lundi 06 octobre 2008
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LA PHRASE INTERDITE !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Face aux promesses du régime, la population de Ghardaïa réagit avec colère : «C’est fini ! Nous ne leur accorderons plus aucun...

... crédit !»

J’attends depuis des heures. Et je ne l’ai toujours pas entendue. Pourtant, dans ce genre de situations, logiquement, dans la logique logique, pas la logique de notre système, cette phrase aurait dû être prononcée. Elle s’impose d’elle-même comme l’écrivent si délicieusement mes amis de la sportive. On doit être en mesure de l’entendre. C’est le moment. Nous sommes même légèrement en retard sur le timing attendu dans ce genre d'événements. Pourtant, cette phrase n’a toujours pas été prononcée par ceux qui doivent la prononcer. Personne, vraiment personne, ni en collectif ni en individuel n’a dit clairement, à haute voix pour éviter toute méprise ou contresens : «Tirons les conséquences du drame qui vient d’endeuiller Ghardaïa et toute la vallée du Mzab, je (nous) démissionne du poste que j’occupe et je m’en remets au jugement de mes pairs, le jugement de ma (notre) conscience étant déjà en délibéré.» Les personnes averties, amusées de me voir attendre, m’ont gentiment conseillé de suspendre ma veille, de ne plus guetter le prononcé du mot «Démission». Par contre, ces mêmes personnes averties m’ont tout aussi gentiment suggéré de tendre l’oreille, car selon elles — et je veux bien les croire — une autre phrase ne devrait pas tarder à être prononcée. Elle serait déjà sur toutes les bonnes lèvres de nos bons gouvernants : «Suite aux inondations terribles qui ont emporté des dizaines de vies dans la vallée du Mzab, suite au deuil qui frappe cette région et l’ensemble du pays et afin que toute la lumière soit faite sur cet événement dramatique, il a été décidé la mise en place d’une commission d’enquête officielle dotée de toutes les prérogatives et missions lui permettant de situer les responsabilités des uns et des autres.» Les personnes averties, les sages ont raison. Je n’aurai pas à attendre longtemps l’annonce de cette commission d’enquête. Une belle, imposante et solennelle commission d’enquête. Avec des yeux bleus et une belle crinière blonde. Une commission d’enquête boumba, chabba et m’bah’bha. Et à laquelle sera réservé le même sort qu’à toutes ses consœurs commissions d’enquête : aller tranquillement reposer dans l’immense cimetière où sont enterrées toutes les commissions d’enquête diligentées par la RADP depuis 1962. Un cimetière jamais touché par les inondations, les incendies ou les séismes, comme le font fort judicieusement remarquer les climatologues et les sismologues non affiliés au FLN. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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