L’ancien secrétaire général du Front de libération nationale, Abdelhamid Mehri, se refuse de totalement divorcer avec la politique, tant il s’assigne la mission, fort utile, de provoquer, à chaque fois que nécessaire, le débat autour de questions d’actualité brûlantes. Ainsi, en fait-il à propos de l’engagement de l’Algérie dans des projets internationaux et régionaux. Fort de constater le tâtonnement qui est de mise, Mehri suggère de disposer constitutionnellement, si révision de la Constitution il y a, du mode de prise de décision sur les projets engageant le devenir de la nation. Sofiane Aït Iflis - Alger (Le Soir) - Sous le générique «Sollicitations douteuses », Abdelhamid Mehri livre son appréciation, critique, il faut le dire, des sollicitations, nombreuses, faites à l’Algérie d’intégrer des projets influents. Ce qu’il relève de prime abord est que, souvent, cet attelage à des chantiers conçus et définis ailleurs ne s’est pas accompagné de débat associant les acteurs nationaux. Mehri note que toute cette sollicitation vise, en vérité, à rien moins que proroger les décevants accords de Barcelone. «ll n’échappe pas aux observateurs avertis ni aux Algériens que l’Algérie est sollicitée avec insistance depuis des années pour adhérer ou au moins donner son aval à des projets qui influent, à moyen et long terme, sur sa politique extérieure, sa politique énergétique, sa sécurité et sa politique de défense. Ces projets visent à amener notre pays à établir des relations de plus en plus étroites avec l’OTAN, à «ouvrir» notre politique énergétique, à avaliser de manière indolore la version américaine de la paix au Moyen-Orient, d’adhérer à l’Organisation de la francophonie et, tout récemment, à l’Union pour la Méditerranée. Pour beaucoup, il ne s’agit en l’espèce que d’un habile subterfuge pour proroger les décevants accords de Barcelone», écrit-il dans une contribution destinée au journal. Pour Mehri, cette somme de projets postule à détourner l’Algérie de sa vocation de développer une politique extérieure indépendante. «Afin de faire entériner plus facilement ces projets, leurs promoteurs prennent grand soin de leur donner des apparences acceptables ou au moins inoffensives et consensuelles. Ils avancent prudemment, à pas mesurés, mais avec méthode et détermination. En la matière, l’axe central de la communication en direction de notre pays consiste à entretenir l’illusion que la signature de l’Algérie au bas de ces projets serait l’expression achevée de son retour sur la scène internationale et le signe indiscutable de sa grandeur. Du côté algérien, la gestion de ces grands dossiers est empreinte de tâtonnements, d’hésitations, d’absence de vision et de transparence. L’absence de débats, de concertations, l’effacement du rôle des institutions élues, marques inhérentes au système de gouvernement, sont aggravés par une pratique sommaire qui consiste à classer ces grands dossiers dans la gestion courante des relations extérieures et les soumettre, par conséquence, à la même logique de prise de décision», note-il encore. Et comme parfaite illustration de cette vérité axiomatique, M. Mehri souligne la manière et les conditions dans lesquelles l’Algérie a rejoint l’Union pour la Méditerranée. Il relève que si les Européens ont eu une démarche empreinte de rigueur, il a été tout le contraire s’agissant de l’Algérie où, souligne-t-il, «l’opinion publique nationale a tout juste eu droit à un discours fait de généralités et d’évidences et à la mise en exergue de quelques engagements théoriques, tout comme lors de la souscription à la Déclaration de Barcelone». Abdelhamid Mehri, qui ne se limite pas à sérier ce que l’on pourrait appeler les travers de la politique extérieure de l’Algérie, suggère, pour l’immédiat, rigueur, prudence et lucidité. «Pour l’avenir, si la refonte de la Constitution est sérieusement envisagée, il serait opportun d’encadrer, par des dispositions constitutionnelles claires, les modes de prise de décision sur toutes les questions qui engagent l’avenir de la nation et qui requièrent, par conséquent, un consensus social et politique large et organisé.» S. A. I.
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