Culture : CONVERSATION AVEC SALIM BACHI
«Le Prophète aimait : la prière, les parfums et les femmes»


Le Soir d’Algérie : Une première, comment est née l’idée de retranscrire en roman la vie du prophète Mohamed ?
Salim Bachi :
Comment naît une idée ? Je n’en sais rien. Je trouvais que l’histoire du Prophète était inconnue d’un grand nombre de personnes. Je pensais aussi que cette vie était hors normes et digne d’un roman épique. Et surtout, je ne comprenais pas pourquoi personne ne l’avait fait avant moi. Il ne faut pas oublier que les Arabes et les musulmans en général ont une grande tradition de chroniqueurs de la vie du Prophète. J’ai voulu poursuivre, modestement, ce travail à travers un roman.

Combien de temps a duré l’écriture du Silence de Mahomet ?
Une année à peu près. Il faut dire que j’ai écrit tous les jours. Cela a été précédé par deux années de réflexion et de lectures.

Quels ont été vos références et vos repères tout au long de l’écriture de votre ouvrage ?
Je me suis essentiellement basé sur la sira, celle traduite par Mahmoud Hussein, qui est une compilation de toutes les chroniques connues. J’ai aussi lu la sirade Tabari, celle d’Ibn Hicham, la plus condensée et sans doute la plus factuelle. J’ai ensuite lu les multiples travaux biographiques qui ont été consacrés au Prophète.

Où avez-vous puisé l’inspiration ?
Comme je vous le disais, dans la chronique, la sira. Et puis en lisant aussi les innombrables travaux qui ont été consacrés à cette figure majeure de l’humanité. Ensuite, j’ai laissé faire le romancier en moi pour donner vie à toute cette littérature.

Un exercice délicat que celui de revenir sur la personnalité du prophète Mahomet et celle de son époque, ne craignez-vous pas de heurter les sensibilités ?
Non, je me suis basé sur des textes qui existent, souvent d’auteurs musulmans et qui peuvent être lus par tout le monde. Il ne me semble pas que mon livre se rapproche des Versets sataniques qui sont une allégorie plus qu’un roman sur Mahomet. Bon, il y aura toujours des gens pour être choqués, mais mon désir profond a été de faire connaître la vie de Mohammad à des personnes qui ne la connaissaient pas et par le biais du roman. Tout le monde sait que le Prophète aimait par-dessus tout trois choses : la prière, les parfums et les femmes. C’est lui qui l’a énoncé à de nombreuses reprises. Et c’est essentiellement l’image qu’il voulait que l’on garde de lui. Un homme de Dieu, un homme parmi les hommes, et un amant.

Sachant que nul n’a jamais osé s’aventurer dans l’intimité de l’univers sacré de la religion musulmane, quel sentiment avez-vous éprouvé à la sortie de votre ouvrage ?
Encore une fois, ceci est faux. Il existe bel et bien une vie de Mohammad. Des hommes ont écrit sur Mohammad longtemps après sa mort. On a longtemps discuté de ses actes, de ses paroles. Et on n’a jamais fait mystère de ses combats, de ses défaites, de ses faiblesses aussi. Je ne vois pas en quoi je serais le premier à m’aventurer quelque part où personne ne serait allé avant moi. Je n’ai fait qu’exercer ma liberté de romancier en me basant sur ce qui existe en grande partie et en faisant vivre cet héritage maintenant millénaire.

En deuxième sélection, Le silence de Mahometn’a pas été retenu pour le prix Goncourt. Peut-on en connaître les détails ?
C’est leur choix et leur liberté de jurés du prix Goncourt d’écarter Le Silence de Mahomet de leur sélection. J’ai été heureux et honoré de faire partie de la première liste et il n’y a aucun regret à avoir. Le livre existe, il plaît à de plus en plus de lecteurs.

Par contre, il sera prochainement traduit en grec, comment expliquez- vous cet engouement pour l’Islam ?
Il sera traduit en grec et en italien, et sortira en 2009 dans ces deux pays. Il y a un désir sincère de connaissance de l’autre et de la civilisation musulmane en Europe. Voilà toute l’explication.

Est-ce que Le Silence de Mahomet sera présent au Salon international du livre d’Alger (Sila) et par la même occasion coédité en Algérie ?
Le Silence de Mahomet devrait être coédité en Algérie bientôt. En revanche, je ne sais pas si l’on pourra le trouver au Sila. Je l’espère, d’autant plus que de nombreux Algériens me demandent où ils peuvent trouver le roman en Algérie.

 

Bio express
Né en 1971 à Annaba, Salim Bachi a connu ses premières lignes dès l’adolescence. Après une licence de lettres, il s’installe en 1977 en France pour poursuivre ses études. Installé depuis 1996 à Paris, il éditera son premier roman, le Chien d’Ulysse,en 2001 aux éditions Gallimard. Un ouvrage qui, reçu favorablement par la critique, lui a valu la bourse Goncourt du premier roman ainsi que la bourse du prince Pierre de Monaco et celle de la Découverte. En 2003, il publie la Kahena (Prix Tropiques 2004), puis, en 2006, Tuez-les tous, portant sur les attentats du 11 septembre. Dans ces premiers romans, il édifie une cité imaginaire, Cyrtha, une métaphore de l’Algérie. En 2005, il publie aux éditions du Rocher Autoportrait avec Grenade, autofiction basée sur un séjour en Andalousie. Son recueil de nouvelles les Douze contes de minuit(éditions Gallimard, 2007) achève le cycle de Cyrtha. Il est co-édité par les éditions Barzakh. Les livres de Salim Bachi ont tous été remarqués par la critique et couronnés de nombreux prix. Il signe avec Le silence de Mahometson quatrième roman.

Propos recueillis par Samira Hadj Amar

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