Pour Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne, le choix d'Israël d'attaquer Ghaza ne peut s'expliquer par la rupture du cessez-le- feu par le Hamas. «Je crois qu'en réalité, Ehud Barak (le ministre de la Défense) a une double arrière-pensée. Premièrement, il pense qu'il va reconquérir l'honneur bafoué de l'armée israélienne après la guerre contre le sud du Liban en 2006, et redevenir un grand héros. Son deuxième calcul est lié aux élections israéliennes du 10 février pour lesquelles lui-même et Tzipi Livni partaient perdants dans les sondages tandis que Netanyahu (le chef du Likoud) était donné gagnant, annonçant qu'il arrêterait les négociations avec les Palestiniens et frapperait militairement le Hamas», assure-t-elle dans un entretien au journal L'Humanité de mardi. Effectivement, chacun des trois têtes de liste en lice pour ces élections législatives cherche à toucher les dividendes de cette opération militaire visant à en finir avec le Hamas, coupable d'avoir violé le cessez- le-feu en tirant des roquettes sur les civils israéliens. Roquettes qu’un officier supérieur français cité par le Canard Enchaîné a comparé à «des piqûres de moustiques» ! C’est dire… Citant un bilan établi par les renseignements américains, «transmis à leurs homologues français », le journal satirique fait également observer à propos de la trêve entre le Hamas et Israël (qui ne l'a jamais d’ailleurs respectée), qu’«en onze mois, depuis le 1er février 2008, jusqu'au 29 décembre (non inclus), 129 Palestiniens (parmi lesquels des femmes et des enfants) ont été tués». Et que «tout au long de cette année, il n'a donc pas suffi à Israël d'asphyxier Ghaza, où la population ne survit que grâce à une aide internationale limitée». En outre, au-delà de la logique d’épuration ethnique — car c’est de cela qu’il s’agit — Israël, qui sait jouer sur la division des forces palestiniennes, sur l'inaction scandaleuse des régimes arabes et les concessions sans contre-partie de l'Autorité palestinienne, aura réussi à faire du Hamas la seule force de résistance à l'occupation israélienne, rehaussant du coup le prestige des Frères musulmans auxquels le parti de Khaled Mechaâl a réitéré publiquement son allégeance le 14 décembre dernier. Déjà discrédités par leur impuissance à venir en aide aux Palestiniens autrement que par des déclarations, les régimes arabes vont avoir du mal à gérer la colère légitime de leur propre opinion. Qui plus est, que ce soit en Egypte, en Algérie ou au Maroc, pour ne citer que ces exemples, chacun a pu observer que les islamistes appartenant à la mouvance des Frères musulmans n'ont pas raté l'occasion d’effectuer un retour remarqué sur la scène politique, fustigeant au passage les pouvoirs en place, particulièrement le régime égyptien. Ghaza est, en effet, le seul territoire dans le monde arabo-islamique à être administrée par une force se revendiquant de la confrérie des Frères musulmans. Et ces derniers n'ont jamais caché qu'ils escomptaient faire de ce petit territoire de 340 km2 le point de départ de leur projet de califat islamique de l'Atlantique à l'océan Indien, projet dont rêvaient Hassan al-Bana et les pères fondateurs de la confrérie. Aussi rien d'étonnant s’ils s'échinent à réduire une lutte de libération nationale à un affrontement ethnico-religieux, entre musulmans et juifs. Israël, passé maître en matière de brouillage des repères, le sait : ses dirigeants ne ratent aucune occasion pour focaliser l'attention de l'opinion internationale sur une soi-disant dimension religieuse du conflit. H. Z.
Nombre de lectures : 957
|