dimanche 30 novembre 2008
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Culture : ATOMIC SAHARADE LARBI BENCHIHA
Le documentaire revient sur les premiers essais nucléaires français en 1960 en Algérie


En février 2010, la France célébrera les cinquante ans de son accession au club très fermé de puissance atomique. Atomic Sahara, un documentaire de 52 mn produit par France 3 et réalisé par l’Algérien Larbi Benchiha, nous propose de revenir sur les premiers essais nucléaires français réalisés en Algérie, en pleine guerre d’Indépendance.
Roland, Gérard, Jacques, Hervé, Hamadi, Mohamed et les autres sont d’anciens appelés du contingent, militaires de carrière, civils ou simples ouvriers ayant séjourné sur les sites nucléaires du Sahara et participé aux explosions atomiques. Ils nous transportent dans les années 1960 et nous permettent de comprendre et d’analyser comment cette expérience militaro- scientifique s’est avérée d’une incertitude dramatique sur les plans humain et environnemental. «J’ai assisté à la première explosion nucléaire. C’était le 13 février 1960 à 7h 04. Une heure après, à 8h, avec trois camarades, nous étions sur le point zéro, nous avions les pieds qui s’enfonçaient dans le sable. Le sable était chaud et noir. Il craquait sous nos pieds comme si nous marchions sur du verre…», reconnaît Roland Weil, conscrit en 1960. «Un officier m’a dit de le conduire au point zéro, j’ai enfilé la tenue de coton réglementaire et nous sommes montés dans la jeep. Une demi-heure après, nous sommes arrivés à un immense cratère. A ce moment-là, un hélicoptère nous a survolés et avec un haut-parleur, il nous a indiqué que nous nous trouvions en zone interdite et qu’il fallait repartir vers la base. J’ai pris le temps de planter le drapeau français au centre du cratère comme il m’a été ordonné», témoigne Gérard Dellac, conscrit en 1960. Larbi Benchiha donne également la parole dans ce documentaire à un officier algérien qui était présent au Sahara après l’Indépendance. «Au lendemain du départ des Français du Sahara, moi et mes hommes avons pris le relais. Nous sommes arrivés sans la moindre protection. Nous n’avions ni combinaisons, ni masques, ni appareils pour mesurer la radioactivité. Les soldats ignoraient tout de la nature du lieu qu’ils ont investi… », affirme avec émotion Mohamed Bendjebbar, officier de carrière dans l’Armée de libération nationale en 1966. Pour Larbi Benchiha, qui est né et a grandi en Algérie, ce documentaire est un devoir de mémoire. «Je n’ai appris l’existence de ce fragment d’histoire qu’il y a quelques années, en lisant un journal qui consacrait un article à la publication d’un livre de l’historien Bruno Barrillot. Presque par hasard. Le premier essai a eu lieu il y a presque cinquante ans, mais, en Algérie, personne dans ma famille, dans mon village, n’a entendu parler de cet épisode de notre histoire. Si la puissance des explosions a causé des déplacements tectoniques, voire des séismes, elle a aussi altéré l’architecture des fougaras (système ancestral d’irrigation souterraine), la propagation des particules radioactives a souillé pour longtemps la région. Les deux sites où ont eu lieu les essais ont été laissés à l’abandon et sans véritable surveillance. Lors d’un voyage de repérage en février 2007, je me suis personnellement rendu à In Eker, à deux cents mètres du point zéro. Les mesures effectuées révèlent une forte radioactivité de la roche et du matériel laissé sur place. Aujourd’hui, en Algérie, les nomades touareg continuent à récupérer de la ferraille et des objets irradiés qu’ils utilisent pour des besoins divers, de même que leurs troupeaux continuent de brouter l’herbe de la région. Depuis cinquante ans, aucune étude épidémiologique n’a été réalisée sur les effets et les retombées des essais sur les habitants et la flore du plateau hoggarien. Quant aux Français, s’ils connaissent bien l’histoire des essais nucléaires de la France en Polynésie, dans le Pacifique, la plupart ignore encore que la première bombe atomique de leur pays a explosé dans le Sahara. Les vétérans et les témoins de l’époque que j’ai retrouvés aussi bien en France qu’en Algérie sont tous disposés à témoigner et à mettre à ma disposition leurs souvenirs personnels (photographies, films tournés en 8mm, objets divers…). La plupart de ces documents sont des images inédites et de grande valeur visuelle, mais surtout, elles traduisent un point de vue nouveau, contrastant avec les images filmées par les militaires et traduisant le point de vue officiel, celui de l’armée. Réaliser ce film est pour moi un besoin intime. Je veux participer à ce devoir de mémoire envers mes deux pays et mes concitoyens. Avec ce film, je transmettrai la parole de ces hommes qui se confient devant une caméra pour la première fois depuis 1960. Grâce à eux, je souhaite rendre compte de ce pan oublié de l’histoire de la France et de l’Algérie.» Atomic Sahara, un documentaire qui tombe à pic, puisqu’il intervient à un moment où la France annonce qu'elle va indemniser les Algériens pour les effets néfastes de ses essais nucléaires en 1960.
Slimane Amani

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