lundi 24 novembre 2008
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Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Attentat contre une chronique bien-pensante
Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com


Il y a des promesses qui sont très difficiles à tenir et des engagements qu'il est impossible de respecter, surtout après une victoire électorale et l'ivresses des cimes qui s'ensuit. N'étant pas dans la situation de ces élus, frappés de folie ordinaire sur les marches du pouvoir, je pensais pouvoir faire mieux.

Un ami croisé (1) récemment en ville et qui n'essaie pas de me lire entre les lignes, a réussi à m'arracher une promesse : celle d'essayer d'être plus «positif». Ce que j'ai fait d'emblée en lui promettant que j'allais faire l'immense effort d'éviter, au moins une fois, toutes les infos «négatives» sur le monde arabe. Lorsque durant plusieurs jours vous cogitez sur les thèmes de votre prochaine chronique avec le parti-pris de «positiver », vous comprenez combien la tâche est difficile. Avant tout, il faut éviter soigneusement les médias et les sites habituels qui s'acharnent à ne montrer que les défauts de la cuirasse arabe. C'est dans ces médias, globalement positifs par ailleurs, que sévissent des chroniqueurs arabes trop portés à la critique. Il faut donc faire une recherche très patiente et très pointue pour trouver le bon article, le bon sujet susceptible de remonter le moral de tous les Arabes et, abusivement, assimilés. Avec ça, vous devez faire attention à ne pas vous laisser séduire ou distraire par des informations trop vraies pour être assimilées à des coquilles. Il ne faut pas vous laisser décourager par des titres trompeurs du genre : «Le RND lance un appel au président afin qu'il sollicite un troisième mandat. » Evitez ce genre d'écueil et poursuivez votre quête sans vous attarder sur ce titre à la une : «Des théologiens algériens lancent des fetwas pour l'excision des femmes.» Ne prêtez, enfin, aucune attention à cette confession douloureuse et courageuse d'une femme bien de chez nous : «Comment j'ai été mariée à un djin.» (2) Vous voilà, finalement, arrivé au bout de vos recherches, et avec un butin, ma foi, appréciable. Vous vous dites qu'avec ce que vous avez récolté, il y a de quoi faire une chronique gentillette, ni flagorneuse ni acide mais susceptible de plaire aux baathistes sans agacer les minorités amies. Hélas, il faudra encore enrichir le catalogue des promesses non tenues avec cette chronique avortée sur des Arabes bien sous tous rapports. Que mon ami me pardonne ce manquement mais, selon la tradition arabe, je n'en suis pas seul responsable. En effet, c'est l'organisation Al-Qaïda qui a mis en l'air l'édifice soigneusement élaboré. Même si le mouvement de Ben Laden n'a pas revendiqué cet attentat contre une chronique bien-pensante, il en est l'instigateur. Voici comment : la semaine dernière, le numéro deux d'Al-Qaïda, Ayaman Zawahiri, s'adresse, par les voies habituelles, aux dirigeants et aux peuples du monde. Dans son exorde à l'attention spéciale des musulmans engagés dans le djihad ou dans l'expectative, il aborde le sujet qui va fâcher Obama et donner un autre cours à ma chronique. Que dit Zawahiri : Obama a choisi d'être un ennemi de l'Islam bien qu'il soit né d'un père musulman. Ce qui signifie que dans un tout autre pays que les Etats-Unis et le reste des pays libres, Obama aurait été condamné à mort pour apostasie. Ce qui démontre bien qu'entre Zawahiri et les théologiens musulmans du cru, le courant passe toujours. Zawahiri aurait pu se contenter de cette sentence et laisser aux commentateurs de la chaîne Al-Jazira le soin d'en faire l'exégèse. Non ! Il fallait qu'il en remette une louche comme d'habitude et il a osé parler de corde à une nation de pendus. Il a cru devoir souligner que le président Obama était un esclave, domestique chez des maîtres blancs. On sait le rôle joué par les