mardi 07 octobre 2008
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Actualités : DJAMEL DJERRAD, EXPERT COMPTABLE :
«Une option impossible…»


La création par l’Algérie d’un fonds souverain est une option «impossible», selon l’expert comptable et économiste Djamel Djerrad qui soulève plusieurs problématiques interdépendantes.

Le Soir d’Algérie : La création par l’Algérie d’un fonds souverain continue d’alimenter le débat national, entre partisans et adversaires. Qu’en est-il justement de ces fonds ?
Djamel Djerrad : Les Fonds souverains sont des fonds qui appartiennent aux Etats. Ils renferment les excédents des recettes générées soit par les ressources minières, le pétrole et le gaz pour plusieurs pays (Norvège, Emirats arabes unis, Russie, l’Etat d’Alaska aux Etats-Unis et la Libye) ou par les réserves de changes pures comme pour la Chine et Singapour. Du point de vue historique, le premier fonds souverain a vu le jour en 1953 au Koweït. L’Etat de Kiribati, producteur de phosphate, a été, en 1956, le second pays à placer ses excédents commerciaux. Par la suite, plusieurs Etats ont développé ce type de fonds souverains, le dernier en date étant celui du Chili qui gère 10 milliards de dollars. Ces actifs sont placés par les Etats de trois manières : des placements en bons de Trésor à intérêt fixe, des investissements directs dans des entreprises ou l’introduction dans le marché boursier.

Notre pays peut-il, doit-il développer un fonds souverain ?
En Algérie, un Fonds de régulation des recettes (FRR) existe. Il est considéré, quoique improprement, comme un fonds souverain. Mais cela n’a rien à voir avec les fonds souverains qui sont des placements très risqués. Cela étant, il faut pouvoir gérer ces actifs, développer une capacité d’évaluation, de jugement. Il faut également former. Si dans le Golfe, l’on a formé des cadres universitaires dans ce domaine depuis longtemps, qu’en est-il de notre pays où des universitaires sont incapables de lire une courbe… Faudrait-il demander à un cabinet étranger de gérer notre fonds ? Quant à la gestion de nos réserves de changes, elles sont placées en bons du Trésor américains, là c’est sûr, et génèrent un rendement de 2%. Certes, un rendement peu élevé mais qui est assuré. Sans aller jusqu’à paraphraser le dicton célèbre (NDLR : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras). A mon sens, l’Algérie a besoin de son argent pour relancer son économie, assurer son développement, construire des logements, améliorer son climat d’affaires, stimuler les investisseurs… Mais notre pays n’a pas vocation à aller au chevet des entreprises étrangères malades…

Donc, des facteurs plaident contre cette option ?
Un aspect est à relever. Le fait que ces fonds souverains pénètrent le secteur industriel et des entreprises mondialisées dérange le monde occidental. Je signale, à ce sujet, que le projet du fonds souverain chinois d’acquérir 70% d’une entreprise américaine (Chevron Texaco) a suscité une levée de boucliers, le Sénat l’a rejeté. Le président américain n’avait-il pas mis son veto à l’acquisition par la holding émiratie Dubaï ports de ports américains. Des problèmes se posent de plus en plus pour ces fonds. Leur développement risque, selon certains, de déstabiliser la dynamique des actifs de certains produits peu liquides. D’amplifier la volatilité. Il y a aussi le manque de transparence dans la gestion de ces fonds. La question du contrôle se pose aussi. La Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé d’un code de conduite, pour une meilleure surveillance et encadrement de ces fonds. Un dirigeant à la Banque mondiale a même incité à ce que les investissements des fonds souverains se limitent à l’Afrique.

Cette option paraît alors irréalisable pour l’Algérie ?
Notre pays n’est pas au même stade que les pays du Golfe, eu regard notamment à la base démographique. L’argent pouvant être investi par l’Algérie est l’argent du peuple. Nous avons la capacité d’absorption, au regard des projets de développement impulsés dans les secteurs des transports, du logement. Ce qui pose essentiellement problème a trait à la question du management. C’est aussi un tout. Des usines ont été fermées et on importe beaucoup de l’étranger. Alors qu’il serait judicieux de revoir notre schéma de développement industriel, encourager le développement d’un secteur privé sérieux. Un fonds souverain pour l’Algérie, à mon avis, c’est une option impossible.
Propos recueillis par C. B.

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