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Le journaliste irakien auteur de l’attentat à la chaussure
contre Bush a raté sa cible.
Normal ! Il tirait comme un pied
On a l’habitude de dire «un être vous manque, et la terre vous semble
dépeuplée». Cette expression, je l’ai remixée. Cela donne : «Une phrase vous
manque, et vous vous prenez à douter de l’endroit où vous vous trouvez.» Je dois
dire que l’absence d’une phrase me pesait grave jusqu’à hier, me faisant, moi
aussi, douter de mon lieu de résidence. Une phrase essentielle dans mon identité
profonde d’Algérien. Une phrase-clé. Une phrase emblème. Une phrase phrase.
Cette phrase vient enfin d’être prononcée. Et je suis délivré de mes angoisses
identitaires, je suis libéré de mes interrogations spatio-temporelles. Je suis
bien en Algérie, car c’est sur cette terre bénie que vient d’être lancée ma
fameuse phrase : «Les élections seront propres et transparentes !» Quelle
musicalité extraordinaire dans ces quelques mots assemblés dans une alchimie
enchanteresse ! Quel plaisir aérien me procurent ces sonorités dans lesquelles
chacun de nous se reconnaît et qui disent à chacun de nous, lui transmettent le
même message : «T’es d’ici, et pas d’ailleurs, khouya !» Ne sont-ils pas gentils
tout plein, adorables comme pas un nos dirigeants de nous rappeler cycliquement,
méthodiquement, que les élections algériennes étaient, sont et seront toujours
propres, honnêtes et transparentes ? Du plus loin qu’il se souvienne, l’Algérien
a appris le sens des mots «propreté» «honnêteté» et «transparence» grâce aux
processus électoraux. Car le vote, ici, a toujours été propre, honnête et
transparent. C’est d’ailleurs notre spécificité à nous Algériens. Il faut s’en
montrer jaloux et la défendre. Nous sommes le seul pays dans le monde et même
dans la banlieue du monde à déclarer nos élections propres et transparentes
avant même qu’elles ne se déroulent. C’est pas une performance, ça ? Notre
démocratie spécifique a réussi à anticiper sur l’état de propreté et de
transparence d’un processus à venir, pas encore déroulé, non encore avalisé par
les institutions chargées de le faire. D’ailleurs, je me demande même à quoi
sert-il encore de garder en l’état une structure comme le Conseil
constitutionnel. Eh ouais ! Ce truc a pour mission, entre autres, de dire si un
vote a été propre et honnête. En théorie, c’est lui qui détermine l’état de
propreté et de transparence d’un scrutin. Mais dans les faits, le Conseil ne
sert à rien, puisque, dès le mois de décembre, quatre mois avant les élections,
ceux qui nous dirigent sans GPS affirment et jurent que le vote sera propre,
honnête et transparent. Profitons-en alors pour faire des économies en ces temps
de crise mondiale ! Supprimons le Conseil constitutionnel. Mais attention ! Pas
dans n’importe quelle condition. De manière propre, honnête et transparente. Je
fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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