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Prix Nobel de la persévérance, de l’assiduité et de l’ancienneté.
Celui-là, au moins, on sait à qui il doit aller !
Lu hier dans les colonnes de Liberté, le wali de
Ghardaïa a pleuré à chaudes larmes devant les témoignages poignants des
rescapés des inondations. J’avoue mon «scepticisme dubitatif tenace»
devant les débordements lacrymaux des personnes en hautes charges. Non pas
que cela trahisse un manque d’humanité de ma part ou de sensibilité.
Point du tout ! C’est juste que je trouve les épanchements et les pleurs
officiels un peu trop prépondérants et répétitifs à l’excès. Mais qu’ont-ils
donc tous à chialer ces derniers temps ? J’ai encore en mémoire les
larmes de la juge ayant officié dans l’affaire Khalifa. Ces pleurs, en
conclusion du procès, ont accaparé le devant de la scène. On ne parlait
plus que de son doux visage soudainement submergé par les larmes et inondé
de compassion pour les condamnés. Et bien évidemment, fut relégué au
second plan le fait principal dans ce faux procès du siècle : la relaxe
pure et simple pour plusieurs grosses pointures du régime pourtant
confondues en salle d’audience, mises à mal en public et données à voir
pour ce qu’elles sont, pas grandchose hélas. Alors, oui ! Des larmes !
Bien. Génial ! Grand moment de sensiblerie collective. Reste que des
bougres, des petits riens, des sans-grade ont été sanctionnés. Et eux, s’ils
pleurent aujourd’hui encore, bien au fond de leurs cellules, ont des
raisons légitimes de pleurer. Rendre la justice, pas pleurer. Dire pourquoi
34 morts à Ghardaïa, prendre ses responsabilités, frapper ou demander à
être frappé, pas pleurer. Ce ne sont pas des larmes qui sont attendues du
chaos de Ghardaïa. Ce ne sont pas non plus des commissions d’enquête qui
concluront, comme à l’habitude, à la responsabilité de l’équinoxe et
de l’attraction lunaire dans le débordement de l’oued Mzab. Ce n’étaient
sûrement pas des larmes qui étaient attendues du procès Khalifa. C’était
la justice, au-dessus des larmes et au-dessus des hauts commis de l’Etat
en queue organisée pour des avantages sonnants et trébuchants. Hélas, et
c’est en cela que les larmes du wali de Ghardaïa (sûrement sincères, ce
n’est pas le sujet) me gênent terriblement. Car ici, il est devenu un
fait quasiment culturel : celui de noyer la gouvernance sous des trombes de
larmes. J’en pleurerais presque de… dépit ! Mais voilà, aux larmes, je
préfère fumer du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
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