Chronique du jour : DECODAGES
La priorité économique de l’heure : relancer l’industrie
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Dès la seconde moitié de la décennie 1960, l’industrialisation s’est imposée en Algérie comme choix incontournable seul capable d’assurer la croissance économique à long terme et de garantir des résultats probants dans la bataille contre le chômage endémique qui caractérisait l’économie algérienne.
De plus, les faibles potentialités agricoles du pays et les handicaps sérieux qui frappaient l’agriculture algérienne (déficit hydrique, érosion importante, faible dotation en terres arables...) prédéterminaient fortement l’option pour l’industrialisation. Tout cela est maintenant bien connu, on peut rappeler aussi que c’est le modèle «d'introversion de l’économie », «d'industrialisation systématique» ou encore «d’industries industrialisantes » qui est retenu et mis en œuvre. Ce modèle s’est traduit par la mise en place d’une industrie sidérurgique (biens intermédiaires) qui allait permettre la mise en place des autres industries : mécaniques, métalliques, outillages, moteurs... Mise en place aussi des industries électriques et électroniques et chimiques, mise en place enfin d’industries agroalimentaires. Bref, l’Algérie opte pour une industrie lourde capable d’irradier positivement l’économie, de favoriser l’apprentissage technologique et l'innovation, d’améliorer la productivité globale des facteurs. Ce modèle d’industrialisation devait être le fait de l’Etat qui se dote pour la réalisation de cet ambitieux projet, d’entreprises publiques de grande taille : les «sociétés nationales» qui étaient, pour chacune d’elles, responsables de toute une branche industrielle. Ce modèle, financièrement très coûteux, commence à s'essoufler au début des années 1980 pour diverses raisons qui tiennent pour l’essentiel à l’absence de politique de régulation en phase avec le projet industriel et la crise de la dette extérieure qui se déclare avec force (prix fiscalité, crédits bancaires), à la fin de la décennie, entraîne l’arrêt du modèle, la restructuration des entreprises industrielles dans le sens de leur démembrement, la réduction des investissements de l’Etat dans le secteur. Cette régression industrielle est amplifiée par l’ampleur que prend la crise de la dette extérieure au début de la décennie 1990 et qui oblige les «policy makers» à demander la réechelonnement qui sera adossé, bien évidemment, à un plan de stabilisation macro-économique et d’ajustement structurel qui réduisent considérablement la dépense publique. L’industrie algérienne est alors frappée de récession, l’investissement est réduit au strict minimum, la production industrielle s’effondre et ne représente plus, dans sa partie manufacturières, que 5% du PIB en 2007. L’ambition industrielle de l’Algérie semblait avoir fait long feu. L’embellie financière enregistrée depuis les années 2000-2001, grâce à un marché pétrolier mondial favorable, a encouragé les pouvoirs publics à adopter et mettre en œuvre des plans de relance économique dont l’objectif est de rééquipier le pays. Depuis 2005, ces mêmes pouvoirs publics décident d’élaborer, de débattre et d’arrêter une nouvelle politique industrielle qui permet à l’Algérie de renouer avec son projet d’industrialisation. Bien évidemment, cette nouvelle tentative est conçue dans un nouveau contexte économique, national et mondial, marqué, pour le premier, par une ouverture économique, une impulsion du secteur privé, un système économique de marché et, pour le second, par une concurrence, une compétition et donc des impératifs de performance et de compétitivité. La question centrale à laquelle il faut répondre aujourd’hui est celle de savoir s’il faut reconstruire les grands groupes industriels publics des années 1970, quitte à ouvrir leur capital aux investisseurs étrangers, et reprendre le projet d’industrialisation systématique de Belaïd Abdesselem ou bien devra-t-on changer complètement d’option et aller plutôt vers des stratégies d’offshoring, d’attractivité des IDE et de politique de soutien aux PME inspirée du «small business act» américain ? Le débat est bien évidemment sérieux. La mise en place d’une task-force est aujourd’hui plus qu’utile. Elle serait chargée d’évaluer l’important travail réalisé par le MIPI, d’approfondir encore plus la réflexion et de proposer aux décideurs les options possibles, leurs coûts respectifs et leurs matrices de réalisations. On ne rappellera jamais suffisamment que l’avenir économique de l’Algérie se joue dans les activités manufacturières : c’est ici et seulement ici que peut être assurée la croissance économique à long terme, que peut être déployée une politique efficace d’innovation, que peut être mise en place une économie d’exportation qui prendra la relève des hydrocarbures. Quelle autre priorité économique aujourd’hui que celle-là et quel autre projet plus mobilisateur que celui-là ?
A. B.

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