Culture : L’ANNÉE DU RAT ET DU DESTIN DE HAMDAD AREZKI
Dans le cœur d’un homme !


«C’est au milieu du chaos que j’ai décliné l’invitation au suicide pour coucher ma peine sur un ancien cahier d’écolier. Voilà pour vous, les premières phrases que j’ai écrites à l’heure la plus sombre de la nuit. Celle qui vient juste avant le jour…» La haine, faite sms. Ici tout commence ou tout s’achève. C’est l’histoire d’un message, arrivé à 20h14 précises. Un homme s’effondre de tout son être. La femme qu’il a choisie pour la vie vient de lui briser le cœur.
«Tu es un être ignoble. Je remercie mes parents de m’avoir sauvé de toi. Tu es malade, va te soigner. Je t’emmerde…» Ça aurait pu être une erreur de numéro. Il vérifie et re-vérifie la provenance. Un sms qui se serait égaré dans les airs. Non, c’est bien lui qui est visé. L’idée lui glace le dos. C’est une rupture froide, sèche, intemporelle. Plus tard, il ne pourra se rappeler que des mots et pas du visage de la fille. A cet instant précis, tout bascule. Et tout a de l’importance. La nuit s’allonge. Interminable. Le comptage des moutons ne suffit pas. Il tente une offensive par les rêves. Il songe à un papillon, à une fine pluie... Recroquevillé, il cherche désespérément un peu de réconfort. Mais la réalité est là, si brutale, si dure à supporter. Rien n’y fait, seul, il imagine que le monde entier est contre lui. Il glisse lentement dans la tourmente d’un dialogue à sens unique. L’homme est plongé dans un marasme inextricable. Il décline sans cesse. Amer constat d’une relation qui n’aura duré que le temps d’une saison. Le temps d’une passion. D’un amour fragile. Il se rappelle alors de Didi Hand Ajouadi à Djemaâ Saharidj. Il se souvient de ces femmes qui nouaient une ficelle autour des branches d’olivier sauvage. La légende raconte que l’arbre est magique. Il exaucerait tous les vœux. Que les rêves ici se réalisent si l’on prie très fort. Mais ce qu’il espère lui ce soir plus que tout est de revivre son idylle. Se donner une deuxième chance, une autre encore… y croire. Raviver la flamme d’un ultime espoir. Dans sa bohème, il continue à vivre sans elle. Sans saveur, les jours d’un quotidien lui pèsent. Il aurait tant rêvé l’apercevoir. «Je la relis pour la 235e fois.» C’est une histoire de fous. Elle l’a tellement aimé. Comment a-t- elle pu lui faire ça ? «Hassiba m’a tout raconté, tu oublies que c’est ma meilleure amie. Elle m’a parlé du scandale que tu veux me faire, je te préviens, moi aussi je suis capable de te faire un vrai bordel, alors pas la peine d’essayer. Tu me connais mal, renseigne-toi bien.» Dans sa tête tout s’accélère. La gorge nouée. Il avait osé la défier. Il s’était posté face à elle. A la sortie de son boulot, il avait tenté un face-à-face. Il voulait lui voler du temps en espérant voir un signe de compassion lui dessiner le visage. Lui arracher peut-être l’ombre d’un geste de tendresse. Au nom des souvenirs. Au nom de ses sentiments. Résultat des courses : un chaos. La belle s’était fiancée. Son père a simplement décidé de son destin. D’un revers de main, il avait balayé tous les espoirs. Voilà, c’est ainsi que le récit de cette histoire ordinaire s’achève. Une histoire comme tant d’autres. Pourtant, il lui pardonnera. Lui écrira un poème. Il lui racontera une fois de plus tout l’amour qu’il lui porte. Il lui fera la promesse d’éternité. L’exil de son cœur vers un paradis où il pourra la retrouver peut-être un jour. Dans L’année du rat et du destin, Hamdad Arezki offre à ses lecteurs l’occasion de voyager dans le cœur des hommes. A fleur de peau, sentir la moindre émotion. Le moindre souffle d’un espoir. Il nous a fait rêver d’amour pur, sincère. Même si ce sentiment demeure souvent impossible, il est tellement précieux à la survie.
Samira Hadj Amar

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