Lauréat du dernier prix Benchicou de la Plume libre, Bachir Rezzoug avait étonné tout le monde en se rendant à la cérémonie de remise des prix, lui qui ne quittait plus son domicile de Chéraga depuis des mois. Interviewé par un journaliste d’ El Watan, il avait dit toute son émotion et, avec l’humilité qui le caractérise, s’était effacé pour rendre un vibrant hommage à ses collègues de la presse indépendante.
Aujourd’hui qu’il nous a quittés dans le silence feutré
de cette demeure où son épouse et sa compagne des jours heureux et des moments
tristes, Bibia, veillait sur lui, les images d’un parcours unique dans les
annales de la presse algérienne vont défiler dans les mémoires.
J’en garde trois :
- Celle du fougueux directeur de La République, bastion des journalistes libres
avant l’heure et où nous nous rendions à chaque fois que nous foulions le
sol d’Oran.
- Celle du responsable d’ El Moudjahid où il s’est évertué à changer le
style du journal, en imposant le journalisme d’investigation et une relative
liberté de ton.
- Celle de l’homme brisé par la maladie qui nous accueillait chez lui, mon
ami Zoubir Souissi et moi. Mais au bout de quelques minutes, et à l’évocation
de souvenirs communs, sa face s’illumina et ses yeux brillèrent de ce bonheur
rare que ne connaissent que les vrais journalistes.
Bachir n’est plus. Mais, pour toute notre corporation, il restera vivant dans
les cœurs et les mémoires. Comme un grand professionnel. Comme un homme
intelligent et généreux aussi.
Enfin, comme le symbole du journalisme militant des années soixantedix, ce
journalisme que les ignorants et autres rédacteurs de pacotille veulent
absolument réduire au rang de propagande au service du parti unique. Bachir
Rezzoug a été deux fois responsable de quotidiens gouvernementaux durant ces
années-là !
L’hommage qui lui est rendu aujourd’hui l’est aussi à ces très nombreux
journalistes qu’il a formés et qui se battent encore quotidiennement.
Adieu Bachir. Bibia et sa petite famille ont toute notre sympathie et notre
indéfectible solidarité en ces pénibles moments.
farahmaamar@yahoo.fr
«La presse ne doit pas se soumettre au pouvoir de l’argent.»
(Bachir Rezzoug, juin 2008)