Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Femmes, il ne vous aime plus !
Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com


D’ores et déjà, ami(e)s lecteurs et lectrices, je vous le dis tout net : l’année 2009 sera pire que l’année 2008. Oui, tout comme vous, j’ai espéré malgré la crise et les échéances dramatiques qui s’annoncent. Au seuil de la nouvelle année, j’ai voulu faire bonne figure et j’ai formulé les vœux traditionnels, inutile acte d’exorcisme. En réalité, l’annonce des plaies futures était là sous mes yeux depuis plusieurs semaines.

Elle disait l’avenir mieux qu’aucun astrologue, mieux qu’aucune chiromancienne. Non, ces quelques lignes rassembleuses de nuées n’étaient pas une prédiction mais un programme, ou plutôt un non-programme à l’usage des benêts que nous sommes. Cet aveu ou ce blanchiment de conscience était dissimulé dans un texte officiel dont toute la presse a été destinataire. Comme il émane d’une haute autorité, il ne saurait être sujet à suspicion ou à remise en cause. Trêve de tergiversations, comme dirait un confrère grand praticien de la méthode, voici le paragraphe en question : «C’est dans cet esprit que la Constitution du pays a été amendée en vue de promouvoir notamment les droits politiques de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élues.» C’est ce que dit le message du président Bouteflika à l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est diabolique ! Il réforme la Constitution pour en faire sa constitution et pour durer et il fait porter le chapeau, ou le hidjab, devrais-je dire, aux femmes. Il ne vous aime plus et il vous le prouve, à sa manière. Voilà, mesdames, comment on vous mène en bateau, et pour finir, en galère. Il y a quelques années, il a claqué la porte au nez de vos espérances avec sa fameuse réplique : «Je ne vais pas déplaire à Dieu pour vous contenter (vous les femmes) ! » (1). Depuis, il n’a cessé de vous décevoir tout en se rapprochant de Dieu, ou de ses représentants sur terre. Il a remis au goût du jour cette devise qui dit qu’on ne peut pas plaire à Dieu et aux femmes en même temps. Et voilà qu’à la première occasion, il nous sert cet argument que n’aurait pas désapprouvé Bourguiba : oui, j’ai amendé la Constitution du pays pour promouvoir les droits politiques de la femme. Non, ce n’est pas diabolique puisque l’homme a renoncé, apparemment, à faire commerce avec le diable. Je sais seulement que beaucoup de femmes vont encore se laisser prendre et le dire avec des youyous sous les coupoles. On dira plus tard que ce fut l’ère de la transition, le passage des «béni-oui-oui» aux «béniyouyou ». Voilà pourquoi, avec un tel aplomb et un mépris aussi affiché de l’intelligence de ses concitoyens, un responsable algérien peut dire une chose et son contraire, sans risquer d’être interrompu. Plus forts vos youyous ! Madame la sénatrice, ça devrait au moins étouffer les timides cris de protestation des quelques reliques démocratiques qui nous restent. C’est pour ça que je suis réticent à souhaiter une bonne année aux gens de bien qui sont encore nombreux dans ce pays. «Comme ce sont toujours les mêmes qui en profitent, autant ne pas en rajouter avec nos vœux», affirme un vieil ami expert en scepticisme. Pessimiste en ce qui concerne l’Algérie, je le suis encore plus lorsqu’il s’agit de la Palestine. J’ai toujours pensé que les Palestiniens avaient une longueur d’avance sur nous, en matière de modernité et de tolérance. Certaines évolutions n’ont pas altéré mon optimisme à l’égard de ce peuple. J’ai ainsi apprécié le sens de la mesure des élites chrétiennes de l’OLP lorsqu’on leur a imposé la lecture de la «Fatiha», à l’ouverture des sessions du CNP (Conseil national palestinien). Je savais aussi que dans leur écrasante majorité, les Palestiniens étaient monogames et n’entretenaient pas