Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
FOOT-FOUTOIR
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


D’entrée de propos, il nous faut avouer que nous n’avons pas de religion sportive établie. C’est dire qu’en la matière, nous manquons de lumière pour afficher des opinions définitivement établies ou même des préférences tranchées pour telle ou telle formule de la compétition. Cependant, il nous arrive de lire les pages sportives des journaux éprouvant ainsi une certaine jubilation devant la liberté de ton qui les caractérise.
A n’en pas douter, le journalisme sportif ne manque ni de vigueur, ni de pertinence. Aussi faut-il se réjouir, à chaque livraison, que ces pages-là aient dépassé le statut de «supplément d’âme» des journaux pour s’imposer comme des lectures édifiantes sur l’état du pays. Si tant est que le sport national est devenu le «marqueur » le plus parlant de la régression de ce pays. Ainsi, dans l’actuelle tempête qui risque de faire de grands dégâts dans le microcosme du football, les dirigeants des structures de celui-ci se sont livrés, grâce aux journaux, à des passes d’armes homériques pour défendre, chacun, son pré carré et sa probité. Autant de brûlots écrits avec une encre épaissie par le ressentiment ou la ruse sourde. Car tout un chacun se voulait (et se veut) étranger aux mauvaises tournures qu’a prises la compétition en juin dernier, jusqu’à contraindre l’opinion concernée à les traiter sans discernement de «ripoux». Mais, demande-t-on, à un supporter de nuancer son jugement qu’il vous soupçonnera à votre tour de n’y rien comprendre aux arcanes de sport. - «… Vous qualifiez, ce qui vient de se passer, de compétitions convenablement menées ? Reconnaissez plutôt que ce fut une immense pantalonnade dont le football ne se relèvera pas de sitôt…» La répartie cinglante de cet «aficionados» dépité ne donne-t-elle pas l’exacte mesure du gâchis de la saison écoulée ? Une déplorable hypocrisie impliquant, d’un côté, une fédération, jouant tantôt au Ponce- Pilate tantôt délivrant de faux- arbitrages ; puis de l’autre une ligue, gestionnaire de l’élite, tergiversant pour gagner du temps au point de rendre ingérables les fins de championnats. A deux, celles-ci écrivirent le plus bouffon des feuilletons que le football national ait eu à vivre depuis bien des saisons. En effet, en dépit des recommandations d’un tribunal (le TAS), qu’elles-mêmes sollicitèrent quand la contestation leur devint insupportable, afin de trancher en dernier recours dans une affaire d’identité falsifiée, devinez ce qu’elles firent ? Elles récusèrent ses attendus dans une incompréhensible volte-face reconsidérant qu’en «tout état de cause», elles étaient les seules instances compétentes à interpréter le sens de la faute ! C’était à n’y rien comprendre sauf à supposer qu’initialement elles espéraient, en secret, se débarrasser de la responsabilité publique en comptant sur le juridisme «étroit» (et pourquoi pas complice ?) de cette instance sportive incontestée dans son domaine. Un grossier pari qui n’aboutira pas, puisque le tribunal arbitral avait conclu que la «dissimulation » en question relevait stricto sensu du pénal. L’athlète était donc seul justiciable pour ce forfait de fausse identité. Le scénario ayant tourné au bide, elles optèrent pour la polémique avec le TAS et décidèrent d’en rester là. C’est-à-dire à leur ancienne appréciation des faits incriminés. Est-ce la peur panique d’une flambée de hooliganisme «hors de saison» qui les y poussa ? Qu’importe les explications. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’elles se sont rendues coupables d’une insupportable dérobade vis-à-vis du droit quand bien même elles le justifièrent secrètement en énonçant la plus cynique des règles. - «Il vaut mieux une injustice que le désordre» : c’est sur quoi cette fédération et cette ligue se seraient implicitement accordées pour ne pas se dédire ! Passant allègrement de l’erreur à l’iniquité, elles ont ajouté à la faute commise la volonté délibérée de ne pas la corriger. Voilà ce qu’il en reste du scrupule de probité dans ces fameuses structures ! Ainsi, au-delà d’El-Harrach, bénéficiaire malgré lui (!?) de cette étrange jurisprudence de jongleurs des règlements, c’est bien ce mandarinat qui sera sur la sellette cette saison. Dans son excès de permissivité, n’a-t-il pas installé la compétition dans le marais de la contestation permanente ? Aussi, de toutes les questions qui peuvent l’interpeller, il y en a une à laquelle il ne pourra, tôt on tard, se soustraire. Pourquoi le recours à la délibération du TAS a été tardif et par quelle autorité auto-proclamée il s’est cru autorisé à ne pas obtempérer aux remarques de celui-ci ? Ce sont d’abord des investigations, allant dans ce sens, qui auraient dû être menées par la puissance publique de tutelle (le MJS), et ensuite l’inquiétude qui aurait dû être celle du Comité olympique dépositaire de la charte que l’on a bafouée dans un mutisme inexplicable et inexpliqué de son président. Tout cela n’a pas eu lieu parce que, quelque part, les accointances (politiques) auraient pesé plus lourd que toutes les réparations légales ! L’on imagine d’ores et déjà les froncements de sourcils de cette aristocratie qui trouvera excessives de telles assertions. Sauf qu’elle ne pourra pas gommer les détestables pratiques dont elle a ponctué sa gestion depuis au moins deux saisons — (souvenons- nous du ridicule repêchage de Bou-Saâda !). C’est ainsi qu’à propos des P-V établis de nuit et des télégrammes adressés en dernière minute dans une atmosphère de quasi-émeute, il faudra bien qu’elle dise à l’opinion sportive qui les y a contraints ? Pressions politiques ou trafic d’influence ? Là aussi, la frontière est mince. Sauf que dans un cas comme dans l’autre, elle a contribué par son absence notoire de courage à faire l’unanimité contre elle et de surcroît à mettre dans la panade un football déjà victime de dirigeants de clubs peu recommandables. Elle qui n’aime rien d’autre que de se gargariser de «l’ordre», où, dit-elle, «tout finit par y entrer», ne peut plus faire siens quelques week-ends sans incidents. Les prochaines fièvres de hooliganisme lui seront toutes imputées avec certitude. Quitte à être qualifiés ironiquement de mauvais prophètes à l’orée de cette saison, il leur sera, à leur tour, difficile de ne pas admettre que les compétitions qu’ils eurent à gérer étaient d’insupportables foutoirs.
B. H.

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