Chronique du jour : ICI MIEUX QUE LA-BAS
Qui est l’Obama algérien ?
Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr


Dans tous les pays du monde et dans tous les secteurs, on cherche l'Obama du cru, l'Obama local, l'Obama du coin, quoi ! Dans cette ruée effrénée autant que subite, on croit avoir identifié un peu à la louche, un peu à l'emporte-pièces, un chouïa n'importe comment, l'Obama danois, hindou ou ougandais. On finit par dénicher, toujours avec le même bâton de sourcier, l'Obama de la télévision allemande, des prix littéraires français, de la censure tunisienne, du cruciverbisme toucouleur ou du tennis de table omanais.
Chercher l'Obama, c'est le nouveau sport et ce sport est non seulement international, mais aussi universel. Tout le monde peut y jouer, tout le monde y joue, d'ailleurs, et tout le monde peut gagner. Pour que notre pays ne soit pas en reste de ce mouvement d'ensemble, je me suis dévoué pour partir en quête de l'Obama algérien. Après une enquête approfondie, je suis tombé sur un résultat inespéré. Tenez-vous bien, je l'ai découvert. Si, si, je l'ai trouvé! Qui ? Je te le donne en mille ! C'est Abdelaziz Bouteflika. Qu'y a-t-il en commun entre l'Américain et l'Algérien ? C'est là où les ennuis commencent. J'ai pensé que ce serait une bonne idée de chronique mais, à l'usage, ça grince drôlement. Surtout des dents ! Mais puisque la performance est de trouver des similitudes, allons-y ! Auparavant, regardons un moment du côté de la France où l'élection d'Obama a provoqué un électrochoc platonique : ça frissonne mais ça ne bouge pas ! Dahmane Abderahmane, un conseiller du président français, d'origine algérienne, n'y va pas par quatre chemins. Dans une émission de télévision, il affirme sans ciller que l'Obama français n'est autre que Nicolas Sarkozy lui-même. L'argument ? Si Obama est métis, ce qui ne l'a pas empêché d'accéder à la Maison Blanche, Sarkozy, lui, est d'origine hongroise, immigrée donc, ce qui n'a pas constitué un obstacle pour loger à l'Elysée. Heureusement qu'il y a des observateurs sagaces comme ce conseiller pour déceler ces apparentements infinitésimaux, invisibles à l'œil nu et même au microscope. Ni métis, ni d'origine hongroise, Abdelaziz Bouteflika rappelle, cependant, en certains points Barack Obama. Lesquels ? Première observation : si l'on considère la succession des présidents élus depuis l'indépendance des Etats-Unis, il y a plus de deux siècles, on remarque que Barack Obama en est le plus jeune. Si l'on prend les présidents algériens depuis l'indépendance de l'Algérie, il y a quarante-six ans, on note que Abdelaziz Bouteflika est le plus vieux. Etre jeune comme Obama et succéder à des vieux a, quelque part, une certaine analogie avec le fait d'être vieux et de succéder à des jeunes, dont l'un d'eux est d'ailleurs soi-même en plus jeune. Autre similitude (tirée par les cheveux, côté algérien) : la surprise ! Pour une surprise, c'en est vraiment une ! Qui, il y a encore mettons dix mois, aurait parié un baril de pétrole passé sous la barre des 50 dollars sur les chances de victoire de Barack Obama? Il y a dix mois, on m'aurait dit que Abdelaziz Bouteflika mènerait une campagne à l'américaine pour être réélu, je m'en serais frotté les yeux ! Eh bien, en dépit de tous les pronostics pessimistes, Obama est passé et Bouteflika, de toute évidence, sera réélu. Comme quoi, à l'instar de la société américaine réveillée de la nuit du racisme et de l'inégalité pour élire Obama, la société algérienne est, elle aussi, mûre pour les changements structurels, c'est pourquoi elle élira Bouteflika ! Énième ressemblance : Barack Obama est, en dépit des prévisions les plus audacieuses, élu un peu grâce au bilan catastrophique de son prédécesseur. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, fût-ce à des années lumière de distance, il n'y a pas de raison pour que Abdelaziz Bouteflika ne se fasse pas réélire grâce au bilan calamiteux de son prédécesseur. Ceci étant dit, il y a aussi les différences... Et pour les énumérer, il faut infiniment plus de pages que cette Constitution dont on massacre, par un lever de doigt qui ressemble à une invocation de divinité, le peu de démocratie et d'alternance... Tout surréalisme mis à part, ce qui étonne franchement, c'est qu'il ne s'est trouvé personne jusqu'à présent pour nous la faire, cette comparaison ahurissante. Personne parmi les encenseurs du candidat à la présidence à vie via un troisième mandat télescopique. Personne dans les clubs de supporters et les fans-clubs qui pullulent à proportion de l'étendue du pouvoir que se donne le prince. Personne parmi les thuriféraires et autres hagiographes qui poussent comme des champignons et se développent dans l'instant comme des photos Polaroïd. Personne dans les nuées de clientèles qui peuplent le système que s'est forgé Abdelaziz Bouteflika n'a encore sorti cette révélation : Obama, c'est la chance des Etats-Unis, Bouteflika, celle de l'Algérie ! Non, hélas, personne n'a osé la faire, celle-là ! Il faut croire qu'il y a de la régression dans l'ingénierie politique maison ! Du recul dans la course à la cour. Du patinage dans le grand écart discursif, jadis débridé ! Il n'y a pas si longtemps encore, quelques détachements de kamikazes du verbe se postaient toujours au cœur du danger pour oser proposer le chef du moment au prix Nobel de la paix ou à la médaille d'or aux Jeux olympiques de la démocratie des potentats. Il y avait toujours, sortant d'on ne sait où, cette voix qui ne recule devant rien, cette langue qui n'a pas d'os, ce regard qui ne baisse pas les yeux, ce visage qui ne rougit pas au moment crucial de proférer les plus saugrenues des déclarations. C'est cet Obama-là qui manque. Car, au fond, la victoire d'Obama, c'est celle de l'audace et, de ce point de vue, celui qui aurait ressemblé le plus au président élu américain, c'est moins son homologue algérien que celui qui aurait commis la comparaison.
A. M.

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