de harems dans leurs maisons ou sous leurs tentes. Et voilà que les dépêches d’agences et les journaux télévisés nous apprennent qu’un des hauts gradés du Hamas avait quatre épouses. Elles résidaient toutes les quatre dans la même maison où elles ont été tuées, en même temps que leur époux commun, par un bombardement israélien. Bien sûr, les médias occidentaux n’ont pas manqué d’insister sur la vie conjugale de ce dirigeant, atténuant du même coup la responsabilité de ceux qui ont assassiné ces femmes et leurs enfants. Du coup, les projets du Hamas pour Gaza et pour la Palestine sont apparus plus clairs : en attendant l’application de la Charia, soyons pratiques, adoptons la sunna en épousant quatre femmes. Ne pouvant recourir au mariage de jouissance, «mut’aa», comme leurs alliés du Hezbollah (2) puisqu’ils sont sunnites, les chefs du Hamas se reportent sur la polygamie légale. Ils en ont les moyens, pour la plupart, puisque ce sont eux qui contrôlent le commerce parallèle qui alimente Gaza, via les tunnels avec Raffah, en Egypte. Pour parfaire leur emprise sur une société, mise sous l’éteignoir du hidjab, les députés du Hamas ont entrepris d’islamiser les lois qui régissent le territoire. Il y a quelques semaines, un groupe d’élus a présenté un projet de loi prévoyant, notamment, d’amputer la main des voleurs. Ce projet remet en vogue plusieurs châtiments dits islamiques, comme la flagellation, la décapitation et l’amputation des mains. Il prévoit notamment une peine de quatre-vingts coups de fouet pour le Palestinien musulman surpris en état d’ébriété ou de tapage en état d’ivresse. Pour les nonmusulmans, dans des cas similaires, la peine est réduite de moitié, soit quarante coups de fouet. En attendant, les responsables les plus aisés s’appliquent à eux-mêmes les dispositions attrayantes de la Charia en épousant plusieurs femmes. Et comme nous sommes chez des islamistes qui justifient de tels actes par l’amour, platonique, du prochain, ils nous donnent cette explication altruiste : un bon musulman doit contribuer à résorber le célibat des femmes en épousant plusieurs. Quant à l’application des châtiments, le magazine Middle East Tranparency s’étonne que dans Gaza, assiégée et affamée, il y ait des hommes qui songent à rétablir l’amputation des mains pour les voleurs. Ce qui est en contradiction avec les enseignements mêmes de l’Islam, puisque le khalife Omar a lui-même aboli cette peine lors de l’année dite de la cendre. Cette année-là avait été marquée par une sécheresse et une famine atroce qui avait poussé les plus démunis à voler pour se nourrir. Le khalife, sensible aux souffrances des plus pauvres, avait suspendu l’application de cette peine, pour des circonstances exceptionnelles, comme celles que vit Gaza actuellement. Je présume que ceux qui ont formé les dirigeants du Hamas ont dû oublier de leur enseigner cet aspect miséricordieux de l’Islam. Normal : le Hamas n’a pas été créé pour servir l’Islam mais pour s’en servir, à réaliser des desseins qui ne sont connus que du Mossad et de quelques pays arabes et musulmans. Quant à la soi-disant solidarité arabe, parlons- en : Shakira a chanté à Abou Dhabi et Carole Samaha a animé le réveillon de fin d’année à Damas. Heureusement pour nous que l’hôtel El- Aurassi a annulé, paraît-il, le gala d’un obscur chanteur syro-libanais ou égypto- saoudien.
A. H.

(1) La réponse tient souvent à quelque chose d’aussi fragile que l’âge des artères. Quelle aurait été la réponse à un tel dilemme, il y a une quarantaine d’années ? Vous connaissez mieux que moi la réponse, mesdames.
(2) Le Hezbollah libanais semble s’être assagi, à moins qu’il n’attende un signal en provenance de Téhéran ou de Damas. Vu l’évolution de la situation à Gaza, il serait temps que ce signal soit donné.

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