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Je ne pensais pas commencer l’année 2009 en traitant du thème du retour en
Algérie de Abdelhamid Brahimi. Mais bon, on ne peut pas faire l’impasse sur des
déclarations de personnalités ayant marqué l’histoire du pays. Et monsieur le
chef du gouvernement (les usages imposent de lui garder sa fonction même s’il
n’est plus en poste) a marqué à l’époque l’opinion algérienne à travers ce qui
avait été appelé «l’affaire des 26 milliards». Oui ! Je sais, la moitié de la
population algérienne n’était pas née lorsqu’éclata ce scandale. Je ne
m’étalerai donc pas sur cet épisode. Je reste sur l’actualité. Et l’actualité de
monsieur le chef du gouvernement, c’est cette interview donnée aux confrères d’
El Khabar, dans laquelle il annonce qu’il rentrera très bientôt en Algérie, et
dans laquelle aussi il tient à préciser que durant son exil, il s’est abstenu de
faire de la politique. Pour son retour, il est libre de revenir. Je ne vois pas
pourquoi Layada serait autorisé à assister à l’enterrement de Smaïl Lamari et
Brahimi empêché de refouler le sol algérien. Par contre, je suis quelque peu
interloqué par la seconde affirmation. Monsieur le chef du gouvernement dit
qu’il n’a pas fait de politique ces dernières années. Bizarre. J’ai sous les
yeux cette interview accordée par Si Abdelhamid au journal Maroc Hebdo
International, et datée du 15 février 1998. A une question sur la situation
sécuritaire, il répond : « … Le général Mohamed Lamari, chef d’état-major, le
général Mohamed Médiène, alias Toufik, et le général Smaïn Lamari, ce sont ces
trois personnages qui sont responsables de tous les massacres depuis un an et
demi. Ce sont ces trois généraux qui ont créé des milices dont le nombre dépasse
celui de l’armée. (…) Les GIA sont, je le rappelle, le prolongement des services
de sécurité militaire. » Qu’on ne s’y méprenne pas, je ne reproche pas ici à
monsieur le chef du gouvernement l’expression de son opinion. Abadan ! Surtout
pas ici ! C’est juste que ce genre de déclarations, ça s’appelle faire de la
politique, alors que lui, Brahimi, affirme s’être interdit d’en faire. Et Dieu
sait qu’il en fait de la politique ! Comme dans cette déclaration datée de
Londres, le 25 août 1999 et dans laquelle monsieur le chef du gouvernement écrit
: «La crise politique a été aggravée par le coup d’Etat de janvier 1992 avec
l’annulation des élections législatives, l’établissement de l’état d’urgence, le
renforcement des mesures de répression (arrêtées par le décret du 30 septembre
1992, copie aggravée du décret du 14 août 1941 pris par le gouvernement de
Vichy) (…) Depuis 1992, la violence est devenue une politique délibérée du
régime.» Qu’est-ce cela, sinon de la politique ? Et c’est bien, c’est sain de
faire de la politique. Faut juste le reconnaître, le dire et ne pas raconter, à
quelques jours ou semaines de son retour, «je n’ai jamais fait de politique
depuis mon départ». Car dans cette autre contribution, encore plus récente de
monsieur le chef du gouvernement, il n’y a que de la politique. Il ne s’agit que
de politique. Le 23 joumada premier 1423 H, correspondant au 3 août 2002,
Abdelhamid Brahimi a lu une communication devant le congrès du FIS, un
rassemblement intitulé «congrès du martyr Abdelkader Hachani». Il y a dit ceci :
«Chers frères ! Nous ne devons pas attendre la chute du régime pour réfléchir
sur la manière de résoudre nos problèmes. Nous devons étudier les solutions dès
maintenant au lieu de repousser les échéances à demain. Il faut le faire vite,
car la chute du régime dictatorial est une question de temps.» C’est de la
politique. C’est même un appel politique à l’insurrection islamiste armée. Comme
est également éminemment politique cette interview de monsieur Abdelhamid
Brahimi accordée en novembre 2006 à la chaîne de télévision Al Hiwar émettant à
partir de Londres, et dans laquelle il déclare ceci : «L’autonomie reste la
meilleure solution pour la question du Sahara.» Affirmation précédée par une
autre, dans le journal Assabah et dans laquelle monsieur le chef du gouvernement
(il faut toujours et encore lui garder son titre, à vie) précise ceci : «Le
problème du Sahara a été créé de toutes pièces par les généraux algériens
hostiles à toute union du Maghreb arabe.» Voilà quelques exemples pris parmi des
centaines des interventions de Abdelhamid Brahimi. Et vous comprenez maintenant
ma perplexité, mon malaise même lorsque cet homme vient jurer aujourd’hui qu’il
s’est interdit de faire de la politique. M’enfin ! La politique n’est pas
taboue. Quand on en fait, il faut juste l’assumer. Que ce soit en exil. Ou à
quelques jours de son retour au pays. Un pays où tous n’ont pas été lobotomisés
et privés de la partie «mémoire» de leurs cerveaux. Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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