Le grand caricaturiste et artiste peintre algérien Tayeb Arab, après avoir fait une escale à Alger puis une autre à Oran, sa ville natale, a remballé ses valises pour emporter la sève de son œuvre artistique qu’il bichonne depuis quarante ans au Centre culturel algérien à Paris. L’exposition, qui se déroulera du 8 octobre au 15 novembre, permet, selon les organisateurs, de découvrir «l’œuvre graphique et picturale au Centre culturel algérien à Paris sous le thème évocateur de Destin d’encre», une rétrospective qui emmène les férus de la peinture et du dessin de presse jusqu’aux années 1970 quand l’engagement politique était source d’inspiration et les valeurs révolutionnaires étaient de mise. Considéré comme l’un des pionniers de la caricature et du dessin de presse en Algérie, Tayeb Arab a fait ses débuts en 1967 dans les colonnes du journal La Républiqueà Oran. Il a alors vingt ans et son premier dessin est consacré au président américain Richard Nixon. Il y demeura en se perfectionnant de jour en jour. Ses dessins sont minutieusement bien faits, ses caricatures inscrites dans les annales ont eu un écho favorable dans le milieu des médias. Il se fait très vite une solide réputation, cependant l’aventure stoppa net quand l’Etat algérien fait de l’arabisation son cheval de bataille. Le journal bascule dans la version arabophone et du coup, beaucoup de journalistes désertent l’organe de presse, voire le pays pour d’autres cieux. 1976 marque la fin de l’âge d’or de ce quotidien algérien au plus grand tirage à cette époque. Le caricaturiste a publié quelque 7 000 dessins de Tayeb Arab, qui, l’âme en peine, part poursuivre d’autres dessins. En 1978, l’artiste, ancien trabendiste qui a connu toutes les galères, quitte Oran pour Alger où il travaille quelques mois aux hebdomadaires Révolution africaine et Algérie Actualité.L’année suivante, il se tourne vers la peinture et échange son flacon d’encre de Chine contre la gouache et l’essence de térébenthine. Arrivé à Paris en 1981, il collabore au bimensuel Afrique Asie, avant de se consacrer durablement à la peinture. Depuis 1986, Tayeb Arab vit et travaille au milieu des chênes verts et des oliviers près de Montpellier. Trente ans après avoir quitté le pays, il était de retour au printemps dernier à la faveur d’une vaste exposition de caricatures, d’affiches et de peintures. L’occasion aussi, pour lui, de témoigner d’une époque et de dire l’estime et l’amitié pour quelques illustres parrains qui l’ont encouragé. «Kateb Yacine m’a appris à lire surtout», se souvient l’artiste. M’hamed Issiakhem, dont on peut relever des influences dans la peinture d’Arab, l’a encouragé et Alloula lui a confié la conception d’affiches de théâtre. Sans oublier Bachir Rezzoug, le directeur du journal La République, qui lui a mis en selle et depuis il n’arrête pas de cavaler. Fatma Haouari
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