lundi 22 septembre 2008
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Actualités : ILS SONT EN SOUFFRANCE DEPUIS DES ANNÉES AU PORT D’ALGER
L’insondable «guerre» des containers


L’instruction du gouvernement adressée le 2 août dernier aux entreprises de gestion du port d’Alger a accéléré la campagne de son désengorgement. Selon une source proche de l’Entreprise portuaire d’Alger (EPAL), près de 2 000 conteneurs en souffrance au niveau de l’enceinte portuaire depuis plus d’une quinzaine d’années ont été recensés.
Abder Bettache - Alger (Le Soir) - La décision prise par le chef du gouvernement a été saluée par les différents intervenants au sein de l’enceinte portuaire. Le syndicat d’entreprise du port d’Alger compte même adresser une lettre à Ahmed Ouyahia pour le «remercier d’avoir pris cette décision et ce, dans le but de permettre à notre entreprise de retrouver ses espaces d’exploitation». Pour M. Abbès, SG du syndicat d’entreprise de l’EPAL, «c’est une décision salutaire qui intervient à un moment où notre entreprise s’est engagée dans un véritable processus de modernisation. La récupération de ces espaces permettra à notre entreprise d’assurer au mieux ses prestations». L’opération d’enlèvement des marchandises en souffrance depuis plusieurs années avait été timidement initiée en 2005, puis relancée en juin 2008 suite à une directive gouvernementale. Ainsi, une ambiance particulière caractérise le port d’Alger. L’opération de «nettoyage» est menée sous l’œil vigilant des autorités locales mais également sous la houlette de la Direction générale du port d’Alger. «Nous voulons redonner au port d’Alger sa véritable dimension, voire une véritable autonomie de gestion de ses activités», explique-t-on. La directive a ciblé également les «indus occupants» et autres «personnes n’ayant aucune relation avec l’activité portuaire. Dès lors, un délai d’une quarantaine de jours a été accordé «aux indus occupants» pour «vider» les lieux, alors que pour les conteneurs en souffrance, il a été décidé de les transférer «illico presto» vers la zone sous douane sise à Sidi Moussa, en attendant de les «détruire ou vendre leurs contenants aux enchères publiques pour le compte du Trésor public».
Identifier les containers
Mais pour mener à bien cette opération, un travail «colossal» est engagé depuis juillet dernier par les responsables de l’enceinte portuaire. Les services des douanes et de police sont parties prenantes de cette opération, dont le déroulement des travaux a mobilisé des équipes de travailleurs de jour comme de nuit. «L'opération de recensement, toujours en cours, a permis de découvrir des marchandises abandonnées sur les quais depuis le début des années 90. C’est vraiment incroyable. Le port d’Alger a tendance à changer de vocation. Il n'est plus une aire de transit, il est transformé en dépôt», confie un responsable de l’EPAL pour qui «il n’est pas normal qu’on abandonne sa marchandise depuis plus d’une quinzaine d’années sans se soucier de son devenir». Selon une autre source, «les propriétaires de certains conteneurs sont connus de l’administration des douanes. Très souvent, c’est avec la complicité de l’administration que l’importateur fixe sa stratégie». Et pourtant, ajoute notre source, la réglementation est claire et ne souffre aucune ambiguïté. En effet, l’article 71 du code des douanes stipule à ce sujet que «la durée maximale de séjour des marchandises dans les magasins et aires de dépôt temporaires est de vingt et un jours». Passé ce délai, la marchandise peut faire l’objet d’une saisie des services des douanes. Sur un autre chapitre, l’article 74 dudit code stipule qu’«à l’expiration du délai de séjour dans les magasins et aires de dépôt temporaires tel que prévu à l'article 71, l'exploitant est tenu de conduire les marchandises vers un lieu désigné par l'administration des douanes où elles sont placées d'office sous le régime du dépôt en douane conformément aux dispositions des articles 204, 205 et 209 du présent code».
Une commission mort-née
Le principal obstacle rencontré lors de cette opération réside au niveau de l’identification des conteneurs en souffrance. L’administration portuaire éprouve des difficultés à situer l’emplacement des conteneurs par catégorie de produits. «Des zones entières ont été érigées en véritables cimetières pour les conteneurs au niveau du port d’Alger», a-t-on constaté sur les lieux. Même constat pour des voitures et autres engins saisis par les services des douanes. L'autre problématique soulevée concerne les marchandises présentant des signes d’avarie ou de détérioration. Selon notre source, le contenu de ces conteneurs pourrait constituer un danger pour la santé et l'environnement. A ce propos, on indique qu’ils sont 300 containers à l'abandon qui présenteraient des menaces pour l'environnement, alors qu’en 2001, 200 ont été détruits par les structures concernées. Notons que cette opération n’est pas la première du genre. Déjà en 1999, une commission regroupant l’ensemble des intervenants, en l’occurrence les douanes, l'EPAL, la Sûreté nationale, la Protection civile, la Direction de la santé de wilaya, la Direction de la concurrence et des prix, l'Inspection de l'environnement et un magistrat du parquet, avait été instituée sur arrêt interministériel. La mission principale de la commission est d’assainir les magasins de stockage. Mais selon notre source, cette commission n’a jamais été opérationnelle. «Elle n'avait ni siège, ni bureau où tenir ses réunions et prendre des décisions au sujet de cette marchandise », explique-t-on. Cela dit, il est important de noter que le port d’Alger est considéré comme une véritable plate-forme d’échanges extérieurs. A lui seul, il assure près de 40% des activités commerciales avec l'étranger. Pour preuve, l'Entreprise portuaire d’Alger (EPAL) a réalisé durant l’exercice 2007 un résultat net bénéficiaire de 2,774 milliards de dinars. L’entreprise a traité, durant la même année, plus de 10 millions de tonnes de marchandises, soit près de 500 000 conteneurs. Or, si le port venait à recouvrer sa vocation initiale, le nombre de containers traités passerait, à court terme, selon un responsable de l’EPAL, à 800 000 containers/an.
A. B.
youcefabder@hotmail.com

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