lundi 06 octobre 2008
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Corruptions : RÉGLEMENTATION ALGÉRIENNE
La valse à mille temps sur fond de gré à gré


Le processus d’attribution et d’exécution des contrats publics permet à de nombreuses formes de corruption de se développer. Favoritisme, fraudes et détournements en tous genres en sont quelques exemples. Les responsables publics, qui engagent les deniers de l’État, en sont tout autant responsables que les acteurs du secteur privé qui cautionnent et perpétuent ces pratiques malhonnêtes.

Le gré à gré dans les marchés publics va à l'encontre des pratiques de saine concurrence, favorise l'opacité dans la gestion de la commande publique et fait le lit de la corruption. La réglementation algérienne sur les marchés publics, décret présidentiel n°02-250 du 24 juillet 2002, modifié et complété en septembre 2003, va faire de nouveau l’objet d’amendements. Le Conseil du gouvernement, réuni le 18 avril 2007, avait inscrit à son ordre du jour la révision de la réglementation sur les marchés publics ! Il avait examiné et avalisé un projet de décret présidentiel modifiant et complétant les décrets présidentiels cités plus haut. Ainsi que l'indiquait le communiqué officiel du Conseil du gouvernement, «élaborées sur la base d’une évaluation exhaustive de la mise en œuvre du décret présidentiel du 24 juillet 2002, les nouvelles dispositions ont pour objet d’adapter les procédures de passation des marchés publics aux exigences induites par la mise en œuvre de l’important programme d’investissement engagé au plan national. Les amendements préconisés introduisent des facilitations devant, notamment, permettre aux maîtres d’ouvrages locaux une plus grande maîtrise des délais de formalisation des procédures et de réalisation des projets». Puis plus jusqu’au… 23 juillet 2008 !

Le projet de décret présidentiel du 23 juillet 2008 toujours non publié au Journal officiel
En effet, le Conseil des ministres, tenu le 23 juillet 2008 sous la présidence du chef de l’Etat, avait notamment adopté un décret présidentiel modifiant et complétant celui du 24 juillet 2002, portant réglementation des marchés publics, décret qui avait déjà été modifié en septembre 2003. Ces modifications «libéralisent» davantage le code des marchés, code qui était déjà très en deçà des normes internationales en vigueur. La commande publique tant au niveau central qu’à l’échelle locale ne sera presque plus régie par des règles à l’avenir, le gré à gré devenant la pratique dominante, au lieu d’être l’exception, ce qui va encore ouvrir plus largement le lit de la corruption à tous les niveaux. Le gouvernement s’est caché derrière les walis — ces derniers seraient à l’origine d’une demande pour rendre plus permissible la gestion des marchés publics — pour justifier cette scandaleuse déréglementation, considérant que la réglementation actuelle est un obstacle à la réalisation des marchés et au respect des délais ! Cet alibi qui ne dit pas son nom va favoriser les pratiques les plus opaques et la politique du fait du prince. Le chef de l’Etat a peut-être changé d’avis, puisque 2 mois après cette décision, il n’y a toujours pas de publication au Journal officiel, alors que le gouvernement considérait que ces modifications réglementaires étaient urgentes ! Le gouvernement fait marche arrière ? Au lieu «d’ouvrir » davantage la réglementation sur les marchés, les pouvoirs publics feraient mieux d’être plus regardant sur le respect de son application, et de l’adapter plus sérieusement aux recommandations de la Convention des Nations unies contre la corruption.
D. H.

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