Panorama : AGM
L’Algérien génétiquement modifié (par le ramadan)


Surconsommation, bagarre, léthargie... une sorte de «folie» s’est emparée des jeûneurs en ce mois de ramadan. Au marché, au travail, à la maison ou dans la rue, l’Algérien se transforme en zombie, une sorte d’AGM (Algérien génétiquement modifié). Principale cause : le ramadan.
• Surconsommation
Ramadan, mois de surconsommation. Les marchés de la capitale sont pleins comme un œuf. Malgré l’envolée des prix, les mères de famille jonglent avec leur portefeuille essayant de dénicher les ingrédients nécessaires à une «meïda» bien garnie. «Je joue beaucoup sur la décoration des plats sachant qu’on mange d’abord avec les yeux», nous dira cette dame rencontrée chez le vendeur de poissons congelé du marché Ferhat-Boussaâd (ex-Meissonier). «J’opte souvent pour les crevettes congelée, Findus, crabes, médaillons et merlans, bon marché comparés au poisson frais», ajoute-t-elle.
• Nerfs à fleur de peau
Olives, diouls, dattes, fruits secs... tous ces étals connaissent un afflux et une effervescence indescriptibles. Visiblement, la fièvre acheteuse s’est emparée de tout un chacun. L’humidité, la chaleur, le manque de sommeil additionné à celui de caféine, de nicotine et l’hypoglycémie conduisent à certaines engueulades se terminant le plus souvent par des empoignades et des parties de pugilat. Ces scènes sont visibles dans tous les marchés. Pour une banale histoire de chaîne «grillée» chez le marchand de dattes (marché Ferhat- Boussaâd), deux acolytes en manque de nicotine en viennent rapidement aux mains. Des insultes et des insanités fusent de partout, faisant déguerpir des clientes aux oreilles chastes. «Ces comportements sont inadmissibles», s’écrie l’une d’entre elles. «Que celui qui n’arrive pas à jeûner s’abstienne, plutôt que de s’en prendre à autrui !» s’emporte-t-elle encore. Rixes et bagarres sont monnaie courante durant ce mois sacré. Qui d'entre nous n’a pas assisté, ne serait-ce qu’une fois, à une querelle dans la rue. Les matches de boxe à ciel ouvert éclatent çà et là, faisant sourire les uns et provoquant la consternation des autres. Du côté des automobilistes, la météo est des plus orageuses. Le refus de priorité fait rage. Conséquence : énervements, accrochages et bouchons inextricables. Les interminables embouteillages font monter la pression de plusieurs degrés. Certains conducteurs s’envoient des petits regards assassins, échangent des chapelets de noms d’oiseaux et en arrivent parfois à ouvrir leurs portières brandissant leur cric d’un air menaçant.
• Chauffards et fièvre de l’être
Boulevard Mohammed V. Circulation fluide. Plusieurs piétons attendent de traverser depuis un bon moment déjà, mais aucun automobiliste ne daigne ralentir. Au contraire, ces chauffards reconvertis en champion de Formule 1 écrasent un peu plus le champignon, menaçant d’envoyer ces braves gens manger du pissenlit par les racines.
• Scènes de ménage
Au chapitre des querelles, la liste est encore longue. A la maison, certains couples choisissent ce mois précisément pour se crêper le chignon et se dire leur quatre vérités en face. Cinq minutes avant adhan el maghreb, fracassement de vaisselle brisée et hurlements. Morceaux choisis. Monsieur : «C’est la chorba d’hier que tu comptes me servir encore ce soir ?» Madame : «Ben quoi, on est rentrés à la même heure du boulot. T’avais qu’à te mettre au fourneau au lieu d’aller t’avachir sur le canapé !»...
• Le ramadan a bon dos
C’est connu, quand arrive le ramadan, l'Algérien devient d’une humeur massacrante. Pendant que les commerçants font leur beurre, réalisant leur meilleur chiffre d’affaires de l’année, dans les administrations, tout tourne au ralenti. Une espèce d’état comateux. Pour le moindre papier administratif, l’employé vous suggère, entre deux bâillements à s’en décrocher la mâchoire, de revenir après l’Aïd. Et gare à vous si vous avez le malheur d’insister. «Ya kho ! Ma t’zaâfniche ! rani sayem !» Décidément, le ramadan a bon dos !
• Mots croisés au boulot
L’Algérien génétiquement modifié par le ramadan se rend bien évidemment sur son lieu de travail. Cependant, il n’y prend pas racine. Juste le temps de faire les mots fléchés du journal et le voici debout, mû par une force incontrôlable. Direction, le marché. N’écoutant que le son de ses intestins vides et de ses tripes, forcés au chômage technique, il est soudain pris d’une terrible frénésie d’achats. Comme son estomac a pris la place de son cerveau, il remplit son couffin de toutes sortes de victuailles qui finiront au fond de la poubelle dès le lendemain. Le nec plus ultra de toute cette méga-agitation, c’est le «saha f’tourek» mortel claironné à chaque coin de rue dès... 8 heures du matin. De quoi vous laisser pantois ! Cacophonie ramadanesque où le ventre et les «boustifailles» ont pris le dessus sur l’esprit sacré de ce mois synonyme de partage et de spiritualité.
Sabrinal
Email : sabrinal_lesoir@yahoo.fr

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