Actualités : LIÈS KERRAR, EXPERT FINANCIER :
«Une bonne idée, mais…»


La création d’un Fonds souverain est une «bonne» idée selon le président du cabinet de conseil finance Humilis, Liès Kerrar, même si, selon lui, il n’y pas extrême urgence et qu’il faut développer une stratégie de gestion financière davantage efficiente et que notre pays a déjà mis en place un fonds de régulation des recettes pétrolières.

Le Soir d’Algérie : La création d’un fonds souverain par l’Algérie fait l’objet d’un débat national poursuivi. Cette option est-elle valide ?
Liès Kerrar :
A mon avis, la création d’un fonds souverain est une bonne chose. C’est une façon évidente de voir comment la gestion des excédents budgétaires va évoluer. Mais sur le plan du principe, la création en 2000 du Fonds de régulation des recettes (FRR) qui regroupe l’excédent de la fiscalité pétrolière non budgétisée, a déjà constitué un pas dans ce sens. Soit mettre de l’argent de côté en pensant aux générations futures, protéger l’économie des chocs externes et juguler l’inflation, ce que permet objectivement tout fonds souverain. Nous sommes déjà dans cette finalité. C’est plutôt un débat de terminologie. Maintenant, la question du comment gérer un fonds souverain se pose.

Justement, comment se fera cette gestion ? Est-il question de changer l’actuel mode de gestion des réserves de changes officielles ?
Je reviens au FRR. Ce fonds a permis de rembourser la dette du pays. Ce qui est un préalable avec de penser à mettre en place un fonds souverain et penser à l’international. Concernant la gestion des réserves de changes, elle est opérée par la Banque d’Algérie sous forme de placements très peu risqués, peu rentables. C’est une gestion de type classique, commune à toute banque centrale qui gère les excédents pour le court terme. Une gestion de recherche de l’équilibre, relativement conservatrice. Il s’agit, par le biais des fonds souverains, de passer à un autre mode de gestion. Soit aller de plus en plus sur le long terme. Trouver des placements de plus en plus diversifiés, à long terme, placer une partie de ces réserves, développer des portefeuilles d’actions. La plupart des fonds souverains dans le monde gèrent des placements en valeurs du Trésor et titres à revenus fixes.

Quelles sont les conditions à réunir ?
A condition, toutefois, de développer une stratégie de gestion financière efficace, efficiente et réfléchie, en ciblant des objectifs, en déterminant quels types d’acquisitions, en adaptant ses investissements. Je précise qu’il faut distinguer entre le FRR et les réserves de changes. Il ne s’agit pas de placer toutes les réserves de changes mais de fructifier l’excédent, celles dont on est sûr de n’avoir pas besoin au titre de la politique monétaire. Je signale que les fonds souverains en Chine représentent 10 fois la valeur des réserves de changes de ce pays. Au Moyen- Orient, ils représentent 5 fois les réserves de changes de leurs propriétaires.

Rien n’empêche donc cette option ?
On peut mettre en place un fonds souverain en Algérie. Même s’il n’y a pas urgence extrême à mettre en place un tel fonds. Il faut prendre le temps de bien le faire. Ne pas agir dans la précipitation. Eviter les erreurs. Je rappelle que sur le plan des principes, notre pays a déjà entamé ce chemin.
C. B.





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