marchands d'esclaves arabes et musulmans sur les côtes d'Afrique australe et de l'Ouest. Zawahiri le sait aussi comme il n'ignore pas, lui l'Egyptien, que des pays arabes comme le Soudan et l'Arabie Saoudite ont été, jusqu'à une date récente, accusés de pratiquer encore l'esclavage. En traitant Obama d'esclave, Zawahiri fait ressurgir le spectre de la chasse à l'or noir, autrement dit les esclaves, que pratiquaient certaines tribus arabes, bien avant l'avènement du pétrole. Bien sûr, on objectera que Zawahiri n'est pas le représentant exclusif du monde arabe, ni des musulmans. Dans ce cas, pourquoi ne le disent-ils pas ? Pourquoi, il n'y a pas eu une seule voix pour rappeler que Billal, le Noir africain, était l'un des premiers compagnons du Prophète et le muezzin de l'Islam? Faut-il qu'une chronique politiquement incorrecte rappelle que si l'esclavage a été officiellement aboli dans les pays arabes, c'est grâce à cet Occident honni ? Cet Occident auquel des Arabes viennent d'offrir sur un plateau le fouet qui servira contre eux. Cet Occident qui sait parfaitement que tous les nouveaux- nés du monde arabe se prénommeraient Oussama ou Ayman, avec un peu plus de courage et de liberté. Et qu'on ne vienne pas me dire encore que Zawahiri n'a fait que reprendre l'appellation d'esclave domestique utilisée par Malcolm X contre les militants noirs de la non-violence. Ce n'est pas parce qu'il exècre l'Amérique impérialiste qu'un Arabe a le droit d'utiliser les mêmes termes. «Pas vous, pas ça !» aurait dit un célèbre éditorialiste. Aujourd'hui, l'Histoire a donné tort à Malcolm X et vient de tresser une couronne à Martin Luther King. Et toujours le même silence gêné ou opportuniste dans les rangs arabes. Comment voulez-vous, cher ami, que je me débrouille pour «positiver» dans ces conditions- là ? Toutefois, et comme je me suis engagé à un sursaut positif, j'ai cru distinguer quelques éclaircies dans le grisâtre ciel arabe d'Algérie. Le chroniqueur du magazine Elaph, Daoud Albasri, bon citoyen américain, raconte que c'est par un «nous avons gagné» triomphaliste que sa fille lui a annoncé la victoire d'Obama. En relation avec le même sujet, Elaph publie une «réponse» très franche de Barak Obama, signée Chaker Naboulci, au penseur tunisien Afif Lakhdar. Ce dernier avait adressé la semaine dernière une lettre ouverte à Barak Obama lui affirmant qu'il pouvait régler le conflit israélopalestinien en moins de cent jours. Chaker Naboulci a imaginé cette réponse plausible du nouveau président américain et qui se résume à ceci : «Comment voulez-vous que je règle en cent jours un conflit qui dure depuis soixante ans et que pas un président américain n'a réussi à régler. Tout simplement, parce qu'aucune des parties au conflit ne veut d'un règlement, à commencer par les Palestiniens eux-mêmes. » J'ai retrouvé la liberté de ton de mon ami Wassini Laâredj dans l'interview, en deux parties, que vient de publier l'hebdomadaire Al- Mohakik. Wassini s'attaque surtout au sujet tabou que constitue la relation de l'émir Abdelkader avec la francmaçonnerie. L'émir Abdelkader, dont on a même «maquillé» le portrait officiel, serait tellement plus sympathique à mes yeux que le personnage virtuel qu'on veut m'imposer. Un personnage plus proche de Ben Laden que de Ben Boulaïd. Or, c'est le second qui a ma préférence. Alors, à la semaine prochaine pour un nouvel épisode de "Mission impossible".
A. H.

(1) Avec les vieux amis, on se croise plus qu'on se rencontre, et plus souvent dans les cimetières pour l'enterrement d'une amitié commune. C'est que l'âge et les carrières vous font prendre des plis, parfois irréparables. Il en résulte des froissements souvent irrémédiables.
(2) Ce sont sans doute là les premières contributions à l'amélioration du statut de la femme telle que stipulée dans la nouvelle Constitution qu'on vient d'offrir au peuple algérien.

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