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Les astronautes chinois sont revenus sur Terre. Interrogés sur les
dangers d’une telle mission dans l’espace, ils ont déclaré : «C’était
ça, ou un…
…chantier en Algérie !»
J’me présente ! Je suis la clé de la ville. Une bonne
grosse clé, bien potelée, finement ciselée, sertie de pierres et toujours
délicatement accompagnée de coussins de velours. Tout pour être heureuse,
quoi ! Seulement voilà, ce bonheur s’est arrêté net l’autre jour.
Alors que je me préparais fébrilement aux prochaines festivités
grandioses qui me verront parader fièrement sur mon coussin de velours
préféré, une vieille collègue, toute rouillée, sale, d’une couleur
douteuse, noyée dans l’anonymat d’un trousseau de clés disparates et
hideuses, m’apostropha avec animosité : «Voyez-vous ça ! Et elle se
fait belle. Et elle se farde. Et elle se trémousse. Tout ça, parce que c’est
la clé de la ville. Mais sait-elle au moins, cette greluche, que malgré
son apparence de clé, sa forme de clé, elle n’ouvre aucune porte d’aucune
ville d’aucun pays.» Et patatras ! Le persiflage venimeux de ma consœur-clé
brisa net l’enthousiasme que je mettais à me préparer pour les
prochaines cérémonies. Mais la bougresse-clé avait raison. Je n’avais
jamais ouvert une porte ! Pis ! On ne m’avait jamais introduite dans une
serrure, fût-elle celle de la plus petite porte de la plus crade cave de la
plus minable cité LSP du territoire. Mais alors, si je n’ouvre aucune
porte, pourquoi m’a-t-on fait clé ? Et à quoi je sers ? Plus grave
encore, il y a tromperie sur la marchandise. Dans quelques jours, on va me
remettre à un Monsieur très important. Le plus important des Messieurs à
qui l’on remet habituellement des clés. Et à cet honorable
personnalité, le mec qui va m’offrir va déclarer solennellement : «J’ai
l’honneur de vous remettre ce jour les clés de la ville !» Mensonge !
Khorti ! Ils tentent de vous blouser m’sieur ! Ils vous fourguent n’importe
quoi, sauf le respect que je me dois. Vous pensez qu’ils vous aiment, qu’ils
vous font le présent le plus précieux en déposant dans le creux de votre
main leur bien le plus cher, la clé de leur ville, mais non ! Je n’ouvre
rien ! Je n’ouvre droit à rien ! Je ne sers à rien. Je n’arriverais
même pas à tourner le pêne d’une serrure de tirelire en plastique de
fabrication chinoise. Et encore, moi, ça va ! En pleine déprime, je peux
toujours me reposer sur mon bon vieux coussin de velours. Mais y a plus
malheureux que moi. Demain, j’évoquerai ici le triste quotidien des
petites filles, hôtesses d’accueil forcées que l’on oblige à porter
le coussin de velours sur lequel je suis posée. En attendant, fumez du thé
et restez éveillés, le cauchemar continue.
H. L.
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