lundi 06 octobre 2008
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Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Le dangereux érotisme des chaises
Par Ahmed Halli halliahmed@hotmail.com


Revoilà les grigris, la magie noire et autres amulettes, les armes fatales de nos élèves, lauréats de l'école fondamentale, inscrits en DES (dispensés d'études secondaires). Les procédés superstitieux de certaines équipes africaines de football, pour gagner un match, ne nous font plus rire. On ne rit pas de ses propres certitudes irraisonnées, sous peine d'être exclu de la «communauté des croyants». Alors que les équipes africaines ont renoncé, pour la plupart, aux grigris, pour hausser leur niveau de jeu, nous avons subrepticement pris la relève en matière d'occultisme.
On a vu des joueurs arrêter un match sous prétexte que l'équipe adverse se livrait à des manipulations magiques. Les histoires de matchs gagnés, ou perdus, par l'intervention de la sorcellerie sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus crédibles. La magie n'est plus cette tentative de l'homme pour domestiquer la nature et ses éléments, en prélude à la science. Dans nos pays où le «Ilm», la science, est la devise nationale dévaluée, c'est la magie qui ferme le cycle de l'intelligence. C'est sans doute pour préserver notre équipe nationale de la tentation des messes noires qu'on a choisi de sélectionner des joueurs professionnels opérant en Europe. Ceci, nonobstant les appréhensions que l'on peut avoir à l'idée de faire jouer l'élite locale, en plein Ramadan, et face à une équipe du Sénégal qui a pris l'habitude de laisser les talismans au vestiaire. Je pense que, sur ce point précis, l'entraîneur national a pris de la hauteur de vue depuis le vertige de l'altitude contracté au Mexique . Cependant, je crains qu'à force de persévérer, les tenants de l'ordre occulte et de l'occultisme ne s'allient encore pour étendre durablement le règne des tours de magie et de passe-passe aux stades et aux terrains de sport. Voilà un avant-goût de ce qui risque de nous arriver avec cette affaire qui secoue actuellement le monde du football des Emirats. Il semble que là-bas, la magie noire c'est du sérieux, jugez-en : deux célèbres joueurs de l'équipe nationale des Emirats, Fayçal Khalil et Sabeit Khater, ont été arrêtés par la police, la semaine dernière pour charlatanisme. Les deux athlètes qui jouent respectivement dans les clubs du Ahly et de Al-Djazira, ont été surpris lors d'une descente de police dans l'antre de deux charlatans omanais. Selon le quotidien saoudien Al-Chams(version arabe du tabloïd londonien The Sun), les deux joueurs sont sous le coup de deux chefs d'inculpation. Ils sont, premièrement, accusés d'avoir recouru aux services diaboliques des deux Omanais pour garder leurs places en équipe nationale. Plus grave encore, ils ont demandé aux deux «griots» de jeter un sort à d'autres joueurs de l'équipe nationale, Ismail Matar, buteur de la sélection, et Ismail Al-Hamadi. Le journal précise encore que la police surveillait depuis quelque temps ce temple de la magie noire dont les deux joueurs étaient des clients habituels ainsi que de nombreuses autres personnalités sportives et artistiques. Quant à la presse des Emirats, elle affiche un «oh!» de surprise et de pudeur indignée et se réfugie derrière les phrases du genre «ces pratiques étrangères à nos mœurs et à notre religion». On insiste, d'ailleurs lourdement et à chaque paragraphe, sur le fait que les deux «griots» sont omanais. L'honneur national des Emirats est donc, presque, sauf. Quant à l'honneur des théologiens saoudiens, il sort de ce Ramadan 1429 sérieusement écorné, avec les fetwas les plus invraisemblables et les plus hilarantes. On peut alors se poser des questions, non seulement sur la rigueur morale des auteurs de fetwas mais aussi sur