Chronique du jour : DECODAGES
MÊME LE CAPITALISME NE PEUT SE PASSER DE L’ÉTAT
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


La crise économique mondiale actuelle repose sur la sempiternelle question du rôle de l’Etat dans l’économie. Faut-il que «l’Etat ôte définitivement ses mains de l’économie» ? Faut-il, au contraire, qu’il remplisse son rôle prééminent dans le développement économique ? On peut déjà constater que la conjoncture économique mondiale actuelle rend inaudibles les libéraux.
Mais elle rend aussi fanfarons les interventionnistes qui rappellent avec triomphe «on vous l’avait bien dit !» Ce qui est incontestable, cependant, c’est le fait réel que les industriels, les petits entrepreneurs, les banquiers (eh oui !), les consommateurs des pays capitalistes développés appellent tous l’Etat à leur secours. Mais est-ce que seulement l’Etat est-il parti un jour y compris des pays les plus libéraux ? Même aux années de leur libéralisme «pur sucre» des années 1980, les Etats- Unis et la Grande- Bretagne affichaient des niveaux élevés de dépense publique. Mais il faut tout de même préciser qu’il s’agit d’un Etat pompier, un Etat qui tente d’éteindre l’incendie allumé par le libéralisme et son obstinée idée selon laquelle les marchés ont la capacité de s’autogérer. Aujourd’hui, crise économique mondiale oblige, Keynes redevient «superstar », selon le bon mot du chroniqueur des Echos, J. M. Vittori. Plans de relance, programmes de soutien à la consommation, refinancement des banques = quelque 2 500 milliards de dollars injectés par les Etats capitalistes des Etats-Unis et d’Europe pour sauver l’économie mondiale de la déprime. Et la facture n’est pas encore bouclée. Le retour de l’Etat est là. Mais de quel Etat s’agit-il ? un Etat pompier, nous l’avons dit, qui se retire une fois l’incendie éteint ? Un Etat régulateur qui doit veiller au respect des règles du jeu et gommer, chaque fois que nécessaire, les dérives, les déviances des marchés ? Un Etat stratège qui prépare le futur, qui montre la voie de l’avenir, qui soutient la perspective de long terme ou bien les trois Etats à la fois ? Keynes lui-même rappelait que «la première priorité pour l’Etat ne concerne pas les activités que les acteurs privés font déjà mais... les décisions qui ne sont prises par personne, si l’Etat ne les prend pas». Il ne faudrait pas s’attendre, par conséquent, à un retour de l’Etat dans les activités économiques, à une ère de nationalisation tous azimuts ni à un Etat gérant. Il ne faut même pas s’attendre à un recul de la financiarisation de l’économie, ni à une remise à plat de la mondialisation libérale de l’économie. Le retour actuel de l’Etat dans l’économie est temporaire même si le capitalisme des années à venir sera un peu plus régulé. Dans quels termes se pose ce problème de l’Etat dans les pays qui aspirent à l’émergence tels que l'Algérie ? Ici le rôle de l’Etat est tout à fait stratégique. Et il l’est non pas seulement comme agent redistributeur, mais aussi comme producteur de richesses. L’Etat algérien a encore beaucoup de défis à relever maintenant qu’il a bien avancé dans l’équipement du pays et la construction d'infrastructures de base. Il lui faut mettre en œuvre la nouvelle stratégie industrielle et y jouer un rôle important comme investisseur. Il lui faut aussi construire une économie de services et notamment les services à l’entreprise. Il lui faut, enfin, faire émerger une économie fondée sur la connaissance qui favorise l’innovation, les gains de productivité et donc la croissance robuste. Dans les pays en développement, nous savons que les entrepreneurs privés, les capitaines d’industrie font défaut et que l’esprit d’entreprise ne domine pas encore au sein de l’économie. L’Etat a donc un rôle actif déterminant à jouer. Il doit définir le projet économique et tracer la perspective (Etat stratège). Il doit mettre en place les «règles du jeu économique », veiller à leur respect par l’ensemble des acteurs et construire les institutions (Etat régulateur). Il doit enfin «mettre la main à la poche», investir, seul ou en partenariat, accompagner les opérateurs privés. Ici, il ne s’agit pas, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui dans les pays capitalistes développés en crise, d’intervenir momentanément, de faire le pompier et le brancardier. Dans les pays en voie de développement comme l’Algérie, le bonheur est dans l’Etat surtout lorsque celui-ci centralise des ressources issues de la rente que sont en droit de revendiquer l’ensemble des Algériens.
A. B.

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