimentaire mondiale.
Le président «fait les frais de mauvaises décisions»
Le porte-parole des parlementaires «frondeurs » en Mauritanie, le
député Sidi Mohamed Ould Maham, a affirmé hier à l’AFP que le président
Sidi Ould Cheikh Abdallahi, arrêté par des militaires putschistes, avait
«fait les frais de ses mauvaises décisions». «Par sa décision portant
éviction des généraux, il s’est attaqué de front à l’armée qui a réagi
pour le déposer et, en quelque sorte, il fait les frais de ses mauvaises
décisions», a estimé le député d’Atar (Nord). Sidi Mohamed Ould Maham a
lancé un appel aux nouvelles autorités militaires «pour préserver les
institutions en place et l’esprit de la démocratie en vigueur». «Le
président n’a fait ces derniers temps que bloquer le fonctionnement
normal des institutions, notamment le Parlement dont il a empêché une
session extraordinaire qui devait traiter de questions importantes pour
l’avenir du pays», a-t-il ajouté.
Déjà trois coups d’Etat depuis l’indépendance
La République islamique de Mauritanie a déjà connu trois coups d’Etat
depuis son indépendance en 1960. Le président Ould Cheikh Abdallahi
était à la tête du pays depuis sa victoire à l’élection présidentielle
en mars 2007, qui avait consacré le retour au pouvoir des civils.
Situation géographique : 1 030 000 km2
Trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique noire, la Mauritanie est
un vaste pays en grande partie désertique. Bordé par l’océan Atlantique,
le pays est limitrophe du Sénégal, du Mali, de l’Algérie et du Sahara
occidental.
Histoire/Régime
Ancienne colonie française, la Mauritanie accède à l’indépendance en
1960, sous la présidence de Moktar Ould Daddah. Celui-ci est renversé en
1978 lors d’un coup d’Etat dirigé par le colonel Ould Saleck. En 1984,
le colonel Maâouiya Ould Taya renverse le président Mohamed Khouna Ould
Haidalla, au pouvoir depuis 1980. Elu à la présidence en 1992, M. Ould
Taya sera réélu en 1997 et 2003. Le 3 août 2005, une junte militaire
prend le pouvoir après avoir renversé le régime Ould Taya et engage une
transition démocratique marquée par une série de scrutins (référendum
constitutionnel, législatives, présidentielle...). En 2006, adoption
d’une nouvelle Constitution instaurant un régime présidentiel. En avril
2007, Sidi Ould Cheikh Abdallahi est vainqueur de l’élection
présidentielle. L’esclavage, pratiqué depuis des siècles, a été aboli en
1980 et a fait l’objet en 2003 d’une loi qui a renforcé la répression,
mais il existe toujours dans les faits.
Économie
La Mauritanie est entrée début 2006 dans le club restreint des pays
africains producteurs de pétrole avec l’exploitation du champ pétrolier
off-shore de Chinguetti, au large de Nouakchott. La production est de 20
000 b/j contre 75 000 b/j initialement prévus. Le secteur minier (fer,
cuivre, phosphates, sel) représente entre 12 et 15% du PIB et 55% des
exportations du pays. Pêche, agriculture. Environ 46% de la population
vit en dessous du seuil de pauvreté. Selon le FMI, croissance légèrement
en hausse d’environ 6 % en 2007, sans les revenus pétroliers ;
l’inflation est passée de 8,9 % à 7,4 %.
Revenu par habitant : 760 dollars en 2006.
Dette : la dette multilatérale a été annulée par les bailleurs de fonds
internationaux en 2006.
Population
3,1 millions d’habitants en 2005. Les Maures représentent environ
80% de la population, les Négro- Africains 18%. Le taux d’analphabétisme
est le plus plus élevé de la région (50%). En 1989, des violences
ethniques ont fait des centaines de morts dans la communauté
négro-africaine.
- Capitale : Nouakchott.
- Langue officielle : arabe. Le français est largement pratiqué.
- Religion : Islam (99%). La Charia, instaurée en 1980, n’est pas
appliquée.
Défense
15 870 hommes. Entre fin décembre 2007 et début février 2008, la
Mauritanie a été fragilisée par trois attaques de la mouvance d’Al-Qaïda,
ayant fait sept morts (quatre touristes français et trois militaires
mauritaniens).