la santé mentale de ceux qui les questionnent. Notre confrère Nabil Charef Eddine fait le point, dans le magazine Elaph, sur cette campagne de «diabolisation » de l'Islam menée à travers ces fetwas. Il estime que ces atteintes cycliques au renom de l'Islam et des musulmans ne doivent plus être tolérées, et ce d'autant plus qu'elles émanent de personnalités qui ont un certain poids dans leurs sociétés respectives. Parmi ces fetwas, citons la dernière en date qui clôt en apothéose le cycle des feuilletons-fetwas drolatiques du Ramadan. Elle émane du cheikh saoudien Mohamed Al- Hebdane, un des imams attitrés de la très salafiste chaîne Al-Majd. Il se dit choqué par la non-conformité des niqabs que portent les Saoudiennes. Ceux qui sont actuellement sur le marché ne sont pas conformes, dit-il, car ils laissent voir les yeux et les pommettes. Al-Hebdane conseille donc aux maris et aux mâles, en général, d'imposer à la gent femelle un niqab avec une seule ouverture pour le regard. Allant au-devant des objections suivant lesquelles, un seul œil ne suffit pas pour voir le chemin et regarder les étals des magasins, il précise : «On peu mettre devant cette ouverture un morceau de tissu amovible, qu'on pourrait soulever selon la direction voulue, comme si on regardait à travers des barreaux». En fait, l'imam attitré de la presse arabophone, Cheikh Chems Eddine, s'est chargé de rappeler opportunément une ancienne fetwa qui vaut le détour, celle de la brûleuse de chaises, Oum An's (prononcer anasse). C'est cette dame qui avait interdit d'apporter des fleurs aux malades dans les hôpitaux, dans une fetwa publiée l'année dernière et que j'avais évoquée dans ces colonnes. Elle avait, aussi sur sa lancée, déclaré que la chaise était un objet illicite et qu'il ne fallait donc pas l'utiliser comme siège. Cheikh Chems Eddine qui mène, depuis quelque temps, une lutte tenace contre le salafisme borné, est revenu opportunément sur le sujet dans l'hebdomadaire Al-Mohakik. Selon Oum An's, la pire des corruptions qui touche la nation musulmane réside dans cet objet qu'est la chaise ou ce qu'on peut lui assimiler comme le canapé. C'est un mal absolu qui éjecte son utilisateur de la communauté comme la balle est éjectée d'un canon, ditelle. Elle énumère ensuite les arguments suivants : - Le Prophète et ses compagnons s'asseyaient par terre et n'utilisaient pas les chaises. - Ces chaises et assimilées sont de fabrication occidentale et leur utilisation est une forme d'admiration de l'Occident qui détruit un des piliers de l'Islam. Comment pouvons-nous admirer et accepter l'Occident alors que c'est un ennemi ? - Le confort apporté par la chaise ou le canapé amène à se relâcher. Il amène la femme à écarter ses jambes, ce qui est un élément de dangereuse tentation (fitna). En agissant ainsi, la femme se met à la disposition du mâle, qu'il soit un humain ou un djin. Dans la majorité des cas, le djin s'accouple avec la femme alors qu'elle est assise sur une chaise. En s'asseyant sur une chaise, la femme ressent des élans et pulsions sexuelles coupables. L'utilisation d'une chaise par la femme est donc un péché et un acte d'adultère. - Le fait de s'asseoir à même le sol rappelle au musulman que Dieu a créé la terre et l'incite à plus de piété et de reconnaissance à son égard. Comme vous avez pu le noter, la femme se taille la part du lion dans ces considérations sur la chaise, dont j'ai volontairement omis un passage malodorant. Oum An's prend la précaution de dire que ses informations proviennent de femmes ayant renoncé aux plaisirs de la chaise. Juste pour qu'on sache qu'elle n'a pas personnellement vécu ces expériences torrides avec une chaise. On est disposé à la croire mais avec les réserves d'usage, et pour peu qu'on ait une photo d'elle… sans niqab.
A. H.

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