Quoique accueillie de manière négative par le président de la République, l’idée d’un Fonds souverain à l’algérienne reste toutefois pendante et intéressante.
Chérif Bennacer - Alger (Le Soir) - Un projet possible selon
des officiels et des experts financiers et impossible pour d’autres. Deux avis
nuancés, recueillis auprès d’un expert en finances d’entreprises et d’un
expert-comptable, sont présentés ici. «Certains nous suggèrent de nous
lancer dans l’aventure d’un fonds souverain pour rentabiliser davantage nos
réserves de changes à l’étranger. J’estime que le pays continue d’avoir
un énorme besoin de capitaux pour le développement de l’économie nationale,
ce qui ne plaide pas actuellement pour ce choix.» C’est par cet argument
négatif que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a récemment
répliqué aux partisans de la création par notre pays d’un fonds souverain
algérien. Cela d’autant que nos réserves de changes ont fortement crû ces
dernières années (estimées fin juin 2008 à 133 milliards de dollars et fin
juillet 2008 à 136,705 milliards de dollars), grâce à l’extraordinaire
flambée des cours du pétrole. Des réserves que la Banque d’Algérie place
à l’extérieur en titre d’Etats notamment américains ou que la Banque
centrale dépose auprès de banques internationales. De fait, le chef de l’Etat
se déclare favorable pour un mécanisme financier national permettant au
Trésor de pouvoir mobiliser et fructifier une part de l’importante épargne
de l’Etat, en appui au financement de l’investissement économique dans le
pays.
De l’intérêt d’un fonds souverain
Un argumentaire et une proposition en réaction aux desiderata exprimés par des
spécialistes en finances dont le président du cabinet conseil en ingénierie
financière, Lachemi Siagh, des ministres anciens ou en exercice. Ces derniers
ont suggéré la transformation de ces réserves en fonds souverain, en suivant
l’exemple de pays émergents et pays pétroliers qui acquièrent des actifs à
l’étranger et investissent en Bourse. Citons l’ancien ministre des Finances
et consultant, Abdelatif Benachenhou, qui a estimé récemment que 20% de ces
réserves suffisent pour lancer un fonds d’investissement souverain. Plus
prudent, le ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, a estimé que
la création de tels fonds agissant à l’international est prématurée
quoique possible d’ici cinq ans. Pour ses partisans, la création de ces fonds
serait bénéfique à notre pays, en lui assurant notamment une meilleure
gestion de ses ressources pétrolières, des rendements financiers élevés, une
forte pénétration des marchés internationaux. Ils estiment que la gestion
actuelle des réserves de changes reste trop prudente et coûteuse. Dans ce
sens, le conseiller économique et expert pétrolier Mustapha Mekidèche a
estimé que cet «argent rapporte 2% seulement. Si l’on utilisait une partie
de ces réserves de changes dans la création d’un fonds souverain, le
rendement pourrait être de 15% à 30%, voire au minimum de 7%».
Une idée non pertinente ?
A contrario, des officiels et des acteurs économiques mettent en cause la
pertinence de cette option. En ce sens, le ministre des Finances, Karim Djoudi,
a estimé qu’une telle option est une «décision économique » et une
question de prise de risque, et qu’il serait plus judicieux de consacrer ce
pactole au financement des grands projets. Cela dans le contexte de la crise
financière internationale qui se poursuit et qui s’est répercutée sur
nombre de fonds souverains qui ont subi des pertes. Pour d’autres
observateurs, la question de l’amélioration de la gouvernance interne, la
valorisation des ressources humaines, conditionnent une telle option à l’international.
Voire, le manque de transparence, l’opacité dans la gestion des fonds
souverains, les appréhensions occidentales quant à d’éventuels
considérants politiques, des éléments qui devraient décourager notre pays de
s’y lancer. Les contempteurs s’interrogent aussi sur la validité de cette
option en cas de baisse brutale et prolongée des cours de l’or noir.
Largement évoqués par les médias nationaux et internationaux, les sites
internet, ces points de vue divergents soulèvent en fait la question de la
lisibilité et visibilité de la politique financière et économique nationale,
mais aussi celle énergétique.
C. B.
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Gestion des réserves de changes
La Banque centrale utilise deux manières prudentes pour placer les
réserves de changes de l’Algérie. En précisant que la Banque d’Algérie
peut à tout moment récupérer ces fonds. Elle place 70% de cet argent en
titre souverain, c'est-à-dire en bons de Trésor américains, japonais,
britanniques et européens qui sont pour la plupart cotés AAA (placements
très sûrs) avec des durées qui sont plus ou moins longues. Le second
placement s’effectue via les dépôts de la Banque centrale sur le
marché bancaire et interbancaire. L’argent est déposé par la Banque
centrale auprès de banques internationales qui disposent de références
très élevées. Ce matelas de devises serait composé à 45% en dollars
américains, à 45% en euros, à 10% en yens et 10% en livres sterlings.
Selon le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, le
rendement de ces réserves est de l’ordre de 4%.
Source : une contribution d’un économiste (A. Mebtoul) |