Monde : FRANCE
Une rentrée anticipée pour une récession annoncée


Six membres du gouvernement français ont dû, sur convocation de leur chef, François Fillon, interrompre brutalement leur congé pour tenir, hier après-midi, une réunion de crise (même si l’emploi du terme crise est évité) face aux craintes de récession que suggèrent les derniers chiffres de l’INSEE (Institut national de la statistique).
De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed
Un véritable branle-bas de combat secoue aujourd’hui la France, même si elle ne se trouve pas seule dans cette conjoncture, les autres pays de la zone euro n’étant pas en reste, sauf que beaucoup d’entre eux ont plus de marge de manœuvre pour trouver une parade. Le PIB (produit intérieur brut) de la France a reculé de 0,3% au deuxième trimestre 2008, alors qu’il était attendu par les prévisionnistes officiels une légère hausse. Même si la Banque de France s’est empressée hier de publier un communiqué dans lequel elle estime que le PIB ne connaîtra pas encore de recul au troisième trimestre 2008 et qu’elle attend au contraire une légère hausse, évitant ainsi la récession, les autres indicateurs en sa possession ne sont pourtant pas des plus optimistes : l’indice sur le climat des affaires a baissé de trois points, traduisant ainsi une réduction sensible de l’activité industrielle ; le niveau des carnets de commandes a baissé et le taux d’utilisation des capacités de production a accusé lui aussi un fléchissement. Face à cette hécatombe, Christine Lagarde, la ministre de l’Economie qui considère que ce sont des chiffres auxquels on s’attendait et qui ne sont pas bons, estime «qu’il serait totalement inexact de parler de récession» mais justifie cependant ces résultats par «le contexte international, les augmentations du cours des matières premières, l’affaiblissement du dollar et l’inflation». Nul ne peut en effet contester qu’en partie, ces mauvais chiffres résultent de la conjoncture internationale : la crise des subprimes aux Etats-Unis a eu ses prolongement dans l’Hexagone avec la baisse des prix de l’immobilier et un ralentissement de l’activité du secteur pourvoyeur d’emplois ; la hausse du prix du pétrole aurait engendré une ponction non négligeable du PIB et rogné sur le pouvoir d’achat moyen ; enfin, même si la hausse du cours de l’euro a permis d’atténuer l’envolée des produits pétroliers et des matières premières, cette hausse de la monnaie européenne a tout de même creusé le déficit du commerce extérieur français et en a réduit l’activité. Mais est-ce à dire que le gouvernement n’est pour rien dans la crise qui est là ? Sûrement pas, répond l’opposition.
Supprimer le cadeau fiscal aux nantis, suggère la gauche
Pour Laurent Fabius, qui s’exprimait hier sur RTL, «il y a bien sûr un risque de récession». Si l’ancien Premier ministre socialiste n’incombe pas toute la situation à Sarkozy, la conjoncture internationale ayant participé à ces résultats, il reproche cependant au chef de l’Etat «d’avoir dilapidé tout ce qu’on avait. On est en difficulté plus que les autres pays européens, notamment parce que, budgétairement, on a gaspillé tous nos moyens». Et de suggérer au gouvernement «d’annuler une partie du paquet fiscal pour faire face à la crise». Pour rappel, l’essentiel du paquet fiscal, mesure prise par Sarkozy en 2007, dès son accession au pouvoir, a concerné les catégories sociales privilégiées qui ont bénéficié de la quasi-suppression des droits de succession et pour beaucoup de la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF). Ce cadeau fait aux plus nantis a non seulement eu peu d’impact sur la croissance, les bénéficiaires n’ayant pas consommé, mais qui plus est, a creusé le déficit public, objet de toutes les récriminations des autorités européennes envers l’Hexagone. Tout comme Fabius, Michel Sapin, secrétaire national PS à l’Economie, estime que le gouvernement a fait preuve d’aveuglement et a «affaibli les finances publiques l’été dernier en faisant voter le paquet fiscal », même si cet ancien ministre PS de l’Economie reconnaît qu’il n’y a pas au sens strict du terme récession, celle-ci devant faire suite à deux trimestres successifs de croissance négative. Il faudra à François Fillon et aux six ministres qui l’entourent en conclave (économie, industrie et consommation, budget, emploi, PME, commerce extérieur) beaucoup d’imagination pour trouver des solutions à une situation des plus difficiles, et qui ne laissera aucun répit au gouvernement français, appelé à plancher avant le coup de sifflet de la rentrée.
K. B.-A.

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