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Louisa Hanoune : «C’est le pire mandat qu’ait connu l’APN.»
Mazal, madame, mazal…
L’information n’est pas encore officiellement
confirmée. Si elle se confirme, c’est un grand sentiment de lassitude
mâtiné de rage froide qui m’envahit ce matin. Le dégommage d’Amine
Zaoui de son poste de directeur de la BN, la Bibliothèque nationale. Plus
que de la lassitude, une immense fatigue. Plus que de la rage froide, un
froid de morgue. Interface heureuse d’un double emploi intelligent des
langues arabe et française, producteur impénitent de sens, de mots et de
livres, Zaoui représente à mes yeux cette preuve d’une cohabitation
possible et harmonieuse entre deux blocs que l’on a toujours voulu
opposer, maintenir en état de guerre : «les arabisants» et «les
francophones ». Les guillemets sont utiles, tant Zaoui s’est employé à
rendre ces intitulés génériques ridicules, étroits et vidés de
substance. Les frontières barbelées entre les deux cultures, Amine les
combat chaque jour. A sa manière. Inlassablement. En faisant de sa
structure le creuset des rencontres jusque-là impossibles, jusque-là
entachées de suspicion inquisitoire ou tout simplement bannies. Un homme du
livre était à la bibliothèque, temple du livre par excellence. Et c’est
cela qui aurait été (j’emploie, là encore, le conditionnel) arrêté,
suspendu, avorté. La tribu AC, celle des Adorateurs de Ciseaux, aidée par
l’autre tribu, encore plus puissante, celle des GT, les Gardiens du
Temple, pourront invoquer ce qu’elles voudront bien invoquer : l’épisode
Benchicou et l’invraisemblable histoire du vrai faux numéro d’ISBN.
Elles pourront aussi arrondir leur bouche en cul-de-poule devant cet autre
épisode, celui du poète Adonis. Ces tribus-là peuvent faire ce qu’elles
veulent. C’est d’ailleurs ce qu’elles font. Sans s’en priver. Ne me
reste dans mon immense lassitude que ce constat terrible, mais pas nouveau :
le sadisme atavique de ce régime. S’il l’a fait, le pouvoir a limogé
Zaoui, directeur de la Bibliothèque nationale, le jour de l’ouverture du
Salon du livre. A ce niveau-là, ce n’est plus seulement du sadisme, c’est
de la perversion. Lassitude ! Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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