jeudi 13 novembre 2008
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Contribution : CE MONDE QUI BOUGE
Crise pétrolière, sombres perspectives pour l’Algérie et l’Opep
Par Hassane Zerrouky


«Du côté du pétrole, là c’est une bonne nouvelle : le baril est repassé sous la barre des 55 dollars», se réjouissait mardi soir le présentateur de la chaîne d’info LCI. Reste que l’auteur de ces propos, qui prêtent à sourire, oublie que la chute du prix du baril est symptomatique de la gravité de la crise qui secoue la planète financière. Cette chute est la conséquence d’un ralentissement économique qui n’en est sans doute qu’à son début, ralentissement induit justement par cette crise financière.
La récession économique à laquelle on assiste et qui touche toutes les économies développées sans exception se traduit par un effondrement de la demande pétrolière face à une offre élevée. Toujours est-il que bien que l’Opep ait décidé de réduire, tardivement, sa production d’un million et demi de barils par jour, l’offre de pétrole est telle qu’on peut parler de surabondance sur le marché. Pourtant, les pays de l’Opep savaient que des pays comme les Etats-Unis ont pour habitude d’acheter du pétrole en deçà de leurs besoins afin de reconstituer leurs stocks stratégiques, pétrole qu’ils déversent ensuite sur le marché afin de faire pression à la baisse sur les prix. C’est certainement ce qu’ils ont fait récemment. Sur ce plan-là, mais plus généralement en ce qui concerne la crise actuelle, l’Opep a manifestement fait montre d’imprévoyance. Ignorant les avertissements des experts les plus lucides sur une probable crise qu’engendrerait inévitablement celle des «subprimes » américains, obnubilé par un prix du baril supérieur à 100 dollars, l’Opep ou pour être plus juste certains de ses Etats membres, dormant sur ses lauriers, n’a pas vu arriver la catastrophe. Pis : des pays, comme l’Arabie Saoudite, toujours prêts à voler au secours de l’Oncle Sam quand ce dernier l’exige, ont augmenté leur production pétrolière au-delà des quotas autorisés par l’Opep, expliquant qu’il était de l’intérêt des pays producteurs de venir en aide à l’économie américaine ! Comme si la hausse du prix du baril était la cause de la crise dans laquelle se débattent les Etats-Unis ! Reste que ce retournement de conjoncture pétrolière risque de durer. Car rien ne permet de penser que le sommet du G-20 — les sept pays les plus riches du monde plus les pays émergents (Chine, Inde, Brésil…) —, qui aura lieu le 16 novembre, va se traduire par des décisions en mesure de mettre fin à la crise actuelle. La refondation du capitalisme à laquelle appelle Nicolas Sarkozy au nom de l’Union européenne n’est que de la poudre aux yeux. Non seulement les mesures de régulation des marchés financiers que préconisera le sommet du G-20 demanderont du temps pour leur élaboration et en mettront pour être appliquées, mais elles ne toucheront pas aux causes ayant engendré cette crise, à ses fondements mêmes, à savoir ce néo-libéralisme capitaliste qui a épuisé ses capacités lui permettant de rebondir sur le marché. Ces mesures ne corrigeront cette crise qu’à la marge. En ce qui concerne l’Algérie, les conséquences risquent d’être sévères. L’argent du pétrole a plus servi l’économie informelle que l’économie réelle. En témoigne ce développement fulgurant des sociétés d’import, développement qui n’est pas sans rapport avec l’augmentation de la facture d’importation qui a plus que doublé depuis 1999 ! Et qui n’est pas étranger au transfert de capitaux (on parle de plusieurs milliards de dollars en dix ans) vers les places financières occidentales. Et faute d’un secteur productif créateur de richesses et d’emplois en raison de l’absence d’une stratégie de développement sur le moyen terme, l’avenir du pays risque d’être des plus sombres.
H. Z.

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