Un homme est présenté comme un ensemble parfait considéré du point de
vue moral, il se caractérise par une panoplie de traits. «As-tu calculé
le degré de l'homme ?» Vois son échelle : l'homme inique, l'homme
dépravé, l'homme sensuel, l'homme sensible, l'homme moral, l'homme
sapientiel, l'homme spirituel, l'homme devin (Saint- Martin, homme
désir, 1790) Où sont les hommes ? Question embarrassante, vous
conviendrez avec moi que cette question est fort énigmatique,
susceptible de comporter une idée sous-jacente, si je l'appréhende sous
l'angle intuitif. Ne désirant pas m'aventurer dans des supputations, je
me contenterai de répondre à vos préoccupations dans l'espoir d'assouvir
votre curiosité en ne retenant que le grief, objet de votre écrit repris
en rubrique. Je comprends votre inquiétude et je m'associe à votre
ras-le-bol pour condamner vigoureusement ce genre de pratiques. Ce
phénomène urbain n'existait pas par le passé, il a fait son apparition
au lendemain des profondes mutations intervenues dans le système
économique, socioculturel. Une conception courante de la «culture»
consiste à la regarder comme formée de quatre éléments indissociables :
les valeurs, les normes, les institutions, les artefacts. Les pays
d'Europe occidentale (France, Allemagne, Grande-Bretagne...) puisent
leurs valeurs dans la Bible, nous autres dans le saint Coran, mais avec
une tendance progressive ces dernières années de les abandonner au
profit d'une autre culture apparentée au «diffusionnisme» (F. Boas et
w.h.r Rivers) nonobstant, le danger que cela comporte quand ce concept
conçoit la rareté du génie humain. Ce qui vous arrive comme ce qui
arrive à nos femmes tous les jours, n'est pas sans origine connue.
Prions encore Dieu que le harcèlement moral et sexuel au travail n'a pas
atteint des proportions alarmantes. Les rapports Nord/Sud, inscrits dans
les dossiers prioritaires de la «mondialisation», favorisent la
propagation des valeurs occidentales et érodent les langues et les
mémoires ancestrales. Les pays décolonisés affichent des réactions
contrastées allant du refus de l'impérialisme culturel à l'attirance du
modèle occidental. Sans rien vous apprendre, la «mondialisation »,
supposée constituer un seul pôle de surcroît positif, n'est qu'un
leurre, le pôle négatif, mais latent et dont on évite d'en parler, elle
est représentée sous la forme de gigantesques tentacules qu'elle étend
pour l'internationalisation des langues, des institutions et des modèles
de gestion, objectif qu'elle atteindra probablement, mais échouera dans
sa tentative de briser le «particularisme culturel» grâce au concours et
à la vigilance des hommes opérant au plus haut niveau de l'Etat et dans
la vie publique. Les hommes se raviseront pour se réfugier dans ce qui
fait leur identité et leur particularité, car l'homme a besoin de ses
racines culturelles et s'y attache d'autant plus qu'il se sent menacé
par l'hégémonie que représente la puissance étrangère. Comme disait un
ami, il n'y a que le passé mémorable qui mérite d'être rappelé au
souvenir. Sans les hommes, on n'aurait jamais accédé à notre
indépendance, sans les hommes on n'aurait jamais fait l'admiration de
l'étranger dans les années 1970 par les prouesses réalisées dans notre
développement à l'image du modèle japonais, sans les hommes on n'aurait
jamais réalisé l'exploit d'organiser un festival unique en son genre
(Panafricain, 1969), sans les hommes pour former des hommes compétents
et intègres, sans les hommes, l'Algérie n'aurait jamais retrouvé sa
place dans le circuit international est associée aux grandes questions
du XXIe siècle, sans les hommes il n’y aurait jamais eu de femmes pour
occuper de hautes fonctions au sein de l'Etat et de l'administration et
j'en passe. On est homme avant de devenir citoyen. Pour conclure, je
vous rassure mesdames, que l'Algérie constitue un immense réservoir
d'hommes dotés d'une faculté cardinale, «la raison » pour gouverner les
mœurs et régner sur les passions.
Meilleures salutations,
Mohamed (Belcourt)
Nombre de lectures : 269
|