jeudi 09 octobre 2008
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HABILLE-MOI AUJOURD’HUI, ET DEMAIN, DIEU Y POURVOIRA !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Crise financière mondiale. BNP Paribas et Société Générale sur le point d’être rachetées par…

… Le CPA !

Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement, a déclaré, à propos de la crise financière mondiale, je le cite : «L’Algérie est à l’abri aujourd’hui et demain.» Je prends cette déclaration du Premier ministre très au sérieux. Car je sais qu’elle est prononcée par un homme dans la bouche duquel chaque mot est pesé, chaque syllabe a son importance et chaque accent est à sa place. Si un autre gus, un autre chef du gouvernement avait prononcé la même phrase, je n’y aurais pas vraiment accordé attention. Si Belkhadem en avait été l’auteur, j’en aurais tout simplement ri. Mais quand c’est H’mimed qui le dit, attention. ATten- Tion ! L’homme, madré, rompu aux dossiers les plus ardus, bosseur infatigable, sourcilleux avec les mots comme il l’est avec nos salaires, mathématiquement aux aguets et toujours très près de nos sous, aurait pu se contenter de dire «l’Algérie est à l’abri ! ». Non ! Il a préféré dire «l’Algérie est à l’abri aujourd’hui et demain». C’est à cela que l’on reconnaît un homme animé du souci de la précision. Et depuis cette déclaration, je suis inquiet. Vachement inquiet. Si, comme le dit Ouyahia, l’Algérie est à l’abri aujourd’hui et demain, qu’en sera-t-il aprèsdemain ? Eh oui ! Le chef du gouvernement ne s’est engagé que pour aujourd’hui et demain. Après-demain, montre en main, commençant demain à minuit, nous nous réveillerons tranquilles, pépères, pensant que nous sommes toujours à l’abri, alors qu’il n’en sera rien. Normal, puisque, à minuit passé d’une tierce de seconde, nous serons déjà dans l’après-demain. Une période non couverte par les assurances de Si Ahmed. Comprenez-vous le côté terrible de la chose ? Saisissez-vous l’horreur de la situation ? Après-demain, nous serons en faillite, et nous ne pourrons même pas nous retourner contre nos dirigeants. Surtout pas contre le principal d’entre eux, le chef du gouvernement. Logique, puisque le monsieur a précisé que nous étions à l’abri pour aujourd’hui et pour demain, pas pour après-demain. Moi, depuis cette découverte effarante, j’ai pris les devants. Je suis allé chez mon épicier, j’ai dévalisé ses rayons. Il me regardait éberlué en train de charger des dizaines de fardeaux d’eau, des bidons d’huile, des sacs de semoule et de sucre et autres produits de première nécessité, des produits du lendemain et du surlendemain comme les dénomment les économistes au parfum. En sortant, je lui ai demandé de mettre les achats sur ma note, de tout inscrire dans son cahier à spirales. Vu la somme, mon épicier m’a tout de même demandé quand je comptais le régler. Avec un large sourire, je lui ai répondu : «Après-demain, bien sûr !» Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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