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Hymnes nationaux. A quoi reconnaît-on la Marseillaise ?
Aux sifflets !
Qu’est-ce que je fais ? Mais comment cela qu’est-ce
que je fais ? Je fais ce que chaque Algérien sensé doit faire depuis
quelques heures. C'est-à-dire principalement deux choses. Un œil rivé sur
le ciel, un autre sur l’écran de télévision. D’abord le ciel. Je
guette de tout mon être les changements climatiques. Hier soir, grosse
alerte ! J’en ai passé une nuit blanche. Une pluie fine, rachitique a
très légèrement humidifié le sol alentour de mon bâtiment. Ça a suffi
pour me provoquer des aigreurs à l’estomac et la peur panique d’aller
sur internet. Je suis sûr que si j’allume mon ordinateur et si je vais
aux nouvelles, je découvrirai, effaré, que cette ondée peureuse et timide
a causé la mort d’une dizaine de personnes, la disparition d’une
vingtaine d’autres et des dégâts énormes. L’ondée s’étant calmée
aussitôt, le sol étant redevenu sec dans les cinq minutes qui suivirent la
bruine, j’ai prié. J’ai prié très fort pour que le nombre de victimes
ne soit pas élevé. Mon autre œil, lui, est resté actif, hyperactif. Et
dans son hyperactivité tout entière concentrée sur la chaîne Bloomberg,
mon œil a failli tourner pour de bon. J’étais au bord de l’apoplexie
à la vue et à l’écoute des derniers cours des matières premières, et
notamment du brut. Ya dine Allah ! Le baril a clôturé à 67 dollars ! El
wakhdha ! Ça y est ! Nous devons être depuis quelques heures en cessation
de paiement. C’est la banqueroute ! Abdekka lui-même avait révélé que
si le baril tombait sous les 80 dollars, nous allions vivre des jours
difficiles. Non seulement, il est sous les 80, mais là, il passe carrément
sous les 70 dollars ! Nous sommes pauuuuuuuuuuuuvres ! Par réflexe citoyen
d’autodéfense de notre potentiel énergétique menacé, j’ai tout
éteint. Pour me raviser aussitôt ! Eh oui ! Si je coupe le compteur, je ne
pourrai pas allumer la radio pour savoir combien de victimes ont provoqué
les 0,05 millimètres de pluie tombés la nuit dernière. Et puis, si j’éteins
mes lampes, comment le voisin, qui habite au rez-de-chaussée et qui est
donc forcément inondé et sinistré, arrivera-t-il à grimper dans le noir
jusqu’à mon appartement pour se mettre à l’abri ? Taraudé par toutes
ces questions, bouffé par ces dilemmes, je suis resté jusqu’à l’aube,
le doigt sur l’interrupteur du compteur, l’œil scotché à la fenêtre,
l’autre œil rivé à l’écran et les oreilles concentrées sur la
sonnette de la porte d’entrée. Au cas où le voisin arriverait finalement
à retrouver son chemin vers mon appartement et… la vie sauve. Je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
P. S. : Une pensée à mon amie Leïla Aslaoui et à son fils Khalid. Ils
ont eu beau essayer, ils ont beau essayer, ils auront beau essayer, ils n’arriveront
pas à effacer.
Le Fumeur de Thé
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