L’histoire est en train de se répéter : au lendemain de chaque catastrophe naturelle, les différents intervenants se rejettent les responsabilités. En l’absence d’une structure qui puisse gérer ces situations exceptionnelles, les responsabilités sont diluées. Après les inondations qui ont touché Ghardaïa, des experts parlent d’indigence, réclament la promulgation de textes d’application d’une kyrielle de loi et la mise en place de la délégation nationale des risques majeurs, structure qui aura pour mission de coordonner toutes les actions après et avant la survenue de toute catastrophe.
Nawel Imès - Alger (Le Soir) - Réunis hier pour un débat
au Forum d’ El Moudjahid, des experts se sont demandés pourquoi alors que les
zones inondables à Ghardaïa sont identifiées depuis de longues années, des
constructions ont été autorisées sur le lit de l’oued Mzab. Indigné, le
président du collège des ingénieurs a affirmé que les particuliers ne sont
pas les seuls à avoir violé les règles élémentaires de l’urbanisme. Des
institutions étatiques ont élu domicile sur les berges de l’oued, ce qui a
fait dire à M. Bendaoud que c’était «une véritable mascarade !» Le
président du collège des ingénieurs ne comprend d’ailleurs pas pourquoi au
niveau central et local, la question de la gestion des risques est superbement
ignorée. Il en veut pour preuve que sur les 12 000 plans d’occupation des
sols (POS) lancés, seuls 4 000 ont été approuvés. Pour M. Belazhougi,
directeur du Centre de recherche en génie parasismique, ce ne sont pas les lois
qui sont mises en cause mais leur application. Il estime que les textes d’application
tardent à voir le jour. Idem pour la délégation aux risques majeurs pour
laquelle il milite depuis des années. Il considère que sans cette structure,
aucune politique ne pourrait être efficace, notamment pour donner l’alerte à
temps. Un avis que partage le directeur du Craag. M. Yellès considère que le
véritable virage que doit prendre l’Algérie, c’est celui de la prise en
charge des risques majeurs au niveau local. Pour le P. Chelghoum, professeur et
spécialiste en génie sismique, les lois doivent évoluer car faites dans «la
précipitation », ce qui, selon ses dires, a conduit à une «situation
kafkaïenne » du fait de l’existence de structures figées qui fonctionnent
de manière bureaucratique et qui restent fermées à l’apport des experts,
aussi bien nationaux qu’étrangers. Résultat : dès qu’une catastrophe
survient, c’est la cacophonie.
Nawal Imès
INACHÈVEMENT DES DIGUES DE L’OUED M’ZAB
C’est la faute à la situation financière et sécuritaire du pays
L’idée de construire trois digues pour protéger la ville de Ghardaïa des
risques d’inondations avait été retenue dès 1995. Un bureau d’étude
suisse avait recommandé cette solution approuvée par le Laboratoire d’études
maritimes (LEM). Pourquoi seule une digue a été mise en place ? Selon les
représentants du ministère de l’Hydraulique, présents hier au débat, le
retard accusé est essentiellement dû à la situation financière et
sécuritaire de l’époque. Et ce n’est qu’en 1999 que le projet a été
redynamisé. Selon des représentants du LEM, si les trois digues avaient été
mises en place, le drame de Ghardaïa n’aurait pas eu lieu. Les simulations
faites en laboratoires le prouvent. En dépit des 900 m3 / seconde qui se sont
écoulés dans l’oued, les dégâts auraient été minimes. Les responsables
de l’hydraulique promettent cependant de sécuriser la vallée du Mzab dès la
finalisation des deux digues restantes.
N. I.