
Vox populi : Les hauteurs donnent le vertige !
Le Soir d’Algérie, dans son édition du 12/08/2008, rapporte que le Cnapest exige — à l’indicatif présent — un salaire de 100 000 DA pour les enseignants du secondaire. La détermination de ce salaire provient d’une étude — interne — comparative argumentée par la cherté des produits alimentaires. Cette étude nous fait savoir que le salaire d’un professeur du secondaire a subi une forte érosion depuis les années 1990 en comparaison avec le taux d’inflation. L’étude donne les informations suivantes : Salaire période 1990 à 2008
- Salaire moyen en 1990 = 4 500 DA
- Salaire moyen en 2000 = 16 000 DA
- Salaire moyen en 2008 = xx xxx DA (discrétion pour préserver la
baraka).
Détermination du salaire exigé
L’argument de fond de cette étude repose sur la progression vertigineuse
des prix des produits alimentaires qui, de 1990 à 2000, a été multiplié
par 8,14 et de 2001 à 2008 par 2,7802 (seules les institutions
habilitées peuvent remettre en cause les chiffres de l’inflation). En
suivant ce raisonnement, le salaire en 2000 aurait été de 36 630 DA au
lieu de 16 000 DA, celui de 2008 serait de 101 812 DA au lieu de xx xxx
(discrétion pour préserver la baraka). Les calculs sont
approximativement justes par rapport à l’inflation, argumentation de
fond. Ils sont donc acceptables. Je ne rentre pas dans la revendication
du système indemnitaire qui réclame 10 000 DA pour la femme au foyer,
autant revendiquer une femme de ménage. Mais ça ne m’empêchera pas de me
ranger volontiers du côté de ces enseignants qui méritent bien un
salaire décent pour leur permettre de vivre à l’abri du besoin et avec
dignité. Cependant, l’argument avancé — cherté des produits alimentaires
— me rend inquiet quand à la conception du mode de vie d’un professeur,
vu par le syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire qui se
limite à l’art culinaire seulement. A la place de ce syndicat, j’aurai
apporté d’autres arguments plus convaincants. Les besoins d’un
professeur en possession de l’ensemble de ses facultés mentales et plein
d’énergie physique sont multiples et leur coût pourra dépasser les 100
000 DA revendiqués pour la bouffe. Je cite ci-après quelques besoins
élémentaires par ordre de priorité.
- Un logement avec toutes commodités (eau courante recommandée).
- Un ameublement qui va avec le style du savoir.
- Une bibliothèque dont les étagères seront garnies de livres et non
d’ustensiles de cuisine. - Une garde-robe pleine de linge et de tenues
correctes.
- Un PC portable avec connexion Internet et une puce GSM.
- Un véhicule correct antiarrogance.
- Un lot de matériel de loisir (pêche, camping, sport…).
- Un abonnement à des revues scientifiques spécialisées.
- Quand le moral sera sain et la personnalité digne, «tout ce qui rentre
fera ventre».
J’ai cité plus haut les besoins des professeurs que je considère comme
leurs droits légitimes, cependant, je ne me tairais pas sur la
revendication de leurs devoirs, et ils sont nombreux aussi. Je prendrai
la précaution, avant de continuer, pour dire à nos professeurs que je
leur voue un grand respect et que je les soutiens dans leurs
revendications. Toutefois, il faut admettre qu’il y a beaucoup
d’incohérences dans notre système éducatif et que, malheureusement,
certains professeurs ne sont pas à la hauteur de leur noble mission.
Notre religion a presque élevé l’enseignant au rang de prophète. Le
Prophète a rempli sa mission convenablement au détriment de ses besoins
matériels et il lui est arrivé de ne pas manger pendant trois jours de
suite. Comme je ne suis qu’un profane dans ce domaine, je ne
m’aventurerais pas à des précisions. Je me limiterais aux seules
généralités du vécu quotidien. Les professeurs sont responsables
d’inculquer le savoir à nos enfants selon un programme et des normes
reconnues jusqu’à l’obtention du baccalauréat. Les professeurs du
secondaire tiennent entre leurs mains une étape importante du cycle de
l’enseignement, ils tiennent la clef de la porte qui mène à
l’université. Les professeurs sont tenus donc de produire de la richesse
morale, de former les hommes de demain qui prendront en main la destinée
du pays. Dans ce sillage, on peut avancer que le comportement réel d’une
société n’est que le produit de la qualité de son enseignement. Le
professeur doit avoir un statut qui doit l’interdire de toute autre
activité en dehors de l’enseignement. Il est malheureux de voir certains
de nos professeurs s’adonner à tout genre d’activités en dehors des
heures de travail et parfois en situation de congé de maladie. S’il est
une obligation de respecter un professeur, il faut que celui-ci fasse à
ce qu’il mérite le respect. Le comportement de certains professeurs
ainsi que la qualité de l’enseignement qu’ils dispensent au sein de nos
lycées laissent à désirer. Cela nous amène à dire qu’on ne puise que peu
de fierté des résultats produits par nos lycées. Même si les professeurs
ne sont pas responsables directement, on ne peut les dispenser de
l’échec de notre enseignement. Il est bien beau d’exiger un salaire
convenable, mais à condition de s’atteler à produire des cerveaux
productifs de richesse. C’est inconcevable de revendiquer des hauts
salaires sans produire de richesses, à moins qu’on ne clignote du côté
de Hassi Messaoud, et là, on vous dira touche pas à mon trésor ! Si on
ouvre Hassi Messaoud, ça sera un autre problème avec les harraga, les
chômeurs et les smicards payés à 12 000 DA. La crise sociale c’est comme
une vis sans fin qui ne finit pas de tourner. Elle ne s’arrêtera que
devant un seul obstacle : la production de richesses qui ne se réalisera
que par une bonne gouvernance.
Amar
Zaki_ben35@yahoo.fr
|