samedi 18 octobre 2008
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Actualités : DESCENTE DE POLICE À L’IMPRIMERIE
Le Journal d’un homme librede Benchicou saisi


Le prochain livre Journal d’un homme livre, du journaliste Mohamed Benchicou, a fait l’objet d’une inexplicable censure au niveau de l’imprimerie Mauguin de Blida. Cette pratique, digne des régimes médiévaux, renseigne encore une fois sur la nature d’un régime qui fait de la lutte contre la liberté d’expression l’une de ses priorités.
Lyès Menacer - Alger (Le Soir) - Le livre du directeur du journal Le Matin, que les autorités ont suspendu depuis 2004, a été en fait bloqué à l’imprimerie même, à la suite d’une descente policière «musclée», apprend-on dans le communiqué diffusé par Mohamed Benchicou. «C’est la deuxième année consécutive que la censure méchante, absurde et irréfléchie frappe mes écrits», lit-on dans le document. La sortie du Journal d’un homme libre a été programmée à l’occasion du prochain Salon international du livre qui devra avoir lieu à la fin de ce mois. «L’an dernier, l’abus de pouvoir consistait à prohiber Les geôles d’Alger au Salon du livre d’Alger et à murer le stand de mon éditeur, ce qui nous plaçait déjà dans l’outrance médiévale et le grotesque », s’indigne Benchicou, qui a été emprisonné pendant deux années à la prison d’El-Harrach. «Aucune raison ne justifie cette interdiction, car tout a été fait dans les normes et le respect des procédures administratives qu’autorise la loi algérienne. En plus, j’avais avisé les organisateurs du Salon du livre d’Alger, qui m’ont donné leur accord, pour participer à cette manifestation. Le directeur du salon et celui de l’Anep étaient très courtois avec moi et m’ont même promis d’assister à la séance de vente dédicace au Palais des expositions», déclare l’auteur de Bouteflika : Une imposture algérienne. Ce qui étonne Benchicou, c’est le fait d’interdire un livre dont personne n’est mis au courant sur son contenu. «Il s’agit là d’un acharnement à interdire un homme ou un auteur, que d’interdire le livre lui-même. Dans les pays où le principe de la liberté d’expression est respecté, on laisse le livre sortir et ensuite entamer une action en justice, seule institution à pouvoir décider de son retrait des étals des libraires ou non», estime notre interlocuteur, joint par téléphone. Interrogé sur les détails de cette «bévue» des pouvoirs publics, Benchicou affirme que les employés de l’imprimerie ont été terrorisés par les policiers, qui auraient expliqué à la directrice que «l’ordre est venu de très très haut». Ce qui pousse l’auteur du Journal d’un homme libre à s’interroger sur celui qui se cache derrière «ce label de très, très hautes autorités.» Malgré l’interdiction qui frappe son livre, Benchicou ne désarme pas et déclare qu’il fera tout pour trouver un autre imprimeur, ici en Algérie, avant la fin du mois de novembre prochain. Sinon, le manuscrit sera diffusé sur la Toile, via le site du journal électronique Le Matin. Le livre sortira toutefois en France, aux éditions Villeneuve, au courant de ce mois d’octobre. Par ailleurs, Mohamed Benchicou déclare que «par cet acharnement contre mes écrits, et après m’avoir emprisonné et suspendu le journal que je dirige, le pouvoir algérien entend me désigner comme le récalcitrant à une sorte d’allégeance collective, qui ne dit pas son nom, qui s’imposerait au monde de l’édition en Algérie, et à laquelle nul écrivain ou éditeur ne saurait se soustraire, sans se rendre coupable de la fitna». Benchicou espère, par ailleurs, voir «ceux qui ont interdit mon livre réviser leur décision et le laisser paraître en Algérie». En attendant, Benchicou réaffirme son engagement et déclare refuser «ce statut d’insoumis, je ne suis qu’un auteur parmi ceux qui font vivre l’expression dans mon pays. Je dénonce, et je dénoncerai toujours, la censure médiévale, cet étranglement du verbe et de la parole qu’entend instituer le pouvoir par la force et la prébende, un fait accompli qui abolirait, dans l’Algérie du XIXe siècle, la liberté d’éditer et de lire et qui consacrerait, à jamais, le livre comme une affaire de clous, de grandes planches et de brigades de police. Je continuerai à me battre, par tous les moyens, pour que le livre Journal d’un homme libre voie le jour dans les librairies de mon pays, comme je ne renonce pas à imposer le retour du quotidien Le Matinsur les étals de nos buralistes».
L. M.

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