Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Feuilleton Zeroual : une manipulation ?
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Les grandes manœuvres ont commencé. Après l’officialisation de la présence d’observateurs étrangers, l’establishment se mobilise désormais dans le recrutement de sparring-partners à opposer à un président vainqueur avant d’avoir vaincu. Sauf que cette offre d’embauche est plus que nécessaire à la légitimation d’un succès sans risque. Décidément, ce qui en terme démocratique va de soi et trouve preneur devient problématique dans la maison Algérie. Car à l’évidence, aussi bien l’appareil d’Etat que les officines de propagande éprouvent quelques peines à convaincre quand, jadis, ils étaient submergés par des offres de service en de pareilles circonstances.
Sans doute que les prochaines semaines permettront de voir plus clair dans cette présidentielle qui, au lieu d’être, comme d’habitude, un test pour les courants politiques et un étalonnage populaire des personnalités en lice, risque de fonctionner comme un repoussoir. En effet, si par le passé, elle était critiquée pour la fraude institutionnalisée et la déloyauté des agents de l’Etat, aujourd’hui elle est réfutée dans son principe même. Le viol du 12 novembre, qui altéra les règles de renouvellement de ce mandat majeur, n’est pas encore digéré. C’est pourquoi les personnalités de premier plan, susceptibles d’incarner l’alternance et à travers lesquelles le pluralisme électoral est censé le mieux s’exprimer, s’abstiennent de toute déclaration d’intention. Ou du moins retardent leurs engagements. Un étonnant désintérêt qui commence à susciter de l’inquiétude dans les cercles du pouvoir, les obligeant à multiplier des professions de foi ridicules. Ce dont la classe politique n’est pas dupe et qui accentue son attentisme et sa suspicion. Un travail de séduction en direction de candidats supposés crédibles mais dont ils ne sont plus sûrs qu’il finira par dissiper la contestation foncière. Parmi toutes les intrigues qui se tissent autour de quelques noms celle qui cible Zeroual est justement la plus subtile. En ce sens que si elle venait à aboutir elle permettrait alors à d’autres ambitions hésitantes de se manifester à sa suite. Arguant du fait que l’homme d’expérience qu’il est ne s’implique pas à la légère. Et c’est au nom de l’analyse positive qu’on lui prêtera, qu’à leur tour ils justifieront sans complexe leur participation. Autrement dit, une candidature d’un ex-président pour qui l’opinion a gardé une certaine estime aurait implicitement valeur de caution et de garantie. Une sorte d’affranchissement du doute qui les cloue dans l’expectative alors qu’ils ne souhaitent que d’être en représentation. Ce scénario, que certains confrères ont déjà évoqué il y a un mois de cela, ne vient-il pas d’être réactualisé par certains cabinets noirs via un autre quotidien ? Les confidences… à haute voix de ces «proches» du général, qui déclarent sans nuance que celui-ci serait «disposé… pour peu…», surprennent dans le contexte actuel. A priori, il apparaît peu probable que ce personnage, en total retrait de la vie publique depuis dix ans, éprouve le besoin de revenir à la lumière sans que, préalablement, il se soit assuré d’un deal sans faille avec sa famille politique d’origine qui n’est autre que l’armée. Or, cette dernière, après l’avoir déboulonné en septembre 1998, s’est rangée du côté de son successeur en se mettant progressivement à son service exclusif. Mieux, n’a-t-elle pas été à l’origine de l’immense manipulation des candidatures lors de la présidentielle de 2004 ? Cela dit, qu’estce qui a, entre-temps, changé dans l’orientation de la haute hiérarchie et dans la «lecture» des services secrets pour le convaincre d’une telle opportunité personnelle ? In fine, sur qui s’appuiera-t-il pour neutraliser la capacité de falsification des résultats de la haute administration si tant est qu’il croit pouvoir conquérir les voix de la majorité de l’électorat ? Telles que les choses se présentent cette fois-ci, comment pourrait-il croire qu’une telle prise ne deviendra pas une malencontreuse aventure dont seul Bouteflika tirera les meilleurs dividendes. La mésaventure de Benflis, à qui l’on a fait accroire qu’il bénéficiait de certains adoubements galonnés, devrait le dissuader plus sûrement que le tapage fait autour de son nom par d’obscurs amis dont il ne serait pas très sûr qu’ils agissent de bonne foi. Le fait même qu’ils aient prétendu avoir déjà réuni cent mille signatures de citoyens (à rapprocher avec les 80 000 exigés par le Conseil constitutionnel) n’est-il pas un procédé oblique pour vaincre ses dernières réticences ? Jamais les empressements excessifs ne furent des conseils de sages. En effet, cette amicale flatterie qui s’étale dans les journaux ne fleure-t-elle pas le piège pour l’amener dans ce jeu de quilles dont la seule raison d’être est de se voir balayé ? Enfin, où se niche la naïveté politique pour égarer le bon sens d’un ex-président jusqu’à donner acte au maître d’œuvre du scrutin qu’il connaît mieux que quiconque son aptitude à changer de tuteur sans état d’âme ? Quand Ouyahia insiste sur les notions de «transparence», «régularité» et «loyauté» ne faudrait- il pas lui rafraîchir la mémoire ? Sur, au moins, un aspect, sait-il qu’il est moralement inacceptable de faire campagne pour un candidat et conserver sa fonction d’arbitre de la compétition ? Ayant eu à gérer la période transitoire entre sa démission (septembre 1998) et le scrutin d’avril 1999, Zeroual ne s’était-il pas conformé aux préalables posés par les candidats en remplaçant ce même Ouyahia par Hamdani dans l’exécutif ? Or, cette tradition pour formelle qu’elle fût a été balayée par son successeur. Et c’est ainsi que ce même Ouyahia en est à sa seconde «supervision» des présidentielles (2004 et 2009). C’est dire qu’avec ou sans observateurs internationaux, les mêmes scores soviétiques concluront cette fausse consultation. Face à une telle fatalité, il ne reste aux personnalités politiques encore probes qu’une seule attitude à observer : celle de l’indifférence, voire de la défection. Quant au destin des urnes, il sera réglé par l’électorat qui a bien appris à les bouder. Avec un césarisme rampant, tout compromis est une compromission. Le général Zeroual n’ignore pas qu’il doit vite démentir la rumeur qui court à son sujet. Même s’il est issu de la grande muette, un officier de son rang doit, de temps à autre, parler pour éventer les manipulations.
B. H.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable