Le capitalisme financier est en crise. Une crise sérieuse.
Que s’est-il passé ? Nous savons que la globalisation financière a
décloisonné les marchés financiers, a libéralisé les mouvements de
capitaux, a mondialisé la finance. Au cours de ces processus, un système
bancaire de marché parallèle à celui des banques de dépôt s’est mis
progressivement en place. Les banques se sont mises à vendre et à acheter des
titres sur les marchés financiers.
Parmi les innovations financières : la
titrisation. 1) Les banques transforment un prêt en un titre de dette, une
«obligation» que tout investisseur peut acheter ou vendre à tout moment. La
titrisation a été présentée comme un instrument efficace de protection
contre les risques en permettant de les diffuser sur les marchés. Ainsi, les
risques passent de main en main mais sans que personne ne sache qui détient
vraiment des crédits risqués et à quelle hauteur. Au cours de l’année
2006, l’immobilier américain est en expansion et les banques américaines se
mettent à accorder massivement des prêts hypothécaires immobiliers à
risques. C’est-à-dire accordés à des ménages américains ne présentant
pas les garanties financières pour obtenir un prêt normal : les subprimes. Les
prêteurs (les banques) se disant qu’ils peuvent toujours saisir le logement
et le revendre (peut-être plus cher) en cas d’incapacité de l’emprunteur
à rembourser. En 2006, 40% des crédits immobiliers accordés par les banques
américaines sont des crédits hypothécaires à risques. 2) Pour se refinancer
les prêteurs (les banques) titrisent ces prêts (en même temps que d’autres
créances) : elles les transforment en titres qu’elles revendent sur les
marchés financiers. En 2006 déjà, 81% des crédits immobiliers américains
risqués ont été titrisés. 3) 2007/2008 : le marché immobilier s’est
retourné. Les défauts de paiement se sont multipliés et les prêteurs n’arrivent
plus à revendre les logements saisis ou ils le font à perte. Les dettes
titrisées subissent une forte décote. Le manque de confiance se généralise
sur les marchés financiers et entre les banques où personne ne veut plus
prêter à personne. Et pour cause, les marchés financiers sont infestés de
produits «toxiques». La crise financière se généralise et les faillites
bancaires se succèdent aux USA. Dans les vingt banques mondiales les plus
importantes, les pertes ont atteint pour la seule année 2007, 130 milliards de
dollars. Les banques centrales et les Etats sont aujourd’hui obligés d’intervenir
pour renflouer les banques et éviter l’effondrement des économies. Les USA
prévoient une injection de 700 milliards de dollars pour les cinq années à
venir (plan Paulson). La Banque européenne en est pour l’instant à une
enveloppe prévue de 120 milliards de dollars. Un mini-sommet réunissant à
Paris les chefs des exécutifs français, allemand, italien et anglais a pris l’engagement
de soutenir financièrement leurs banques respectives. Et voilà les libéraux,
allergiques à l’Etat et ses interventions, qui appellent, précisément, cet
Etat à la rescousse ! «L’administration américaine, même républicaine,
sait tourner le dos à l’idéologie et faire preuve de pragmatisme quand la
situation l’exige», la remarque vaut, bien sûr, pour les administrations
européennes ou les contempteurs de l’Etat, les zélateurs du libéralisme
sont bien heureux de trouver l’Etat et ses finances. Et cette crise
financière d’une très grande ampleur n’a pas fini de révéler ses
dégâts et de démentir les libéraux purs et durs qui font observer aujourd’hui
que l’économie de marché n’est pas le capitalisme et encore mois le
capitalisme dérégulé et déréglementé.
Quel impact sur l’économie algérienne ?
L’économie algérienne est en connexion à l’économie mondiale
principalement par son commerce extérieur, et plus récemment, mais à un
degré moindre, par les placements de ses réserves de changes. La crise
financière mondiale peut affecter notre économie à travers deux paramètres :
la valeur du dollar américain et le taux d’inflation dans les économies
occidentales et plus particulièrement l’économie américaine.
La valeur du dollar américain
Nos exportations d’hydrocarbures sont libellées en dollars. Si la crise de l’économie
américaine se poursuit et se transforme en récession, la dépréciation du
dollar se transformera en dégringolade et la valeur de nos exportations s’en
ressentira très fortement d’autant que nos importations sont libellées en
euros. De plus, une récession de l’économie américaine entraînera la
récession des économies européenne et chinoise, notamment. La demande
mondiale de pétrole va chuter et avec elle les prix mondiaux des hydrocarbures,
ce qui va amplifier la diminution de nos recettes d’exportation. Mais il faut
tout de même préciser que, selon les estimations du FMI, l’Algérie restera
en équilibre budgétaire jusqu’à un baril à 57 dollars. On peut tout de
suite relever que, pour l’instant, le dollar se raffermit par rapport à l’euro
qui lui-même s’est déprécié (1€ = 1,50 $ à la mi-2008) (1€ = 1,36 $
actuellement).
De plus, les experts sont nombreux à noter que les gros détenteurs de dollars
(Chine, Arabie Saoudite et autres pays exportateurs de pétrole) ne laisseront
pas le dollar se déprécier de crainte de voir leurs excédents financiers,
dont une bonne partie est placée en bons du Trésor américains, fondre comme
neige au soleil. Ils interviendront par des achats massifs de monnaie
américaine. La Banque centrale américaine elle-même interviendra pour éviter
une expansion du déficit public déjà trop important. Il y a donc une forte
probabilité que le dollar se stabilise à court/moyen terme. De plus, et s’agissant
du risque de dévalorisation de nos réserves de changes que pourrait entraîner
une dépréciation du dollar, la Banque d’Algérie a diversifié les devises
de placement de nos réserves et actuellement, dollar mais aussi yen, livre et
euro sont les monnaies de nos réserves de changes. Une dernière observation
sur les risques encourus par une dépréciation du dollar : celle qui a trait à
notre dette extérieure libellée en euros. Celle-ci a été déjà remboursée
par anticipation : le hasard fait bien les choses et disons tout simplement que
l’Etat a eu dans ce cas la main heureuse en engrangeant des gains non prévus.
De même qu’a été heureuse la décision de ne pas privatiser le CPA. 1) Le
second paramètre auquel nous devons être attentifs est l’inflation mondiale,
et plus encore, l’inflation aux USA. L’inflation aux USA agit négativement
sur nos placements en bons du Trésor américains (quelque 46 milliards de
dollars). Dès que le taux d’inflation est supérieur au taux d’intérêt
qui rémunère ces placements, nous subissons des pertes. Or, le taux d’inflation
aux USA a été de 4,8% sur les neuf premiers mois de 2008 et le taux d’intérêt
des bons du Trésor avoisine 4,6% (2007). Est-ce que cette tendance
inflationniste, qui, pour l’instant, ne nous a pas encore causé de dégâts
significatifs (inflation récente), va se poursuivre ? On a toutes les raisons
de penser que l’inflation sera jugulée. Il faut d’abord noter que cette
inflation a été due principalement à la forte hausse du prix du pétrole et
celui des produits alimentaires. En retirant ces deux indices, l’inflation aux
USA aurait été de 2% seulement (hors pétrole et hors produits alimentaires).
Aujourd’hui, la hausse des prix des produits alimentaires est passée et les
prix repartent plutôt à la baisse. On estime qu’une simple stabilisation des
prix des produits alimentaires aux USA ramènerait le taux d’inflation dans ce
pays à 1,9%. 2) Les prix du pétrole sont sur une tendance fortement
baissière. 3) La baisse d’activité pour les mois et peut-être les deux ou
trois années à venir aux USA entraînerait plutôt une baisse du niveau
général des prix. 4) Les banques centrales ont horreur de l’inflation et
sont promptes à agir dès que les pressions inflationnistes se font sentir. Nul
doute que la FED interviendra d’autant que les USA auront besoin de relancer
leurs exportations. Ainsi, le risque qui pèserait sur les placements algériens
en bons du Trésor américain est insignifiant et aurait plutôt tendance à
devenir nul. Pour conclure : Si l’économie mondiale n’entre pas en
récession et avec les interventions prévues des Trésors publics américain,
européen, japonais, etc., il y a peu de risque que cette récession
généralisée ait lieu. Et pour peu que nos autorités reçoivent bien le
message de cette crise en passant sérieusement et concrètement à un programme
de diversification de notre économie ; les dégâts occasionnés par la crise
actuelle sur l’Algérie seront tout à fait gérables.
A. B.
Nombre de lectures : 507