mercredi 08 octobre 2008
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Actualités : BACHIR REZZOUG EST DÉCÉDÉ HIER
Un pilier de la presse s’en est allé


Les membres de sa famille, ses amis, notamment des représentants du monde de la communication, étaient rassemblés au domicile de feu Bachir Rezzoug décédé tôt dans la matinée d’hier. Peine et consternation régnaient sur les lieux et ses proches pleuraient «l’homme resté courageux jusqu’à la dernière minute», comme témoigne son épouse.

F.-Zohra B. - Alger (Le Soir) - «Dire que c’était un doyen dans la profession, c’est sûr. Mais le mot doyen renvoie à l’âge et à la durée, je préfère dire donc qu’il était la conscience lumineuse des journalistes et de leur combat. Certains évoqueront sa carrière. Je dirai donc qu’il a commencé en 1962 et ne s’est arrêté que ce matin», nous dira Zouaoui Benhamadi, directeur de l’Agence nationale de gestion et de réalisation des grands projets culturels et ancien journaliste. Ce dernier évoquera avec émotion, ce qu’il appelle une expérience fabuleuse, celle des années 1970 connue comme étant une période «fermée», mais qui «nous a permis de vivre une fabuleuse période pour le journalisme en Algérie». Au cours du mois de juin dernier, Bachir Rezzoug avait reçu le Prix Benchicou de la plume libre, qui distingue chaque année deux journalistes parmi les plus dévoués à la liberté d’écrire. Il avait, à cette occasion, déclaré dans un entretien accordé au quotidien El Watan que «cela fait 40 ans que je me bats pour la liberté d’expression. Je sais que c’est très dur, mais je crois que la bataille est gagnée par mes confrères… Pour moi, la presse algérienne a gagné ses galons et son indépendance, et c’est la chose la plus chère». Bachir Rezzoug, l’un des doyens de la presse nationale, avait consacré sa vie à son métier, et l’accident cardio-vasculaire qu’il a eu il y a de cela quelques années, selon ses proches et amis, n’a pas eu raison de sa détermination à poursuivre son combat pour la liberté d’expression. Il a, jusqu’à la dernière minute, dirigé son agence de communication et de publicité RSM (Régie Sud Méditerranée) qui a vu le jour en 1990, dès l’ouverture du champ médiatique. Son parcours journalistique n’est plus à présenter. Il fut le rédacteur en chef de La République durant les années 1970. Quotidien qui paraissait dans l’Oranie et qui avait marqué les esprits à l’époque. Il a fait partie également de l’équipe rédactionnelle de Demain l’Afrique entre 1977 et 1980. Par la suite, il a laissé son empreinte professionnelle dans bon nombre de rédactions, témoignent ses compagnons. «Il a affronté la maladie avec courage, il s’est battu jusqu’à la dernière minute, il préparait sa chronique de la revue Tassili la veille de sa mort. Il a quand même vécu 10 années de souffrance», souligne l’épouse du défunt avec beaucoup de tristesse. Elle a ainsi tenu à rendre hommage à un compagnon qui a consacré sa vie au journalisme, notant, par ailleurs, qu’il ne se passait pas un jour sans qu’il ne reçoive des confrères. Pour sa part, Mme Ghania Oukacine, responsable de la production à RSM-communication, ne pouvant retenir ses larmes, déclare : «Notre défunt ami est un exemple de réussite. Nous sommes abasourdis par l’annonce de sa mort. Il était le panthéon de la presse nationale et internationale. Notre ami était d’une gentillesse et d’une humilité exemplaires. Toujours prêt à rendre service, lui modeste ancien moudjahid et fils de chahid», révèle, pour sa part, Bachir Cherif, directeur de la publication du quotidien La Tribune. Le monde de la presse a perdu un de ses piliers, celui qui a continué à écrire et à informer, en dépit de tout. Bachir, c’est avant tout, admettent tous ceux qui l’ont connu, la perfection dans la préparation d’un journal. Chaque une était pour lui une naissance et la joie qui l’accompagne. Toujours à la recherche de la belle photo qui devait accompagner le sujet d’ouverture. Avec lui, la photo avait repris ses lettres de noblesse et les photographes pouvaient se targuer d’être des journalistes à part entière. Ceux qui l’ont cotôyé de près savaient que chaque numéro confectionné à côté de Bachir était une leçon de journalisme.
F.-Z. B.

