Chronique du jour : ICI MIEUX QUE LA-BAS
Les colons colonisent
Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr


Un copain français a répondu ainsi à mes vœux : «Il n'est pas juste de ne pas te dire bonne année. Mais je sais que tu comprendras qu'envoyer des vœux même sincères, comme çà, me paraît dérisoire devant les drames dont nous sommes témoins. J'essaye de n'être pas que témoin, en étant acteur d'une expression qui voudrait arrêter tout ça. Comme dit J. Brel, «devant les canons, nous n'avons que des chansons ». Qu'elles soient entendues !» Militant des droits de l’Homme, il réagit de cette façon à l’attaque barbare des civils de Ghaza par l’armée israélienne.
Il apporte une preuve supplémentaire que la ligne de démarcation ne passe pas là où un de mes interlocuteurs d’Alger la faisait passer. Proche des islamistes, ce dernier soutenait que «la guerre qui se déroule à Ghaza est un épisode de l’affrontement entre l’Occident et l’Islam». Il en concluait que «nous autres musulmans devons refuser la solidarité des Occidentaux, car ce n’est que de la tactique pour nous endormir». Guerre ? D’abord, ce n’est pas une guerre. Celle-ci suppose un affrontement entre deux armées. Ce n’est pas le cas à Ghaza où une armée israélienne puissante et bien équipée s’invente un ennemi lorsqu’elle bombarde une population civile désarmée déjà très éprouvée par le blocus. Et si les zélotes d’Israël viennent, toute honte bue, hanter les télévisions pour élever les misérables roquettes artisanales du Hamas au rang d’armes dangereuses, il est patent que c’est en partant du postulat que l’exagération du danger minimise la sauvagerie de la riposte. Dépolitiser le conflit de son contenu colonial et le réduire à la caricature d’affrontements religieux, c’est le condamner à ne jamais être résolu. Qui pourrait démêler entre deux légitimités divines ? Qui départagerait des convictions basées sur la foi ? Le conflit au Proche- Orient résulte d’abord d’une expansion coloniale d’Israël et, à ce titre, il interpelle toutes les femmes et tous les hommes de tous les pays qui refusent l’état de colonisation. Et si les Palestiniens méritent notre solidarité et notre soutien, ce n’est pas parce qu’ils sont musulmans, ce qu’ils ne sont pas tous du reste, ni parce qu’ils sont gouvernés par le Hamas, à la montée duquel le Mossad a plutôt contribué pour contrer le Fatah, mais parce qu’il s’agit de la spoliation séculaire du peuple palestinien de son territoire. Ce dernier est soumis à l’appétit vorace d’Israël qui, avec la complicité des Etats-Unis et l’impuissance des Nations Unies, s’amuse à violer continûment les résolutions de l’ONU, à revenir sur tous les accords de paix et, suprême arrogance, à jouer les victimes. Le conditionnement de l’opinion par la propagande israélienne a tant porté que les consommateurs des médias occidentaux, comme la rue israélienne, avalent les couleuvres avec plus ou moins de zèle. Le déluge de feu contre Ghaza ? Israël n’a pas le choix, vous comprenez ! On ne veut pas mais c’est nécessaire pour la défense d’Israël. Rien de changé depuis l’époque où Golda Meir affirmait sans ciller qu’elle en voulait aux Palestiniens d’obliger les Israéliens à les tuer ! De quoi en avoir le cœur brisé ! L’autre élément de désinformation, c’est de faire porter au Hamas la responsabilité des représailles parce qu’il aurait rompu la trêve conclue avec Israël le 19 juin alors qu’un raid meurtrier de l’aviation israélienne s’en est moqué dès le 4 novembre. Ultime désinformation, c’est de taire que la trêve n’était viable qu’assortie de conditions telles que le desserrement du blocus qui étrangle les habitants de Ghaza depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande en juin 2007. Blocus puis violence brutale contre Ghaza plus mur des expropriations en Cisjordanie plus refus de la souveraineté, voilà les éléments typiques d’une situation coloniale. Ce ver-là est dans le fruit depuis soixante ans. Le contenu colonial du conflit a empêché jusquelà quelque solution que ce soit, Israël jouissant non seulement de l’impunité mais aussi du soutien des grandes puissances. La bataille de l’information, Israël la gagne immanquablement aux Etats-Unis et en Europe. Il en résulte une arithmétique absurde selon laquelle la mort d’un soldat israélien, professionnel formé pour la guerre, est plus importante que celle de dizaines de civils palestiniens soumis à des bombardements. Il s’ensuit aussi l’omniprésence dans les médias d’intellectuels porte-flingues des faucons israéliens qui viennent parader dans les médias, comme le journaliste et historien français Alexandre Adler, pour légitimer une injustifiable violence contre des civils. Mais jamais, depuis le début du conflit en 1948, le déni de justice, la violence aveugle et l’arrogance n’ont atteint l’ampleur qu’ils ont prise dans cette attaque de Ghaza au point de révulser d’indignation et de colère tous les hommes épris de justice. A la face de Bush, sans lequel bien sûr un tel carnage ne serait pas possible, à la face d’Israël et de ses relais, à la face des régimes arabes qui ont peur que les manifestations de soutien aux Palestiniens ne se retournent contre eux, chacun de nous doit agir pour que ce massacre cesse.
A. M.

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