Cet été, les journées sont caniculaires et les soirées sont venues à point nommé pour constituer une coupe bien rafraîchissante offerte à toutes ces nombreuses familles qui ne peuvent s’offrir des vacances en bord de mer, vu que le tourisme populaire est à ses premiers balbutiements. Le spectacle est nocturne, à partir de 21h. Il se déroule dans un cadre idéal, en plein milieu d’un parc d’attractions, Orléans Land. La scène sur laquelle se produisent les artistes est installée au beau milieu des conifères qui peuplent cet enclos boisé, bien entretenu, éclairé à volonté où règne une sécurité totale. La sonorité est parfaite. Hamza, plus connu sous le nom de Mama Messaouda, officie à l’animation en présentant les chanteurs et en détendant l’atmosphère avec ses sketches hilarants, dans sa tenue emblématique, en compagnie de son fils qui se lance sur les traces du père. De temps à autre, il pousse la chansonnette avec un morceau de rock Min marti maboul, inspirée d’un succès de Bill Haley. Le public est ravi et tous les enfants veulent immortaliser l’instant par une photo. Les soirées entrent dans le cadre d’un programme estival, concocté par la commission culturelle communale. Ce programme ambitieux a débuté fin juillet et s’étendra jusqu’à la fin du mois de Ramadhan. Il a été inauguré par une soirée de solidarité au profit du peuple sahraoui. Il se déroulera trois fois par semaine et aura pour souci de produire les troupes locales pour les faire connaître et les encourager à activer. Toute une escouade d’artistes nationaux s’est déjà produite. On peut citer Chaou, Djaâfri, Celia, Dadi, Fatah, Ct16. Le 20 août sera organisé un mariage collectif de 20 couples. L’orchestre est dirigé par les frères Turki et l’animation sera confiée à Affifa de la TV et Hamza. On note la présence de Djalti qui est très content du public accueillant et communicatif. Il salue les efforts des organisateurs qu’il juge disponibles, ne ménageant aucun effort pour palier aux insuffisances. Il annonce un nouvel album pour 2008 sur un thème soft raï et sentimental. Un autre chanteur de raï local a séduit le public et mérite d’être présenté, dommage qu’il ne soit pas médiatisé au niveau national, il s’agit de cheb Kamal dont la voix est très mélodieuse. Il chante juste, en harmonie avec la musique. Ses chansons traitent des problèmes de la jeunesse et dénoncent la violence. Il est né à Chlef en 1968 et cela fait 12 ans qu’il chante avec Ferkat Balad Chlef. Il excelle dans le raï, l’ aroubi et le maghrabi. Son égérie est Khaled. Il voue aussi une grande admiration pour Mami, Azzedine, Belkhiati, Hasni. Ses succès sont Habiba, Hach dani qui ont fait danser le public. La révélation de ces soirées est un groupe de gnaoui créé par Lakhdar Hassan, composé de cinq éléments. Leurs costumes sont très folkloriques, aux couleurs chatoyantes. Le répertoire est religieux à tendance soufiste. Leur demande d’agrément reste bloqué. C’est grâce à leur cachet qu’il peuvent s’acheter des instruments. Ils interpellent le directeur des festivals du ministère pour les intégrer dans des tournées au niveau national et les faire participer au festival national gnaoui. Les frères Turki ont fait une démonstration de leur savoir-faire en maîtrisant parfaitement la guitare électrique et la batterie. Boualem Turki nous donne ses impressions sur la culture en Algérie : «Toute une richesse culturelle est en train de sommeiller. L’artiste pour survivre a besoin de présenter de la médiocrité et de faire dans le réchauffé. Ses conditions sociales épouvantables étouffent sa créativité. Les décideurs ne semblent pas privilégier ceux qui veulent innover. Le mimétisme est de règle. Il n’y a pas de différence entre l’or et le fer rouillé, l’essentiel est que ce soit du métal. Le niveau de la musique algérienne est faible. Un musicien doit faire des études au conservatoire même s’il est doué. En participant au festival de Djemila, nous avons constaté que les Algériens faisaient de l’oriental mieux que les Egyptiens et les Syriens. Ces derniers sont rémunérés à prix d’or. C’est pour cela qu’il peuvent se permettre des studios d’enregistrement de grande qualité. L’artiste qui se débat dans des problèmes sociaux ne peut se consacrer à son travail. Il cite la prise en charge de lulli et Molière par le Roi Louis 14 ! Florent Pagny a fait quatre tubes et il a pu acquérir une île. Le couple Mouloud Seghir et Amina Zoheir est de la fête. Madame nous confie qu’elle bouscule les hommes dans le chaâbi car la voix féminine porte mieux le message. Elle opte pour un raï aseptisé. Elle insiste beaucoup sur le statut de l’artiste sans lequel la culture ne peut guérir. Elle reconnaît toutefois que des progrès sont palpables dans la gestion de ce dossier. Force est de constater qu’il reste beaucoup à faire pour sortir l’art des sentiers battus. Le mot de la fin est pour l’humoriste Hamza : «Il faut connaître le cafetier pour accéder au petit coin.»
Medjdoub Ali
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