jeudi 09 octobre 2008
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Actualités : LE PHÉNOMÈNE PREND DE L’AMPLEUR
Une trentaine d’immigrants clandestins arrêtées en une journée à Maghnia


Les Brigades des gardes frontières algériennes (GGF) font face à un immense flux migratoire qui ne cesse de s’intensifier. Chaque semaine, des dizaines d’immigrants clandestins, venant de différents pays de l’Afrique subsaharienne, sont arrêtés au niveau de la bande frontalière algéro-marocaine s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres. Les GGF algériens éprouvent d’énormes difficultés à faire face à l’ampleur de l’immigration clandestine vu l’immensité du territoire à couvrir bien qu’ils soient dotés de nouveaux moyens de lutte.
De notre envoyé spécial à Maghnia, Lyès Menacer
Une trentaine d’immigrants clandestins ont été arrêtés en milieu de semaine à Oued Anfou et Oued Djordji, à Maghnia (wilaya de Tlemcen), au niveau des frontières algéro-marocaines, avons-nous appris. Deux Algériens auraient été trouvés en compagnie de ces migrants et seraient accusés de soutien à l’immigration clandestine, selon des sources proches du premier groupement des gardes frontières de Maghnia. Ce groupe d’immigrants a été surpris par les GGF de Maghnia en plein sommeil, quelques heures avant le lever du soleil. Ces clandestins viennent du Sénégal, du Tchad, du Mali, du Cameroun et autres pays de la zone subsaharienne. Certains attendent le moment opportun pour effectuer leur traversée pour l’Europe. Les passeurs leur ont proposé 2 200 euros pour pouvoir fouler le sol espagnol. Interrogé sur la manière avec laquelle ils sont arrivés en Algérie, un Libérien de 20 ans, ayant passé sa vie dans un orphelinat, exige carrément de l’argent pour répondre à une telle question. «Nous n’avons plus rien, même pas de quoi acheter à manger», dit-il pour justifier les raisons qui le poussent à demander de l’argent en contrepartie d’un témoignage. Toutefois, ce ne sont pas tous les immigrants clandestins qui rêvent du «paradis européen». D’autres affirment vouloir rester en Algérie et chercher du travail. C’est l’exemple de Amaradou, un Tchadien de trente ans qui a fui son pays à cause du chômage. «Je suis venu en Algérie pour travailler et gagner de quoi survivre. Je ne veux pas aller en Europe puisque je peux être bien ici», dira-t-il l’air désorienté après son arrestation à laquelle il ne s’attendait nullement pas. Amaradou déclare qu’il avait tenté sa chance auparavant au Maroc, à Oujda exactement, mais il a vite déménagé vers Maghnia où, selon lui, les conditions de vie sont meilleures et les chances de trouver un emploi sont multiples. Assis à l’ombre d’un arbre avec d’autres compagnons, Kourouba, un Mauritanien âgé de 32 ans, accuse les services de sécurité algériens de «non-respect» de la personne humaine. «C’est vrai que nous sommes des immigrants clandestins mais nous ne sommes pas des monstres. Nous sommes ici à la recherche d’une source de survie», dit Kourouba qui affirme avoir quitté son pays en raison de la pauvreté et de l’instabilité politique. «Ils nous ont brûlé nos vêtements et notre literie. Ils ont aussi détruit ce qui nous servait de maison», dénonce son compatriote qui exhibe le nombre de chemises et tricots qu’il a enfilés pour supporter le froid de la nuit. «Nous sommes obligés de tout détruire pour éviter la création de bidonvilles au niveau de ces oueds où le trafic de drogue et la prostitution peuvent s’installer». Parmi les clandestins arrêtés, il y a trois Camerounais qui se disent être des étudiants qui ont cessé leurs études pour des raisons financières. «J’ai abandonné mes études de droit au bout de ma deuxième année parce que je n’ai pas de quoi payer ma pension. Je suis venu ici pour ramasser de quoi terminer mon cursus dans mon pays afin d’aider ma famille», explique-t-il en émettant le souhait de pouvoir poursuivre ses études en Algérie. Son compatriote enchaîne : «J’ai commencé des études de commerce international et de marketing à El-Azhar en Egypte. J’ai aussi obtenu un diplôme de plongée sous-marine qui m’a permis de travailler quelque temps là-bas. Resté sans argent, j’ai tenté ma chance en Algérie mais j’ai été arrêté au troisième jour de mon arrivée ici à Maghnia. Maintenant, je ne sais plus ce que je vais faire si on me reconduit à la frontière.» Interrogé sur le sort réservé à ces immigrants, le commandant du premier groupement des gardes frontières Aouragh Lounès dira que la décision revient à la justice qui tranchera au cas par cas. Certains des immigrants récidivistes pourraient faire l’objet d’une décision d’emprisonnement alors que d’autres pourraient être reconduits aux frontières. Les services de sécurité algériens procèdent à chaque fois à la prise des empreintes, ce qui leur facilite l’identification de ces immigrants que rien ne décourage pour aller jusqu’au bout de leur projet. Les gardes frontières algériens ont été renforcés ces derniers temps avec de nouveaux moyens humains et matériels. Des postes avancés au nombre de 11 ont été aussi installés, 13 sont en cours de construction, au niveau des frontières algéro-marocaines, devenues ces dernières années une véritable zone de transit des immigrants clandestins qui viennent des pays de l’Afrique subsaharienne, à la recherche d’un nouvel eldorado, soit en Europe et même en Algérie, que certains considèrent comme un pays où il fait bon vivre.
L. M.

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