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Belkhadem revient sur le devant de la scène. A El-Harrach, devant les
militants FLN, il a déclaré : «Ceux qui voulaient m’enterrer sont
allés trop vite en besogne.»
Promis, la prochaine fois, on prendra le temps !
J’me présente. Je suis l’homme qui porte le micro à
l’homme qui parle dans le micro. C’est un métier. Un métier récent,
mais un métier. Du moins, c’est ce qu’ils m’ont expliqué lorsqu’ils
me l’ont tendu. Le micro : «Tiens ! Et souris !» Depuis, je travaille
consciencieusement à tendre le micro bien droit, vers le bas, à l’homme
dont le travail est de parler dans le micr, sans le tenir. Qu’il pleuve,
qu’il vente, qu’il fasse soleil, je tiens le micro à l’homme qui
parle dans le micro. Tout en souriant de toutes mes dents. C’est un
métier pénible. Je l’avoue. Surtout au niveau des articulations. Faut
pouvoir tenir le micro, le bras bien tendu, pendant de longues minutes.
Parfois des heures. Parce que l’homme qui parle dans le micro que je suis
chargé de lui tendre parle longtemps, longtemps, longtemps. Et ça me fout
des crampes au bras. Le sang reflue vers les mains, parce que le bras est
dirigé vers le sol. Malgré la douleur, je ne dois rien montrer. Je dois
sourire. Même si l’homme qui parle dans le micro que je lui tends me crie
dessus. Parce qu’il lui arrive, à l’homme qui parle dans le micro que
je lui tends, de m’engueuler. Dans le micro. Et ça s’entend. Tout
autour du micro. Mais aussi ailleurs. A la télévision. Parce que la
télévision filme aussi l’homme qui tend le micro à l’homme qui parle
dans le micro. Elle n’en rate pas une miette. Remarquez, mes enfants sont
contents. Le soir, lorsque je rentre, le bras en écharpe, ils me sautent au
cou en criant «papa, on t’a vu à la télé tenir le micro à l’homme
qui parle dans le micro !» Ils sont aux anges. Et dans le quartier, ils se
vantent un peu auprès de leurs copains. Il n’est pas donné à n’importe
qui de tendre le micro à l’homme qui parle dans le micro. Ma femme, elle,
toujours aussi grincheuse, me fait tout de même remarquer de temps en temps
que l’homme à qui je tends le micro a deux bras. Je lui rétorque que je
sais bien qu’il a deux bras. Elle me répond alors qu’elle ne comprend
vraiment pas pourquoi il ne tient pas son micro tout seul. Comme un grand. A
ça, je ne réponds qu’une chose. Y a plus pénible comme métier que de
tenir le micro à l’homme qui parle dans le micro. D’ailleurs, demain,
ici même, je vous parlerai d’un malheureux collègue souffrant encore
plus de son métier. Le technicien du son. En attendant, je fume du thé et
je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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