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Crise financière mondiale. BNP Paribas et Société Générale sur le
point d’être rachetées par…
… Le CPA !
Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement, a déclaré, à
propos de la crise financière mondiale, je le cite : «L’Algérie est à
l’abri aujourd’hui et demain.» Je prends cette déclaration du Premier
ministre très au sérieux. Car je sais qu’elle est prononcée par un
homme dans la bouche duquel chaque mot est pesé, chaque syllabe a son
importance et chaque accent est à sa place. Si un autre gus, un autre chef
du gouvernement avait prononcé la même phrase, je n’y aurais pas
vraiment accordé attention. Si Belkhadem en avait été l’auteur, j’en
aurais tout simplement ri. Mais quand c’est H’mimed qui le dit,
attention. ATten- Tion ! L’homme, madré, rompu aux dossiers les plus
ardus, bosseur infatigable, sourcilleux avec les mots comme il l’est avec
nos salaires, mathématiquement aux aguets et toujours très près de nos
sous, aurait pu se contenter de dire «l’Algérie est à l’abri ! ».
Non ! Il a préféré dire «l’Algérie est à l’abri aujourd’hui et
demain». C’est à cela que l’on reconnaît un homme animé du souci de
la précision. Et depuis cette déclaration, je suis inquiet. Vachement
inquiet. Si, comme le dit Ouyahia, l’Algérie est à l’abri aujourd’hui
et demain, qu’en sera-t-il aprèsdemain ? Eh oui ! Le chef du gouvernement
ne s’est engagé que pour aujourd’hui et demain. Après-demain, montre
en main, commençant demain à minuit, nous nous réveillerons tranquilles,
pépères, pensant que nous sommes toujours à l’abri, alors qu’il n’en
sera rien. Normal, puisque, à minuit passé d’une tierce de seconde, nous
serons déjà dans l’après-demain. Une période non couverte par les
assurances de Si Ahmed. Comprenez-vous le côté terrible de la chose ?
Saisissez-vous l’horreur de la situation ? Après-demain, nous serons en
faillite, et nous ne pourrons même pas nous retourner contre nos
dirigeants. Surtout pas contre le principal d’entre eux, le chef du
gouvernement. Logique, puisque le monsieur a précisé que nous étions à l’abri
pour aujourd’hui et pour demain, pas pour après-demain. Moi, depuis cette
découverte effarante, j’ai pris les devants. Je suis allé chez mon
épicier, j’ai dévalisé ses rayons. Il me regardait éberlué en train
de charger des dizaines de fardeaux d’eau, des bidons d’huile, des sacs
de semoule et de sucre et autres produits de première nécessité, des
produits du lendemain et du surlendemain comme les dénomment les
économistes au parfum. En sortant, je lui ai demandé de mettre les achats
sur ma note, de tout inscrire dans son cahier à spirales. Vu la somme, mon
épicier m’a tout de même demandé quand je comptais le régler. Avec un
large sourire, je lui ai répondu : «Après-demain, bien sûr !» Je fume
du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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