Le ministre de la Communication présente ses condoléances à la famille du défunt Bachir Rezzoug
Le ministre de la Communication, M. Abderrachid Boukerzaza, a présenté ses condoléances à la famille du défunt Bachir Rezzoug, décédé mardi à Alger. M. Boukerzaza a rappelé dans son message les qualités du défunt qu'il a qualifié de «grand journaliste» qui «a consacré sa vie dès les premières années de l'indépendance à la promotion de la profession de journaliste et à la préservation de sa déontologie». Il a ajouté «en cette douloureuse circonstance, je présente à la famille du défunt mes condoléances les plus attristées, priant Dieu Tout-Puissant de l'accueillir dans Son Vaste Paradis et d'assister les siens dans leur douleur».

 

Un journalisme militant, ouvert à la société et acceptant le débat

Natif de Theniet-El-Had (Tiaret), il s’était engagé très jeune dans le combat libérateur aux côtés de son valeureux père, chahid de la Révolution, avec qui il avait d'ailleurs partagé une cellule dans les geôles coloniales.

Dans son humilité, Bachir Rezzoug n'en tirait aucune gloriole, pas même un avantage de droit, juste un souvenir qu'il racontait aux amis les plus intimes. Il avait commencé très jeune sa longue carrière de journaliste juste après l'indépendance au quotidien d'alors Alger, ce soir. Les pérégrinations journalistiques l'avaient mené dans nombre de titres, notamment à Révolution Africaine et à El-Moudjahid avant d'être nommé au début des années 1970 en qualité de directeur du journal La République. Avec une équipe-choc de talentueux journalistes, il avait hissé ce journal au rang de premier quotidien national. Précisément durant le lancement de la révolution agraire. Journaliste de combat, il tirait fierté du vécu des bouleversements dans le monde et des luttes héroïques du Vietnam, de Cuba et des peuples africains. Ami de Kateb Yacine et de M'hamed Issiakhem, il avait transformé cette sensibilité dans ses écrits pour tous «les damnés de la terre» dans la lignée du cri du cœur rendu célèbre par Frantz Fanon. Très lié aussi à la regrettée Josie Fanon — veuve de Frantz et autre figure du journalisme algérien et du militantisme total — Bachir Rezzoug n'a jamais baissé dans le «souffle des justes» pour insuffler aux jeunes sa passion et son sacerdoce dans le combat pour la cause des démunis et des humiliés. Plus tard, dès les années 1980, il formait avec un autre «panthéon de la presse nationale», Mohamed Morsli, dit «Aziz», ce que les confrères les plus proches appelait «le couple infernal». Rédacteur en chef d' El- Moudjahid alors que Morsli en était le directeur, c'était un tandem de rêve pour «un journalisme militant, ouvert à la société et acceptant le débat» dans la conjoncture de l'unicité de pensée. Exercice délicat pour l'époque mais un exercice souvent orageux mais combien courageux. Après l'ouverture du champ médiatique au début des années 1990, ne négligeant aucun combat pour la démocratie, y compris au sein du MJA (Mouvement des journalistes algériens), Bachir Rezzoug s'était résolu à lancer un journal L'Opinion, tentative arrêtée au moment où démarrait pour tous la «décennie noire». Avec succès cette fois-ci, il avait lancé une société de communication Régie Sud Méditerranée (RSM) mais un grand malheur familial en 1998 — le décès dans un accident de son fils aîné, Nadir — arrêta net le nouvel élan professionnel. Victime d'un AVC une année après, il se retira de toute vie publique, cloué par la maladie jusqu'à son dernier souffle hier matin dans son sommeil. Avec lui, un pan entier de l'histoire de la presse nationale s'écroule. Que Dieu l'accueille en Sa Sainte miséricorde.
APS

 

Les condoléances de Khalida Toumi
Je viens d’apprendre avec affliction le décès de Bachir Rezzoug, tôt arraché à notre affection et à notre admiration. Le talentueux journaliste qu’il était a toujours cultivé une liberté de ton et une indépendance d’esprit qui l’honorent et le font compter parmi les observateurs les plus avisés de la société algérienne et de son évolution. Malgré les malheurs de la vie qui l’ont frappé dans sa famille et dans sa chair, il était resté cet homme affable, dévoué à son métier qu’il exerçait avec rigueur et acuité. Son parcours de journaliste au service de nombreux titres nationaux, de créateur d’organes d’information et de réflexion et de formateur des générations au métier d’écrire pour être lu afin d’édifier, fait de lui l’un des architectes les plus rigoureux de la nouvelle presse algérienne. Je m’incline avec respect à sa mémoire et présente à son épouse, son fils et sa famille, à ses proches et au journalisme algérien mes condoléances les plus attristées, les assurant, en cette pénible circonstance, de ma plus grande sympathie.
Khalida Toumi, ministre de la Culture

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