Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Ballon-sonde et médiocre outsider
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Faut-il se donner de la peine pour commenter une rumeur persistante ? Doit-on relayer sans réserve ni prudence ce qui fait tant écrire dans la presse sur le sujet ? Et si l’étrange candidature que l’on présente déjà comme une «solution-barrage» au coup de force constitutionnel n’était qu’un ballon-sonde ? En effet, comment peut-on ignorer qu’il existe des officines qualifiées pour ce travail ? Celui d’être des rampes de lancement pour ce genre de «virtualités» sans fondement sinon celui d’installer une atmosphère électorale post-putsch.
Autrement, dit ne sommes-nous pas déjà victimes de la traditionnelle manipulation précédent chaque scrutin présidentiel ? Quand bien même les journaux seraient correctement briefés pourquoi ne devrait-on pas s’interroger sur cette surprenante annonce ? La presse, qui a besoin de pâture pour fabriquer ses «unes», n’est jamais à l’abri de la désinformation. Celle qui est concoctée dans les cabinets des pouvoirs et qui est leur côté sombre. Eux, qui ont besoin de travestir leurs actes, ne rechignent guère sur les moyens et les recours pour y parvenir. Le cas de Zeroual donné pour challenger de Bouteflika en 2009 n’en est-il pas exemplaire ? Avant même que le concerné ne se soit exprimé, cette sollicitation venue de nulle part ne s’inscrit-elle pas dans la phase préparatoire pour dénicher de bons lièvres pour une ré-légitimation par avance acquise ? Zeroual, donnant le change à un autocrate sûr de sa reconduction, serait alors le scénario idéal. Or, si cela venait à être confirmé, se poseraient à ce moment-là d’autres questions. Celles-ci concerneraient non pas ceux qui en avaient imaginé et souhaité ce faux duel mais celui qui s’y enrôla. Pour l’instant, nous demeurons dans la prophétie journalistique. Et même si celle-ci venait à donner raison aux annonciateurs, cela ne lèverait pas pour autant le voile sur les véritables arrangements politiques qui l’ont rendue possible. Les sources «autorisées » qui alimentent ces jours-ci la presse seraient-elles capables de lui en fournir, à ce moment-là, des justifications plausibles ? Car un «come-back» d’un ex-chef d’Etat ne s’accomplit pas sans dégâts surtout lorsqu’on suppute que sa défaite est infailliblement programmée. Ceci dit, l’énigme de Zeroual ne doit pas faire oublier une autre annonce de candidature. Même si la seconde est manifestement ridicule jusqu’à l’imposture, elle mérite néanmoins un examen surtout en ces temps désespérément indigents en leaders crédibles. Il s’agit justement de cet obscur Moussa Touati qui, ne doutant de rien, s’apprête à ferrailler pour devenir chef de l’Etat ! Rien que ça… Il faut croire que cette république est devenue trop bonne fille pour ne voir aucun inconvénient à mettre dans son lit un aventurier politique sans la moindre expérience pour la diriger. C’est qu’à travers ce personnage et son parti (FNA), se sont écrites certaines péripéties à l’origine du solde de tout compte de l’ère zéroualienne. Nous sommes en novembre 1998 et les temps sont durs pour le parti de l’administration qu’était le RND. A cette époque-là, les déserteurs étaient plus nombreux que les nouveaux conscrits. En effet, avec un chef d’Etat réduit à l’expédition des affaires courantes et un personnel politique dont la versatilité légendaire s’illustrait alors dans la course aux nouvelles allégeances, les derniers bastions de la fidélité ne pouvaient que tomber. Benbaïbeche, animateur de l’association des enfants de chouhada (ONEC) et secrétaire général par intérim du RND, allait justement faire les frais de l’opération de démantèlement. C’est le moment que choisit Touati pour entrer en scène afin de casser l’organisation et s’autoproclamer père fondateur d’un nouveau parti. La bénédiction ne tarda pas à lui venir à la fois du candidat du système (Bouteflika) et des nouveaux convertis qui ont pour nom Ouyahia et Bensalah. Ainsi, ce FNA, dont l’acte de naissance est consubstantiel à la récupération du RND et du FLN, avait tout lieu de ressembler à un produit de laboratoire. Conçu dans les bocaux et les cornues d’une association de défense d’une catégorie spécifique de la population, il revendiqua, dès son agrément, le monopole du «novembrisme». Satellite de ces doubles parrains que sont le FLN et le RND, il évolua sous leur coupe tout en prétendant en être leur synthèse. Les rares explications que Moussa Touati eut à donner en dix années d’existence sont toujours frappées du sceau de l’ambiguïté. Sans contenu politique ni soubassement doctrinal, ce parti n’est en fait qu’un appendice de l’Alliance présidentielle qui, justement, le gratifie à chaque scrutin d’un quota «d’élus». A l’évidence, la création de cette formation politique, abusivement dénommée «front», a été vivement encouragée pour exercer des contre-poids et casser des hégémonies encore réfractaires aux ralliements. En son temps, sa création visait clairement la destruction de la coordination nationale des enfants de chouhada», structure dissidente dirigée par Benbaïbeche. En effet, le «front» de Touati ne doit son existence qu’en tant qu’instrument de «normalisation» d’une organisation de masse au profit du pouvoir. Qu’il veuille opportunément marquer sa différence aujourd’hui ne fait pas pour autant de ce personnage et son parti un contradicteur de l’alliance au pouvoir. Son abstention au vote sur la révision constitutionnelle est, précisément, son alibi pour être «distribué» dans la pièce théâtrale de la présidentielle. Autrement dit, si une structure politique ne doit son existence qu’à sa vocation de relais de l’appareil d’Etat, elle ne peut être «peuplée» que d’exécuteurs des basses œuvres. Touati en est le parangon de ces missionnaires. Or, la République, lorsqu’elle quête et enquête avant d’adouber ses dirigeants, se trompe rarement sur les impostures masquées. Car, quoi qu’on dise, tous les outsiders politiques ont quelques talents pour séduire cette majesté, à l’exception de ce Touati, évidemment.
B. H.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable