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Actualités : CE MONDE QUI BOUGE
Géorgie, le face-à-face Otan-Russie


Par Hassane Zerrouky
Bernard Guetta, chroniqueur à France Inter pour les questions internationales, et ancien correspondant du Monde à Moscou, que l’on ne peut soupçonner de parti-pris pro-russe écrit dans une tribune libre publiée par Libération à propos du conflit entre la Russie et la Géorgie :
«Dans ce conflit, le problème de fond est que, depuis qu’elle a rebâti un Etat, repris le contrôle de ses matières premières et rompu avec l’alignement diplomatique d’Eltsine sur les Etats-Unis, la Russie inquiète Washington et l’Europe centrale. L’Amérique craint que son ancien adversaire de la guerre froide ne redevienne un rival, fort de son immensité, de son pétrole et, donc, de sa capacité à peser sur les affaires du monde.» Bernard Guetta n’est pas le seul à penser qu’en lançant ses troupes à la reconquête de l’Ossétie du Sud, province intégrée à la Géorgie en 1920 par Staline dont les habitants demandent l’intégration à la Russie maintenant que l’URSS n’existe plus, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a provoqué une crise internationale de grande ampleur. Le chercheur et directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, spécialiste du Caucase, Alain Joxe, pense de même. Pour sa part, Hélène Carrère d’Encausse (spécialiste de la Russie et membre de l’Académie française) indique qu’à travers son intervention militaire, le chef d’Etat géorgien a cherché à «s’imposer aux Etats-Unis comme leur meilleur allié au Caucase, pour leur permettre d’éliminer la Russie» de «ses terrains traditionnels en Asie centrale et au Caucase». La volonté de la Géorgie d’adhérer à l’Otan a de fait attisé les tensions avec la Russie. Pour Moscou, l’installation d’une base de l’Otan à ses frontières sud dans une région regorgeant de pétrole et de gaz lui devenait insupportable. Plus généralement, les Etats-Unis poursuivent dans cette région une stratégie qui s’inspire des thèses développées par l’ancien conseiller du président Carter, Zbigniew Brzezinski, à la fois de dépeçage de l’ex- URSS et d’encerclement de la Fédération de Russie, avec à terme l’implosion du pays de Pouchkine et Gorki, en trois entités indépendantes : une Russie européenne, une Russie caucasienne et une Russie asiatique englobant une grande partie de la Sibérie. Après avoir démembré l’ex-Yougoslavie, cassé l’unité de l’Irak (en voie d’implosion), mis au point un plan de remodelage du Moyen-Orient pour dessiner une nouvelle carte géopolitique, Washington avec le soutien de ses alliés poursuit les mêmes objectifs à l’égard de la Russie. Cette stratégie menée sous couvert de démocratie et de respect des droits de l’Homme n’est pas étrangère à la montée du nationalisme à fleur de peau de la Russie et nourrit l’autoritarisme du régime du président Medvedev envers son opposition. Tel est, en toile de fond, l’enjeu de cette crise qui se joue sous nos yeux. Un moment, pressentant le danger, Nicolas Sarkozy, au nom de l’Union européenne, a réussi à faire cesser les hostilités en faisant accepter par les deux protagonistes un accord de paix en six points prévoyant, notamment, l’ouverture de discussions internationales sur le statut futur de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, les deux provinces séparatistes géorgiennes. Mais voilà, cet accord qui n’a pas satisfait Washington risque de voler en éclats. Mardi, à Bruxelles, à la demande des Etats-Unis, les chefs de la diplomatie des 26 pays membres de l’Otan ont adopté une déclaration confortant la Russie dans ses craintes d’encerclement. «La création par la Russie d’une nouvelle limite en Europe au-delà de laquelle on ne pourrait pas espérer un avenir transatlantique, est inacceptable.» Autrement dit, outre le soutien apporté par l’Otan à la Géorgie, la Russie est invitée à ne pas s’opposer à l’installation de bases militaires occidentales à ses frontières. Et de fait, le conflit russo-géorgien risque de glisser vers un face-à-face entre Moscou et l’Otan dangereux pour la paix.
H. Z.

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