Surréaliste. Longtemps après avoir ignoré les horreurs d’une décennie noire qui n’en finit pas, l’Entreprise nationale de télévision (ENTV) se décide à montrer aux téléspectateurs une brève de la réconciliation nationale. Une mission
impossible confiée au producteur Lamine Merbah. Et voilà que Darna
laqdima surgit des entrailles sanguinolentes de la société algérienne.
Un feuilleton aux normes, de 15 épisodes de 30 minutes, programmé pour
le ramadan. Livraison express : hier matin, la salle Ibn Zeydoun (OREF)
se transforme en tribune de l’histoire. Lamine Merbah, qui vient de
finir le tournage, y organise une projection pour la presse. Des
extraits. Quartier des oubliés. Au premier plan : les stars fétiches de
l’ENTV. Sid Ali Kouiret et Bahia Rachedi sont à l’aube d’un rêve
prémonitoire. L’acteur qui achève sa prière a du mal à se remettre de sa
nuit agitée. Une voix l’a interpellé. Celle de son père. «Si toi tu
oublies, comment veux-tu que tes enfants s’en souviennent !».
Existentiel ! L’homme est dans tous ses états. Sa famille est déchirée
par le conflit qui étrangle le pays. Le terrorisme. Son fils a erré
longtemps avant de déposer les armes. Quelques jours de prison et le
voici frais à réintégrer la société. Comme des milliers de sanguinaires,
il endossera un costume couleur clair et des chaussures avec vernis pour
arpenter, libre, le cimetière de ses victimes. Autres séquences. Le
drame des femmes. En premier, celui de la mère. Elle croit dur comme fer
que son fils est au-dessus de toute condamnation. Sa fille, elle, est
abandonnée par un mari atteint du démon de midi. La suite n’est qu’un
enchaînement de lamentations, séparations et violences. Eloquent. On
passera sur les détails d’une projection boursouflée. Mais tout de même,
en 2008, alors que des civils se font encore déchiqueter par des bombes,
que des appelés sont massacrés dans les maquis, l’ENTV déploie un gros
budget au nom d’une pseudo-réconciliation nationale. Pis encore. Du
mauvais côté de la barrière, évidemment, puisqu’elle placera ses caméras
pour s’apitoyer sur le cas des repentis. Au nom de quelle justice, ils
bénéficient aujourd’hui d’une tribune pour la parole. Il est
extraordinaire de déployer autant d’énergie et d’argent pour occulter la
vérité. Celle des victimes d’hier et d’aujourd’hui. Que de
responsabilités historiques. Avec Darna laqdima, Lamine Merbah soutient
avoir posté son scénario au centre. Qu’il exauce le rêve de ceux qui
souhaitent revenir à l’époque où les Algériens ne s’entretuaient pas.
Utopique !
Samira Hadj Amar
Nombre de lectures : 275
|