Monde : TURQUIE : PROCÈS D’ERGENEKON
La cour décide de lire l'accusation, le verdict retardé


Le tribunal turc saisi du procès d'une cellule armée clandestine, Ergenekon, accusée de vouloir renverser le gouvernement, a décidé hier que l'acte d'accusation, un document d'environ 2 500 pages, soit lu intégralement, ce qui devrait retarder le verdict, ont rapporté les médias.
Le procès de 86 membres supposés de ce réseau qui s'est ouvert la semaine dernière, a repris hier pour une troisième audience dans une prison de Silivri, à 50 kilomètres d'Istanbul. En dépit du refus de la plupart des accusés et de leurs avocats mais suivant la demande d'un seul prévenu, les juges se sont prononcés en faveur de la lecture dans son intégralité de l'acte d'accusation, un texte de pas moins de 2 455 pages, élaboré par une équipe de trois procureurs, a indiqué la chaîne d'information CNN-Türk. La lecture qui a immédiatement débuté hier pourrait prendre jusqu'à un mois et retarder un verdict dans ce procès très médiatisé en Turquie, selon les spécialistes. Les membres du réseau Ergenekon sont accusés d'avoir voulu semer le chaos dans le pays en multipliant les manifestations illégales et les assassinats pour renverser le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste. Selon la presse turque, leur but était d'instaurer un climat de chaos et de provoquer une intervention de l'armée turque connue pour ses quatre coups d'Etat dans le passé. L'année dernière, lors des défilés contre le projet de loi sur le voile à l'université, l'armée avait menacé le gouvernement AKP d'intervenir pour défendre la laïcité. Le ministère public accuse la cellule d'avoir projeté des attentats contre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, l'ex-chef d'état-major Yasar Büyükanit et diverses personnalités comme le prix Nobel de littérature 2006 Orhan Pamuk. Applaudie par les milieux pro-gouvernementaux et libéraux qui y voient une avancée sans précédent dans la lutte contre les réseaux politicomafieux, l'enquête est critiquée par le courant pro-laïcité comme une manœuvre de l'AKP pour faire taire ses opposants.

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