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Flambée des prix durant ce Ramadan. Pomme de terre :
35 DA. Carotte : 60 DA. Courgette : 80 DA. Laitue : 70 DA.
Citron : 120 DA. Raisin : 120 DA. Et le OUI d’un député…
…30 millions !
Nous poursuivons en ce Ramadan nos incursions gentilles dans le monde
fascinant du bréviaire officiel et des expressions convenues et estampillées
convenables. Aujourd’hui, quelques conseils afin de vous éviter des erreurs
graves, des ennuis de santé ou de trop fortes désillusions, si tant est que vous
en ayez encore. Des illusions, bien sûr. Dans ce cadre (en bois, de préférence)
il ne faut jamais dire «crise aiguë à la tête du système». Non ! Abadan ! Il
faut plutôt dire «légère incompréhension sur le point patriotique d’être levée».
Il ne faut pas dire non plus «lutte des clans féroce et course effrénée pour le
pouvoir». Non ! Abadan ! Il faut lui préférer cette autre expression : «Un
jogging fort sportivement animé par des compagnons de course dont l’objectif
premier et dernier reste l’intérêt suprême du pays, placé au-dessus de tous.»
Evitez aussi comme la peste la formule «ceux qui ne rentreront pas dans le rang
seront exclus du sérail». Non ! Abadan ! Usez plutôt de cette autre formule plus
policée : «Afin d’assurer une alternance à laquelle nos éclairés et éclairants
dirigeants appellent de tous leurs vœux, il sera procédé à de légers
remaniements qui ne touchent en rien à l’action des institutions de l’Etat,
régies comme chacun sait par le souci de la continuité dans la voie tracée à cet
effet par nos glorieux aînés.» N’ayez jamais recours au mot «limogé». Non !
Abadan ! Substituez-lui cette douce et harmonieuse expression : «En hommage aux
énormes services rendus par X à la nation, il a été appelé à exercer son immense
talent reconnu de tous dans d’autres fonctions qu’il conviendra de définir en
temps voulu, car à chaque chose, son temps.» On ne dit pas non plus «graves
dissensions au sein de l’Alliance présidentielle». Non ! Abadan ! On lui
préférera cette heureuse formule : «Des discussions constructives et
responsables ont lieu entre les frères du FLN, du RND et du MSP. Elles se
poursuivent dans un climat de franche sérénité et devraient rapidement aboutir
sur le consensus le plus large possible.» Voilà ces quelques conseils, fi sabil
Allah ! Car, en dernière instance, à la fin du fin, lorsque la boucle est
bouclée, il nous faut en arriver à la seule conclusion possible : y a jamais de
lézards entre nos chers dirigeants. Et ça, vous pouvez en être sûrs et le dire
et le répéter dans la langue et avec les formules que vous voudrez. Je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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