
Actualités : PROGRAMME DU MILLION DE LOGEMENTS L’UGEA tire la sonnette d’alarme
A l’annonce de l’indice de révision des prix au mois de juin dernier, les entrepreneurs avaient tiré la sonnette d’alarme en rappelant au ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme que ceux qui venaient d’établir ces indices voulaient tout bonnement l’asphyxie des entreprises algériennes. En effet, selon Amar Yahiaoui, président de la Commission nationale du logement et de la promotion de l’habitat au sein de l’UGEA (Union générale des entrepreneurs algériens), la fluctuation des prix des matériaux de construction et leur augmentation fulgurante n’ont pas été suivies d’une réelle révision des prix. Selon notre interlocuteur, le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme reconnaissait tacitement la réalité de ces augmentations en revoyant, par le biais des OPGI, à la hausse le coût du mètre carré, qui est passé de 21 000 DA, barème appliqué en décembre 2007, à 32 000 DA, adopté au premier trimestre 2008, soit une augmentation de 54 %. L’aide à l’autoconstruction est passée de 50 000 à 700 000 DA et les prix plafonnés du LSP sont passés de 2 millions de dinars à 2,8 millions de dinars, soit une augmentation de 40 %. Toutes ces augmentations sont venues justement en réparation de ces fluctuations des prix des matériaux de construction, mais les indices de révision des prix pour le premier trimestre 2008 ont été arrêtés à 1 et 2 % alors que pour ceux du dernier trimestre 2007, il est… négatif. «En d’autres termes, les entreprises doivent non pas prétendre aux avenants mais plutôt rembourser l’Etat», dira, avec ironie, le représentant de l’UGEA. Toutes ces aberrations ont été mises en évidence par l’UGEA en juillet dernier en interpellant le chef du gouvernement sur le danger qu’encouraient les entreprises du bâtiment au cas où il ne serait pas mis fin à cette situation. Quatre mois sont passés depuis et rien n’est venu pour réparer cette injustice. Pendant ce temps, les entreprises de bâtiment ferment l’une après l’une, d’autres se voient contraintes de licencier des dizaines, voire de centaines, de leurs ouvriers permanents, en plus d’autres contraintes et problèmes qui s’amoncellent. A l’image de cette caution de bonne exécution de 5 % du coût global du marché que l’entrepreneur se voit obligé de verser à la banque pour pouvoir encaisser les premières situations. Là aussi, notre interlocuteur explique que pour un marché de 20 milliards par exemple, l’entrepreneur se voit obligé de verser 1 milliard comme caution de bonne exécution pour pouvoir prétendre à l’encaissement de la première situation qui ne pourrait dépasser parfois les 2 millions de dinars. Aberrant ! Le traîtement spécial réservé aux entreprises étrangères a été également évoquée par le représentant de l’UGEA. Celles-ci peuvent prétendre à l’avance forfaitaire et aux avances sur approvisionnement sur simple présentation d’un document établi par la banque de leur pays d’origine et valable chez nous comme caution de bonne exécution. Et pour parler justement de ces entreprises étrangères, le représentant de l’UGEA rappelle que les Egyptiens ont carrément refusé le programme des logements sociaux. Quant aux Français, Amar Yahiaoui rappelle cette anecdote qui a eu lieu au début de l’année en cours. Cela s’est passé lors d’une rencontre à Alger avec une mission économique de Team Alsace, spécialisée dans la construction. A l’invitation faite par le représentant de l’UGEA de venir s'installer à Bouira où un programme ambitieux attend d’être lancé, le chef de la mission économique lui répondit : «Monsieur Yahiaoui, nos entreprises ne savent pas travailler au-dessous de 450 euros (48 000 DA) le mètre carré». Sans commentaire ! Par ailleurs et toujours concernant les problèmes rencontrés par les opérateurs économiques versés dans le bâtiment, le représentant de l’UGEA insiste sur le manque de matériaux de construction. Selon lui, il existe une volonté manifeste de nuire à l’économie du pays et le président de la République ne croyait pas si bien dire lorsqu’il parlait d’échec dans la politique adoptée jusque-là. Lorsque l’Etat algérien avait entrepris la démarche de vendre des entreprises algériennes à des étrangers, c’était pour, disait-on, augmenter la production avec de nouvelles méthodes de gestion et de nouvelles technologies. Selon notre interlocuteur, l’UGEA a constaté avec amertume la rétrocession de la cimenterie de M’sila détenue par Orascom au groupe français Lafarge. Ce dernier, au lieu d’augmenter la production, est en train d’exporter la matière essentielle entrant dans la fabrication du ciment qu’est le clinker à forte devise et de réimporter des bateaux de ciment. Ce n’était pas l’objectif de l'Etat algérien que d’exporter la matière première et d’importer du ciment pour le vendre aux Algériens. «Le groupe Arcelor Mital est en train d’importer de l’acier», ajoute-t-il en enchaînant : «Si c’est pour cela que l’Etat algérien a cédé le complexe sidérurgique d’Annaba, la SNS aurait suffi pour le faire.» Enfin, et toujours dans le chapitre des appréhensions de l’UGEA, son représentant évoque cette sortie inédite de l’entreprise égyptienne qui a racheté la cimenterie de Zahana, à Mascara, et qui a enjoint aux entreprises algériennes qui s’approvisionnent chez elle de lui verser 10 % du montant annuel des commandes afin d’entreprendre l’extension de l’usine et augmenter la production. Bien entendu, ces méthodes sont contraires à la loi, et dans les clauses, lorsque l’entreprise égyptienne avait racheté cette usine, l’extension et l’augmentation de la production figuraient sûrement en bonne place et l’investissement devait se faire sur ses propres fonds, pas en collectant l’argent auprès des entrepreneurs algériens. «Que fait l’Etat algérien face à toutes ces agressions caractérisées de son économie, face à toutes ces dilapidations ?» dira Amar Yahiaoui. Pour clore, le représentant de l’UGEA rappelle encore le constat d’échec évoqué par le président de la République en matière d’IDE. «Que les responsables de cet échec démissionnent ! Ça ne pourra donner que du crédit à notre pays», dira-t-il enfin, avant de rappeler qu’aucun pays au monde n’a été développé par les étrangers et qu’il ne faut compter que sur nos entreprises pour développer notre pays, comme cela c’est fait notamment en Corée du Sud, en Chine, en Inde, en Brésil, en Argentine et en Afrique du Sud. Y. Y.
|