Actualités : TARIQ IBN ZIYAD
Ou le bateau du… retour


C’est le rush au port d’Alger ! Des milliers d’émigrés prennent le bateau pour retourner en Europe. Chaleur, attente, formalités interminables... L’embarquement sur un des ferry-boats de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs sonne comme une délivrance.
Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - Le Tariq Ibn Zyad accoste au port d’Alger après une de ses innombrables traversée de la Méditerranée. Le navire de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs (ENTMV) est amarré au quai 11. Le processus est immuable : les passagers débarquent pour laisser place à une armée de 40 femmes de ménage. Elles doivent nettoyer et refaire les 500 cabines et 400 couchettes du plus grand des ferry-boats de l’ENTMV. Les restaurants, les cafés et les espaces fauteuils sont eux aussi astiqués. «C’est une véritable course contre la montre. Tout est chronométré, le bateau doit être prêt pour accueillir les passagers en partance pour Marseille», explique Mustapha Khyar, le commissaire de bord du Tariq Ibn Zyad. Débutées vers 14 heures, les opérations de nettoyage sont achevées une heure et demie plus tard. «C’est bon, nous sommes dans les temps», note Mustapha Khyar, en regardant sa montre. Sur les quais, des centaines de passagers attendent, sous un soleil de plomb, l’heure de l’embarquement. Une attente qui dure depuis le début de la matinée. Malgré les mesures de facilitation mises en œuvre par les services des Douanes et la Police des frontières, les voyageurs qui optent pour le bateau — les Algériens émigrés notamment — savent qu’ils doivent s’armer de patience. «Il est très difficile de voyager dans ces conditions, nous en sommes conscients. Mais l’aspect sécurité prime sur tout. Avec ces problèmes de terrorisme, de trafic de drogue et d’immigration clandestine, les douaniers et les policiers sont obligés de rester vigilants», dit Mustapha Khyar.
Espace d’expression
De par sa fonction, le commissaire de bord est responsable du service hôtellerie sur le ferry. Il est donc directement en contact avec les passagers. «Nous travaillons avec des personnes qui sont sous pression durant de longues heures. Il est évident qu’elles ne peuvent s’en prendre aux représentants de l’Etat. Mais une fois à bord, l’équipage du navire devient une sorte d’exutoire. Tout est déversé sur nous. Nous faisons en sorte de gérer au mieux toutes les situations, ce n’est pas facile mais généralement tout finit par rentrer dans l’ordre. On nous dit que les Algériens font preuve de plus de retenue lorsqu’ils embarquent un ferry français ou espagnol, c’est sûrement vrai. Mais les bateaux de l’ENTMV sont des espaces d’expression, ici c’est l’Algérie !», lance le commissaire de bord en souriant.
Les 31 ans du «pacha»

Le commandant Amir Hassène, le «pacha» du Tariq Ibn Zyad, estime qu’il est très difficile de satisfaire tout le monde. «Je pense qu’il serait nécessaire de revoir la prise en charge des voyageurs au niveau des gares maritimes. C’est une nécessité tant pour les passagers que pour notre entreprise.» Quand on commande un ferry-boat on doit être officier de marine et aussi directeur commercial. La hantise du commandant Amir : les retards. «Tout retard a des conséquences sur l’ensemble du programme de traversées, les répercussions peuvent s’étaler sur plusieurs jours. Cela peut coûter très cher à l’entreprise.» En ce 17 août 2008, le commandant Amir célèbre sa 31e année de commandement. Une carrière passée entièrement sous le pavillon national. L’homme se remémore le courage de l’équipage du Tariq Ibn Zyad lors de l’incendie qui s’était déclaré dans ses groupes électrogènes. «C’est dans des conditions extrêmes que l’on reconnaît la qualité des marins. Et je peux dire que les marins de l’ENTMV sont de grande qualité.» 16h30. Le talkie-walkie du commandant annonce le début de l’opération d’embarquement. 1347 passagers et 340 véhicules feront la traversée. Les tarifs varient de 20 700 dinars pour un fauteuil à 30 300 pour une place en cabine. Comparativement à ses deux concurrents, l’espagnol Transmediterranée et le français SNMCM, l’ENTMV inclut les repas et le petit déjeuné dans le billet.
Une entreprise en plein essor

L’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires durant la saison estivale. «Cette saison nécessite de longs mois de préparation. Nous devons faire des prévisions en termes de coûts et de rentabilité», explique le P-dg de l’ENTMV. Installé à la tête de cette entreprise depuis seulement quelques mois, Ahcène Graïria s’est attelé à mettre en œuvre une nouvelle politique de gestion. «Cette politique est basée essentiellement sur la maîtrise des coûts en matière de soute (carburant), de frais portuaires, de réparations et d’affrètement. Ainsi, pour ce qui est de l’affrètement, cette année nous n’avons pris qu’un seul navire en plus des nôtres. La saison a donc été gérée avec un total de quatre ferrys, au lieu de cinq habituellement. Mais il est utile de préciser que nous avons transporté presque autant de passagers et de véhicules que l’année précédente. » Cependant, l’ENTMV subit de plein fouet la hausse du prix du pétrole. En vertu d’un texte réglementaire datant de 1983, cette entreprise est tenue de payer le fioul à un tarif indexé sur le prix du pétrole brut ! L’ENTMV se voit donc privée d’importantes sommes d’argent nécessaires à son développement. «A terme, notre objectif est de faire de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs un fleuron de la Méditerranée. Nous en avons la volonté. Aussi est-il important de poursuivre notre programme de désendettement ainsi que le processus d’acquisition de nouveaux navires. Pour cela, il serait nécessaire d’acquérir un ferry capable de transporter 2000 passagers et 800 véhicules, comme ceux que possèdent nos concurrents», souligne Ahcène Graïria. Pour ce qui est des nouvelles destinations, le P-dg de l’ENTMV annonce l’ouverture de la ligne Alger-Tunis dès la saison prochaine. «Cette ligne devrait être permanente. Cela répond à une attente de la clientèle. Nous comptons également rallier le port de Gênes en Italie. Le dossier est actuellement en phase d’étude et devrait bientôt être finalisé. Pour ce qui est de l’Espagne, nous pensons qu’il serait intéressant d’ouvrir une ligne Alger-Barcelone. Mais là aussi, le dossier est à l’étude du fait de l’absence de structures d’accueil au niveau de ce port.»
T. H.

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