Culture : L'OMBRE DE L'EAU DE ABDELKADER GUÉRINE
Une mer de beauté !


L’auteur est natif de Chlef où il exerce la profession d'enseignant de français depuis une vingtaine d'années. En ces temps de sécheresse métaphorique, la quête de l'eau et de l'ombre deviennent une obsession chez ce poète. Il le fait pour sa ville traversée par un oued desséché, comme une plaie béante qui n'en finit pas de collectionner, au sens infectieux du terme, toutes ces herbes sauvages, ces détritus et ces gravas en tous genres.

L’ouvrage stigmatise toute cette pollution, où la main de l'homme n'est pas innocente. Ce plan d'eau, qui naguère brillait comme une parure sur la région en revêtant ses habits aux couleurs chatoyantes du printemps, ne dégage plus qu'une poussière blanchâtre ramassée à la sortie de la cimenterie et étouffe le chef-lieu pour l'enlaidir. Ces poèmes résonnent comme l'omatopée du clapotis de l'eau. Il désigne du doigt l’immense campus universitaire érigé sur une belle plaine agricole située à la sortie nord de la ville. Et le béton s'est substitué aux jardins. Il nous invite aussi à suivre son regard vers la chose culturelle. Et à ce propos, il se désole de cette ville berceau de la poésie malhounet de ses chantres étouffés et marginalisés par l'ostracisme des décideurs, qui ont encensé dans la pure flagornerie une armée de médiocres de tous bords. Pour lutter contre cette aridité de l'esprit et de la nature, il rêve dans un poème sur la fraîcheur, intitulé le Pré, d’une promenade dans la verdure, le vent semant ses airs purs. Et pour nous rafraîchir encore plus, il nous livre un poème sur «Venise, un nid dans une vague à Venise chante le gondolier l'amour à deux danses dans un seul cœur. Rêve Venise ramant les yeux comme un nid vaste dans l'océan au creux d'une vague». Et c'est ainsi dans cette ville qu'il retrouve tout ce qu'il lui fait défaut : l'eau qui inonde les rues et même les demeures, si bien que l'on est obligé de se déplacer en gondole dont la beauté reflète toute la vitalité artistique de la ville. Il nous promène dans une Venise, poumon touristique de l'Italie, captivante de par l'originalité de ses canaux. L’eau n'est pas seulement une formule chimique. Elle nous abreuve de son flot inondant des monuments magnifiques et les ensembles architecturaux de venise. Il dresse un parallèle entre l'être en tant que fonctionnement physiologique et l'eau qui sert à étancher notre soif. Venise est riche en eau et procure de la fraîcheur grâce à ses mosaïques de conception byzantine apparaissant sur la basilique Saint-Marc, le Palais des doges avec ses riches décors peints et l'école vénitienne de peinture où trône le génie Titien à côté du théâtre de la fenice. A cette mer de beauté, il oppose sa désillusion, sa tristesse dans son poème Sans rêve. On le comprend aisément, l'auteur cherche à dresser un parallèle entre une ville de Chlef vidée de sa substance et la richesse culturelle représentée par l'eau qui inonde une ville comme Venise. Il pointe du doigt «l'or noir» et met en cause cette richesse à l'origine d'un matérialisme terrifiant et de la perte de toutes les valeurs et les repères civilisationnels de solidarité et de compassion. Si au moins cette valeur ajoutée pétrolière pouvait atténuer les tensions sociales. On sent une grande douleur et beaucoup de pessimisme chez cet écrivain. Ses poèmes sont longs comme pour marquer la profondeur de son écœurement. Abdelkader Guérine a le grand mérite d'avoir aligné tous ces vers comme un défi face à l'ostracisme qui sévit contre les hommes de lettres.
Medjdoub Ali

«Les bras s'enlacent dans la foulée,
au bord de l'eau dans sa coulée. Les yeux
déclarent la fougue d'aimer aux chairs sucrées
à consommer.»

«L’or noir enflamme le cœur, brûle les braises
des lettres et la joie étouffée des refrains d'un
orchestre muet se vengent des maîtres et perd
l'honneur dans le désert d'une misère noire.»

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